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André Ouzoulias : "Démocratiser l’enseignement de la lecture-écriture" (4 articles dans le Café pédagogique)
1. Créer de petits groupes de langage en maternelle dans les écoles populaires et apprendre l’oral des milieux favorisés
2 et 3. Faire écrire fréquemment en GS et au CP, oui mais comment ?
4. L’enjeu de l’orthographe

14 novembre 2013

Démocratiser l’enseignement de la lecture-écriture : Quel diagnostic pédagogique ? Quelles pratiques alternatives ?

Comment expliquer l’échec de 15 à 20% des enfants à acquérir les compétences de base en français et maths ? André Ouzoulias propose une réflexion en 4 parties qui sera le fil conducteur de cette semaine.

L’école primaire échoue à amener 15 à 20 % des élèves au niveau de compétences, de connaissances et de culture visé par notre pays à l’entrée en 6e. On en connaît les graves conséquences humaines, psychologiques, sociales, économiques, politiques, institutionnelles… À lui seul, le constat de ces échecs massifs, qui touche électivement les élèves des milieux populaires, légitime pleinement l’idée de « refonder » notre école. Une telle ambition n’a rien d’utopique : un certain nombre d’expériences dans des écoles situées en quartiers populaires montrent qu’il n’y a aucune fatalité dans l’échec actuel de l’école de la République.

[...] Concernant les mathématiques, Rémi Brissiaud, dans plusieurs textes récents, a mis en évidence une contribution déterminante des choix pédagogiques opérés à partir de 1986 au véritable effondrement des performances des élèves français jusqu’en 2007, avéré dans les évaluations nationales de la DEPP. [ [voir aussi Le rapport de la députée Julie Sommaruga sur l’enseignement des sciences met en avant la baisse sensible des performances en maths chez les collègiens en ZEP (extraits), ndlr]

Pour ma part, concernant la lecture-écriture, je vois quatre domaines dans lesquels il faut travailler à une réorientation pédagogique, qui conditionne la démocratisation de l’école. Ils font ici l’objet d’analyses et propositions dans quatre parties successives :
- 1/4. L’enseignement de la langue orale française en maternelle
- 2/4. La compréhension de la graphophonologie à la charnière GS-CP
- 3/4. Faire écrire les enfants : une urgence pédagogique et sociale]
- 4/4. L’acquisition de l’orthographe, un enjeu crucial

 

Un premier domaine : l’enseignement de la langue orale française en maternelle

En fin de maternelle, s’exprimer avec à propos et clarté, c’est un objectif en soi, mais c’est aussi la moitié du chemin vers la lecture. Les écoles des quartiers populaires devraient toutes avoir les moyens humains d’organiser chaque jour des petits groupes de langage. Le dispositif Plus de maîtres que de classes doit être déployé en priorité au service de cet objectif. Sans ces petits groupes de conversation dirigée, il y a des enfants qui restent en dehors des échanges au sein de la classe (cf. les travaux d’Agnès Florin).
En revanche, dans des « ateliers » de 4 ou 5 enfants, durant 40 minutes chaque jour (par exemple, en moyenne section : deux ou trois groupes le matin, deux l’après-midi), chaque enfant est en mesure de parler 5 ou 6 minutes (c’est un minimum !). Et il parle alors avec un adulte qui sait quels objectifs il poursuit avec chacun, en lui proposant des relances et des reformulations adaptées à ce qu’il peut comprendre et - on l’espère ¬ qu’il va pouvoir reprendre très bientôt à son compte.

Encore faut-il distinguer le langage écrit entendu et la langue orale, celle de l’oralité vive, qui ne se confond pas, même dans ses formes les plus élaborées, avec les canons de l’écrit. [...]

En outre, il faut souligner que sans les « introducteurs de complexité » (prépositions, conjonction de coordination, de subordination, pronoms relatifs, etc.) qui caractérisent le développement de la syntaxe de l’oral bien avant l’accès à la lecture, les enfants ne peuvent guère enrichir leur vocabulaire actif, celui qui est mobilisé dans l’expression orale. Sans l’ossature de la syntaxe, l’enfant ne peut en effet fixer et « muscler » la chair des mots. Ce n’est pas un hasard, naturellement, si l’explosion lexicale, qui démarre entre 2 et 3 ans s’accompagne de l’apparition des premiers énoncés à deux mots (« cassée voiture »), puis du développement accéléré de la syntaxe : « elle est cassée, la voiture » ; « la voiture, elle roule plus parce qu’elle est cassée »…. Le développement de la syntaxe est le moteur invisible mais puissant de l’essor du vocabulaire.

Comme Philippe Boisseau l’a montré ici même, il leur sera plus difficile de construire leur oral, notamment parce que, sans la redondance des pronoms, les enfants sont impuissants à utiliser les connecteurs de complexité. Ce phénomène est accentué chez les enfants des milieux culturellement défavorisés. Se trouvant souvent déjà en difficulté pour manier l’oral, n’ayant dans leur famille que très rarement l’occasion d’entendre les adultes leur lire des histoires écrites, ils rencontrent alors à l’école maternelle un oral qui ne leur est pas du tout familier et qui résonne pour eux bizarrement, sans leur donner prise sur cette forme langagière.

Il y a là un facteur de développement de l’hétérogénéité entre élèves selon l’origine sociale. En effet, à l’inverse, les enfants des milieux favorisés retrouvent à l’école ce langage écrit entendu familier qui est celui de leurs parents lorsqu’ils leur lisent des histoires le soir au coucher. Le reste du temps, ils entendent bien évidemment, presque toujours, « l’oral de l’oralité » : « Il est où, ton doudou ? Faut pas pleurer comme ça… On va le retrouver, ton doudou ». Le langage de l’enseignant, qui « parle comme leurs livres » ne surprend pas ces enfants-là. Cela renforce leur imprégnation de la syntaxe de l’écrit sans nuire à la construction de leur oral, qui se poursuit naturellement dans leur famille…

Dit, autrement, l’enjeu de la pédagogie du langage à la maternelle est de donner à entendre et à apprendre à tous les enfants le langage des milieux favorisés, la langue de l’oralité vive et celle du langage écrit entendu. [...]

André Ouzoulias
Professeur agrégé honoraire, Université de Cergy-Pontoise, psychopédagogue,
membre du Conseil scientifique de la FNAME, directeur de la collection Comment faire ? (CRDP de l’académie de Versailles, Retz).
Cofondateur du Groupe Reconstruire la formation des enseignants (GRFDE)

Extrait de L’Expresso du 12.11.2013 : Démocratiser l’enseignement de la lecture-écriture : Quel diagnostic pédagogique ? Quelles pratiques alternatives ?

 

Suite (2/4)

Démocratiser l’enseignement de la lecture-écriture : 2- De la graphophonologie à la charnière GS-CP

Dans un premier texte, André Ouzoulias a plaidé pour un authentique enseignement de la langue orale en maternelle. On le sait, l’enjeu est important : « En fin de maternelle, s’exprimer avec à propos et clarté, c’est un objectif en soi, mais c’est aussi la moitié du chemin vers la lecture. »
Dans ce deuxième texte, le psychopédagogue aborde une autre question importante pour l’apprentissage de la lecture : l’enseignement de la graphophonologie entre GS et CP. Il critique ici la progression en deux phases recommandée par de nombreux psychologues cognitivistes : travail de discrimination sensorielle sur des stimuli purement auditifs d’abord pour extraire les phonèmes, introduction ensuite des lettres afin de relier ces phonèmes à leur écriture (apprentissage du principe alphabétique). Il montre en quoi cette progression engendre difficultés et échecs chez les enfants les moins familiers de la langue écrite et propose une alternative.

[...] Mais plus fondamentalement, il n’y a pas de meilleur moyen de favoriser la réussite de tous les élèves que de les faire écrire fréquemment en GS et au CP, puis tout au long de l’école primaire. Pour les enfants sans grande expérience de l’écrit, c’est ainsi qu’ils peuvent le mieux s’approprier la langue écrite, activement et de manière accélérée : écrire dissipe le brouillard et éclaire le paysage. C’est le troisième domaine dans lequel l’école française doit fortement progresser. Et cela pose bien sûr la question du comment…

Extrait de cafepedagogique.net du 13.11.13 : 2- De la graphophonologie à la charnière GS-CP

 

3/4 : Troisième domaine : faire écrire les enfants, une urgence pédagogique et sociale

[...] Dans ce troisième texte, André Ouzoulias insiste sur la nécessité de faire écrire les enfants dès la GS et tout au long de la scolarité élémentaire. « Pour les enfants sans grande expérience de l’écrit, c’est ainsi qu’ils peuvent le mieux s’approprier la langue écrite, activement et de manière accélérée » disait-il à la fin du deuxième texte. Il donne ici sa réponse à la question décisive que se posent les enseignants du primaire : écrire beaucoup, oui, mais comment ? (1)

Extrait de cafepedagogique.net du 14.11 .13 : 3/4 : Troisième domaine : faire écrire les enfants, une urgence pédagogique et sociale

 

[...] Si l’on vise l’abondance des productions des enfants tout au long de la scolarité, peut-on simultanément espérer qu’elles soient orthographiquement correcte ? N’y a t’il pas un risque de « surcharge cognitive » ? Pour André Ouzoulias, les connaissances orthographiques sont un enjeu crucial de la démocratisation. Il souligne l’importance de ces connaissances dans le développement de la lecture experte et il précise de quelle manière elles favorisent l’acquisition du vocabulaire en lecture. Il préconise d’organiser les tâches et l’environnement des élèves de sorte qu’ils puissent, dès le début, écrire beaucoup, sans trop d’erreurs et sans ressentir la « surcharge cognitive » que l’on pourrait redouter.]

Extrait de cafepedagogique.net du 14.11 .13 : Quatrième domaine : l’acquisition de l’orthographe, un enjeu crucial

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