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Les CP à 12, les pratiques pédagogiques et l’hétérogénéité. Un article de Sandrine Garcia (Université de Bourgogne) dans Les Cahiers de l’AOC (ToutEduc)

9 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

AOC propose une série de contributions sur l’Education depuis l’arrivée de J-M Blanquer

Allons-nous "séjourner durablement dans un temps où nous ne saurions déjà plus lire et pas encore regarder" ? C’est le risque souligné par Emmanuel Tibloux, le directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, dans l’un des articles du Cahier # 2 de l’AOC qui vient de paraître. Quotidien en ligne, l’AOC réunit des analyses, des opinions et des critiques de chercheurs, d’intellectuels et d’écrivains sur divers sujets de société et en l’occurrence l’école qui, selon son directeur, Sylvain Bourmeau, "apparaît comme l’une des questions les plus traitées".

Du CP à Parcoursup, de la réforme du bac à la sélection à l’entrée de l’université, de la vocation enseignante à leur rémunération, du statut des directeurs d’école aux rythmes scolaires, "sans oublier l’omniprésente figure du ministre en exercice"… Ce nouvel opus d’AOC passe en revue toutes les préoccupations actuelles des acteurs de l’éducation et notamment celles du directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs qui a titré son article "Les arts visuels nous regardent".

La place des arts visuels

Revenant sur les évolutions et la place de l’art visuel aujourd’hui, Emmanuel Tibloux constate que les politiques culturelles et éducatives ne sont pas à la hauteur des enjeux : "Structuré autour des deux piliers du patrimoine et du spectacle vivant, le ministère de la culture a la plus grande peine à les intégrer. Si l’on s’en tient à la création et à l’aspect budgétaire, qui est toujours un bon baromètre de la valeur politique des choses, force est de constater qu’il vit encore sur l’idée du primat du spectacle vivant, auquel 90% des crédits sont dédiés quand les arts plastiques se partagent les 10% restants". Il attend une nouvelle donne : "De la même façon que le théâtre fut le paradigme de la culture et de son ministère lors de sa création, il ne serait pas aberrant que les arts visuels le deviennent aujourd’hui".

[Les CP à 12] A noter parmi les autres contributions celle de Sandrine Garcia, professeure en sciences de l’éducation à l’Université de Bourgogne, qui revient sur les CP à 12 et considère que "si la mise en place du dispositif soulève plusieurs problèmes", il lui "semble inacceptable d’admettre comme une évidence, comme le fait le SNUIPP, que certains élèves seront interdits d’apprendre du fait même de leur appartenance sociale et des difficultés qui pèsent sur leurs conditions de vie". Refusant "le fatalisme", elle témoigne d’une enquête d’étudiants de master 2 de son université sur la mise en place des CP à 12 qui indique "au-delà de la satisfaction exprimée sur un meilleur climat de classe, la possibilité de transformer les pratiques pédagogiques, d’innover, de modifier l’espace de la classe…".

Réduire l’hétérogénéité

Elle s’interroge : "En quoi, comment, à quelles conditions précises l’individualisation ou la différenciation pédagogique permet-elle de réduire les inégalités ?". Elle affirme : "Il faut donc attendre de cette réduction de la taille des classes bien plus que différencier la pédagogie et de faire progresser tous les élèves. Il faut, au contraire de ce qui se pratique inévitablement lorsque les élèves sont trop nombreux, demander plus, entraîner plus (par exemple en lecture à voix haute et en travaux d’encodage) […] Plutôt que de célébrer sans cesse les vertus de l’hétérogénéité, il serait peut-être intéressant de réfléchir aux moyens de la réduire pour donner réellement à tous les mêmes objectifs".

A noter également celle de Romuald Bodin et Sophie Orange, sociologues (universités de Poitiers et de Nantes) qui insistent sur "la politique de contrôle à la frontière" que constitue Parcoursup : "C’est exclure d’emblée et sans appel toute velléité de reprise en main de son parcours, tout espoir de rebattre les cartes, ou même simplement d’expérimenter un temps la possibilité d’un autre avenir". L’introduction des attendus régissant l’accès en licence contribue à "sélectionner ceux qui disposent déjà des savoirs et des savoirs-être spécifiques à une discipline, c’est toute la fonction d’apprentissage et de formation de l’université qui risque d’être déniée, au profit d’une simple fonction de signalisation".

Les Cahiers # 2 de l’AOC, "Attention école", Editions La Découverte, 14€.

Colette Pâris

Extrait de touteduc.fr du 04.03.20

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