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Enseigner l’allemand dans un collège REP du Blanc-Mesnil (93) et développer une initiation dans les écoles du réseau (Le Café)

26 mai 2023

Clémentine Gellée : Le plaisir comme moteur de l’enseignement de l’allemand

Clémentine Gellée est une jeune professeure d’allemand dans un collège REP de Blanc Mesnil (93) depuis 7 années. Il s’agit de son premier poste fixe. Clémentine a pu voir la paupérisation des familles. Selon elle, l’image des élèves germanistes associée aux « bons » élèves est faussée et date d’un autre temps, « du fait du nombre moins important d’élèves germanistes, on ne peut nier que nous rencontrons globalement moins de difficultés de comportement en classe. » Clémentine retrace pour le Café pédagogique son parcours, des projets mis en place pour faire vivre et installer sa discipline dans l’établissement et le réseau et pérenniser son poste dans un contexte de DHG en baisse fragilisant souvent l’enseignement de l’allemand. A force d’énergie, Clémentine a ainsi pu faire évoluer son poste, ne plus avoir de poste partagé sur deux établissements, en proposant une classe de 6e bilangue en plus de la LV2.

L’enseignement de l’allemand protégé

Clémentine bénéficie du soutien de sa direction, favorable à l’implantation de l’allemand dans le collège, permettant par exemple aux élèves bilangue de bénéficier ainsi de 3 heures d’allemand par semaine ou de compléter son service en CM2 dans une école du secteur avant que la bilangue ne soit implantée dans le collège. Ce travail de long terme, de et en confiance est un atout que souligne Clémentine dans la vie de sa discipline dans le collège. Les moyens et conditions sont ainsi réunis pour accomplir sa mission de professeure d’allemand. Pour Clémentine, le lien aux élèves est essentiel, et ce lien ne peut être construit que grâce à ces conditions préalablement exposées et qu’elle souligne, se sentant « privilégiée », même si elle évoque une angoisse toujours présente du nombre insuffisant.

Faire découvrir l’allemand à un public le plus large possible

« L’allemand en soi est une langue que je trouve très riche, et je trouve cela dommage qu’elle souffre d’une image si dégradée ». Clémentine intervient dans toutes les classes de CM2 des quatre écoles du réseau : elle propose plusieurs séances dans l’année, en général 4 ou 5, même si « cela est compliqué à organiser ». Elle les « pense comme une vraie initiation à l’allemand » et non comme une séance de présentation du professeur, de la 6e bilangue. Un projet mené sur le thème de la famille se fait avec l’approche culturelle de la famille de Sissi. « Les collègues des écoles sont demandeurs et les élèves contents même ceux qui ne veulent pas faire allemand en 6eme ». « Tout le monde est content », les élèves mais aussi Clémentine, heureuse d’enseigner aux élèves de CM2 à la « spontanéité de l’école primaire, que les collégiens perdent en 4e et 3e ».

Clémentine décrit des élèves curieux qui posent beaucoup de questions. Malgré tout, les préjugés ont la dent dure, beaucoup d’enfants comme d’adultes « pensent que c’est trop dur, que ça sert à rien, face à l’espagnolo facilo ». Grâce à cette initiation, les élèves découvrent l’allemand. Mais face au matraquage sur les difficultés de la langue, ses déclinaisons, « on a beau déployer toutes les forces qu’on veut, c’est difficile de convaincre ». Clémentine leur parle de son cas, elle, une ancienne élève de banlieue parisienne qui a appris l’allemand à partir de la 6e, issue d’une famille qui ne parle pas allemand, afin « de faire relativiser les élèves ».

Un cadre bienveillant et à l’écoute

Clémentine enseigne l’allemand de la 6eme à la 3eme, en classe bilangue et en LV2 de la 5e à la 3e. Un de ses rituels de langue est de faire pratiquer l’oral ses élèves en début de séance sous la forme d’un jeu et de manière autonome. Elle propose également chaque semaine une expression idiomatique française et sa traduction allemande, non littérale donc. Cette comparaison est une réflexion sur la particularité de chaque langue, un travail sur les images de chacune des langues, et in fine un travail sur la langue française puisque les élèves découvrent parfois des expressions françaises, comme « être connu comme le loup blanc » (« et sa traduction allemande, son pendant en allemand « bekannt wie ein bunter Hund sein », littéralement « être connu comme un chien multicolore »). Elle relève que les élèves de 6eme ont perdu « l’habitude d’apprendre et les méthodes pour apprendre ». Pour Clémentine, la baisse du niveau de langue, en français ou en LVE, est alarmante.

Clémentine a adopté l’aménagement en îlots qui fonctionne globalement bien en LVE avec une répartition des tâches. Pour favoriser et encourager la prise de parole des élèves extrêmement timides, elle inclut des points d’efforts et de qualité de travail. Clémentine est extrêmement attentive au climat de la classe, car « Il est important que les élèves viennent volontiers en cours d’allemand, dans un cadre de travail, mais également bienveillant et à l’écoute. Cela aide pour l’image de l’allemand dans l’établissement ! »

Un club allemand pour le plaisir

En plus des heures d’enseignement et des heures d’initiation en CM2, Clémentine propose à tous les élèves volontaires du collège un « Club allemand » pour tout « ce qu’on ne fait pas en classe, des jeux déconnectés des programmes, des activités manuelles qui sont toujours très ou trop chronophages comme l’Osterbaum, tradition allemande de Pâques [un arbre d’œufs, des œufs peints], ou encore des Lanternes pour la Sankt Martin [tradition du 11 novembre]« . Clémentine propose dans ce club de chanter, par exemple Claudio Cappeo, comment ça va ? en duo avec Ben Zucker. Le clip se passe à Berlin, ce qui est l’occasion de parler de la capitale de l’Allemagne. Lors de ce club, les élèves ont aussi pu pratiquer l’écriture collaborative d’une pièce de théâtre ou encore lire un roman en lecture suivie. Pour résumer, Clémentine parle de cet atelier comme « notre plaisir », le sien et celui de ses élèves. Clémentine aime « ce rapport avec les élèves qui est différent en dehors des cours, les élèves sont plus à l’aise, on découvre d’autres facettes ».

Djehanne Gani

  1. Extrait de cafepedagogique.net du 25.05.23

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