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Après l’annonce d’E. Macron sur les directeurs d’école : vers une modification de la loi Rilhac (J.-M. Blanquer). Nouvelles réactions : Cl. Lelièvre, M.-N. Lienemann

8 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Pour Blanquer, la loi Rilhac va changer la direction d’école
Après les propos d’Emmanuel Macron à Marseille, la députée Béatrice Descamps (UDI) a interrogé JM Blanquer sur sur un éventuel changement de statut des directeurs d’école. Le ministre n’a pas répondu directement mais laissé entendre que la loi Rilhac fera évoluer leurs pouvoirs.

JM Blanquer a distingué l’annonce présidentielle qui est locale d’une évolution générale du statut des directeurs. "Il y a l’expérimentation marseillaise", dit-il. "Avec les organisations syndicales on va affiner ce que ça va signifier. C’est de l’expérimentation pour être à l’avant garde de l’esprit d’équipe".

Et puis il y a la proposition de loi Rilhac qui revient à l’Assemblée en septembre. " Ce sera le moment de parler de la direction d’école. Le débat est encore ouvert. C’est un résultat prometteur qui arrive. L’école a été la grande priorité du quinquennat avec un état d’esprit qui consiste à renforcer l’esprit d’équipe. Ca suppose une direction d’école appuyée par l’Etat et qui a les moyens d’exercer ses responsabilités", dit JM Blanquer.

Extrait de cafepedagogique.net du 08.09.21

 

Le précipité d’un recrutement des professeurs par des directeurs
Cela avait été préconisé avec insistance par nombre de dirigeants de droite il y a une dizaine d’années . C’était dans l’ouvrage « L’Ecole de demain » de Blanquer en 2016 qui visait à attirer l’attention des présidentiables de droite. Devenu ministre, il avait déclaré que cela allait être mis en place dans les mois suivants. Et on y arrive... peu avant les prochaines élections.

A Marseille, jeudi dernier, le chef de l’Etat a déclaré : « il faut que les directeurs d’école puissent choisir l’équipe pédagogique […]. Et donc c’est beaucoup plus que les postes à profil […] . Et ensuite, voir les résultats et, s’ils sont concluants, les généraliser »

Les préconisations de dirigeants de droite allant dans ce sens existent de façon insistante de longue date
Lors de la Convention de l’UMP sur l’Ecole tenue en novembre 2010 , un accent unilatéral a été mis sur le rôle à attribuer aux chefs d’établissement. Xavier Bertrand, alors secrétaire général de l’UMP, s’est prononcé pour les propositions du rapport du député UMP Reiss et a demandé « une évolution du statut du directeur d’école afin qu’il puisse participer au recrutement des équipes, et qu’il ait une réelle marge de manœuvre en matière de formation continue ». Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin et auteur du rapport sur la direction d’école, s’est empressé d’affirmer que « nos écoles ont surtout besoin d’un patron ». Jean-François Copé, n’a pas été en reste et a élargi le propos aux chefs d’établissement, en particulier au niveau du collège : « il nous faut faire du chef d’établissement le pivot de l’établissement ; il faut que les chefs d’établissement puissent constituer leur équipe pédagogique ». Enfin Gérard Longuet, sénateur de Lorraine , a surenchéri en affirmant qu’« il faut qu’un patron [le chef d’établissement] puisse rentrer dans les classes et puisse faire une exfiltration des enseignants qui sont en rupture avec son projet pédagogique »

[Extrait de blogs.mediapart.fr du 06.09.21

 

Autonomie des chefs d’établissements scolaire : vieille lune des Libéraux
Macron ressort une vieille lune des Libéraux et de Blanquer à savoir l’autonomie des chefs d’établissements pour recruter les enseignants et intervenants dans les écoles et de la souplesse pour les équipes faisant croire qu’ainsi, on combattrait mieux l’échec scolaire…

Qui peut imaginer que soudainement des enseignants plus compétents, plus motivés vont se précipiter pour venir dans des quartiers et écoles dans lesquelles ils ne sont jamais candidats ? Au contraire, ce choix risque plutôt de tirer vers le bas ces structures scolaires.
Or ces établissements ont au contraire besoin d’une forte implication des autorités académiques en direction des équipes éducatives. Trop souvent ce soutien leur manque face aux difficultés rencontrées ! Mettre les chefs d’établissement comme les grands responsables du projet et de sa mise en œuvre revient d’une part à leur confier une responsabilité excessive et risquée (est-on sûr qu’ils sont en situation réelle de définir un projet optimal ?), mais aussi à dédouaner les responsables académiques et rectoraux et à accroître les inégalités.
C’est une vision éclatée et inégalitaire de notre service public de l’Education Nationale.

C’est d’ailleurs aussi la thèse défendue par Valérie Pécresse, le WE dernier à sa rencontre en Corrèze. Elle, elle franchit le pas supplémentaire allant jusqu’à proposer que les écoles soient privées et qu’on donne aux élèves des chèques pour garantir la gratuité…
Mais qu’on ne s’y trompe pas c’est bien cette logique concurrentielle, désarticulée de notre système d’éducation qui est soutenue…
Tout cela au nom de la prétendue souplesse … prétendue car en fait ce n’est pas de la souplesse mais de la disparité quand au contenu et aux savoirs transmis.

De la souplesse, il en faut pour favoriser des initiatives, des méthodes diverses mais pas sur les contenus programmatiques et les objectifs à atteindre qui doivent demeurer communs, identiques.
Emmanuel Macron ne fera aucune annonce sur les créations de postes pour dédoubler plus fortement les classes dans tous ces établissements, veiller à ce que les remplaçants soient en nombre suffisant. Cette histoire d’autonomie des chefs d’établissements est non seulement dangereuse pour l’égalité républicaine mais sert aussi de rideau de fumée à l’absence d’enseignants, de surveillants supplémentaires.
On notera au passage qu’il n’a donné aucun chiffre sur les sommes dégagées pour remettre en état les écoles de Marseille… espérons qu’il sera plus net en Novembre.

La clef pour la réussite des élèves issus des quartiers et milieux populaires – des autres aussi sans doute – est certainement à chercher dans un lien plus étroit entre l’éducation nationale, le temps extra-scolaire, la culture, le sport, l’éducation populaire avec des projets de qualité mis en œuvre dans chaque établissement avec des personnels compétents œuvrant aussi les forces vives de la ville et du quartier.
Au passage Emmanuel Macron semble louer les cités éducatives mises en place dans certaines communes de la politique de la ville alors qu’il a fallu batailler ferme pour que ces projets puissent se poursuivre et se développer dans le cadre du plan de relance alors que le gouvernement freinait des quatre fers…

Mettre en place une telle réforme suppose que l’Etat finance ces postes, veille à la qualification et compétences des animateurs, et ce partout (et pas seulement dans les territoires attractifs). Mais si l’intention est parfois citée par le chef de l’Etat , aucun moyen n’est dégagé, aucuns postes créés, et en réalité Emmanuel Macron ne porte pas sérieusement cette évolution de notre système éducatif, qui est en fait à l’opposé du démantèlement qu’il envisage vraiment.

Extrait de mnlienemann.fr du 03.09.21

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