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Education prioritaire : la chute des deux ans et le bar (le blog de Marc Bablet)

25 novembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Education prioritaire : la chute des deux ans et le bar (le blog de Marc Bablet)
LE BLOG DE MARC BABLET
Jusqu’en 2019 les notes d’information de la DEPP concernant la rentrée faisaient connaître la situation des effectifs en détail en distinguant particulièrement l’éducation prioritaire. Cette année les choses changent empêchant la connaissance des effectifs de deux ans en éducation prioritaire. Au même moment, la secrétaire d’État donne une vision de la politique envisagée bien peu ambitieuse.

Une politique de communication tournée vers l’actualité de sa politique et qui n’aime ni l’histoire ni la sociologie. Et privilégie le langage facile sur la pensée sérieuse.

Ne doutons pas que l’invisibilisation de l’accueil des deux ans en éducation prioritaire s’inscrit dans les choix de communication du ministre : le seul sujet dont il veut entendre parler s’agissant de l’éducation prioritaire ce sont les classes à effectifs réduits du CP et du CE1 qu’il a pu mettre en place grâce à la baisse démographique que connaît le pays et aussi dans une moindre mesure grâce à la baisse de la scolarisation des deux ans.

Si cela ne tenait qu’à lui cette politique d’éducation prioritaire qui s’intéresse aux écoles et établissements qui accueillent en masse les plus défavorisés disparaîtrait au profit d’une politique qui s’intéresse uniquement aux individus, ignorant ainsi ce qu’il ne peut supporter : les résultats de recherche en sociologie qui rappellent que les individus dans une société appartiennent à des groupes sociaux qui ont plus ou moins de chances de réussite.

Les dernières déclarations de la secrétaire d’État chargée du sujet sont significatives de cela avec l’invention de ce qu’elle appelle BAR (bureau d’aide rapide) un dispositif dédié aux individus et non aux écoles ou établissements accueillant les plus grands nombres d’élèves défavorisés. Je suis en plein accord avec tout ce que Marc Douaire dit de de ses propos sur le café pédagogique.

Cette secrétaire du ministre s’inscrit bien parfaitement dans sa rhétorique montrant par là que le MODEM auquel elle appartient peine à faire entendre sa voix propre au sein de ce gouvernement. Rappelons que François Bayrou avait une conception autrement moins défavorable de l’éducation prioritaire, lui qui est à l’origine de la première baisse importante des effectifs en maternelle en éducation prioritaire prenant ainsi en compte davantage les groupes de personnes ghettoïsées dans les quartiers populaires que les individus supposés responsables de leurs difficultés ou échecs.

Cette distinction ne doit pas être prise à la légère car il en va d’une conception fondamentale de nos sociétés : la société qui veut réparer l’individu fait porter sur l’individu toute la responsabilité de sa situation. Ce n’est évidemment pas conforme au réel : des groupes d’individus vivent en précarité à cause de leur situation économique et sociale. Proposer une politique des individus en temps de pandémie quand on voit clairement que ce sont les plus défavorisés en tant que groupe cantonnés dans certains quartiers qui sont les plus touchés sur le plan épidémique, économique et social est une ineptie de plus du libéralisme qui décidément ne veut rien voir.

En outre cette idée de "BAR" est critiquable à d’autres titres : d’une part le choix de l’acronyme qui est clairement en relation avec les bars actuellement fermés, laisse entendre une rhétorique du rapport aux élèves bien discutable et on voit bien une mère de famille disant à son enfant "va donc au bar" ou "profites en c’est open bar"... Ensuite l’idée même d’aide rapide s’agissant d’apprentissages est parfaitement mensongère puisque ce qui caractérise les difficultés à apprendre c’est bien au contraire qu’elles appellent des changements complexes à réaliser dans la durée. A l’image de cette société du clic, voilà un prétendu service qui créera de l’illusion. Enfin on surfe là sur le tout numérique en éducation cher au ministre qui profite bien de l’épidémie alors que tous les professionnels en affirment clairement aujourd’hui les limites. Je crains donc que ce soit plutôt le Bon A Rien.

Encore une fois l’illusion de concertation débouche sur une communication elle même aussi rapide puisqu’elle intervient à propos au moment où son ministre s’enfonce dans l’affaire d’Avenir lycéen.

Faisons donc un peu d’histoire des chiffres pour contrer le nombrilisme et l’aveuglement ministériel

Rappelons la taille des générations : tandis que le gouvernement précédent faisait face à des générations d’élèves en hausse, celui-ci bénéficie d’une situation dont il n’est aucunement responsable qui lui donne une bonne part de la marge de manœuvre qui lui permet de réaliser plus aisément la décision présidentielle relative aux CP et CE1 à 12. Je vous donne les chiffres de l’ INSEE

2013 : 811510 naissances

2014 : 818565 naissances

2015 : 798948 naissances = - 2,4%

2016 : 783640 naissances = - 1,9%

2017 : 769553 naissances = - 1,8%

2018 : 758590 naissances = - 1,4%

2019 : 753000 naissances = - 0,7%

La baisse de 65565 enfants sur les cinq dernières années correspond à une possibilité de 5463 classes à 12.

Mais par ailleurs la baisse annuelle du nombre d’enfants de deux ans scolarisés en France est beaucoup plus importante à partir de 2017 et s’amplifie d’année en année, ce qui permet au ministre de se donner des marges de manœuvre supplémentaires comme on peut le voir ci-dessous :

Rentrée 2015 : 73239

Rentrée 2016 : 76163

Rentrée 2017 : 73526 = - 3,46% par rapport à l’année précédente

Rentrée 2018 : 70019 = - 4,77%

Rentrée 2019 : 64080 = - 8,48%

Rentrée 2020 : 53955 = - 15,8%

Seule une très petite part de cette baisse, comme on le voit en comparant les pourcentages, est liée à la baisse démographique d’autant qu’il faut comparer la baisse des générations de 2017 avec la rentrée 2019.

Il apparaît ainsi clairement que la seule mesure ministérielle qui concerne l’éducation prioritaire se fait en bénéficiant d’une situation favorable et en rognant nettement sur les autres politiques également souhaitables.

Et en éducation prioritaire quel effet sur l’accueil à deux ans ?

Si vous allez sur le site du ministère concerné aux notes d’information de la DEPP] vous verrez qu’on ne conserve que les années 2019 et 2020 et que tout le reste est renvoyé aux archives. C’est un choix bien discutable pour une institution qui inscrit son action dans la durée et pour un état qui est censé assurer une continuité de sa politique.

Évidemment cette politique de communication ne concerne pas que les statistiques et le ministre en toutes choses ignore superbement ce qui a pu être réalisé avant lui.

En ce qui concerne l’accueil des deux ans il mène une politique négative et empêche dernièrement d’en connaître les effets sur l’éducation prioritaire car la note d’information de la rentrée 2020 ne donne plus le détail des deux ans en éducation prioritaire comme toutes les précédentes le faisaient au moins depuis la rentrée 2015…

Là encore face à des gens qui ont une conception scandaleuse de la citoyenneté lycéenne comme on le voit en ce moment grâce à l’excellent travail journalistique de Mediapart et de Libération, il nous faut opiniâtrement faire de l’histoire, connaître de grandes tendances, comprendre ce qui se passe pour opposer à la mauvaise foi une connaissance solide du réel.

On fait donc référence à la série des notes d’information de la DEPP qui est, chaque année, consacrée à la rentrée dans le premier degré. Il s’agit des notes suivantes

Note d’information 44-15

Note d’information 40-16

Note d’information 17-25

Note d’information 18-27

Note d’information 19-45

Note d’information 20-36

La réalité de l’accueil des deux ans en éducation prioritaire est disponible dans les notes d’information sur la rentrée du premier degré jusqu’à la rentrée 2019 :

Rentrée 2015 : 19,3%

Rentrée 2016 : 20,8%

Rentrée 2017 : 20,5% dont 19,3% en REP et 22,3% en REP+

Rentrée 2018 : 20,3% dont 19,2% en REP et 22% en REP+

Rentrée 2019 : 18,2% en REP et 20,6% en REP+

Rentrée 2020 : ?

On voit bien grâce à ces données que les IA DASEN ont maintenu tant bien que mal la situation de la rentrée 2016 jusqu’à la rentrée 2018. En revanche l’amélioration commencée à la rentrée 2016 du fait de la politique précédente a connu un coup d’arrêt dès la rentrée 2017. A partir de 2019 on voit bien une dégradation significative avec 1% de moins en REP et 1,4% de moins en REP+.

Avec une baisse nationale de 15,8% on peut craindre le pire pour l’éducation prioritaire à la rentrée 2020. C’est sans doute pour cela que la donnée n’apparaît plus dans la note sur les effectifs du premier degré à la rentrée 2020.

Extrait de mediapart.fr du 24.11.20

 

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