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"Regards croisés sur la socialisation, Contextes, générations, ethnicisation", sous la dir. de Choukri Ben Ayed et de Francis Marchand, éditions de l’Université de Limoges, 2019 avec un article sur le combat des parents du "Petit-Bard" et sur la politique de mixité sociale (ToutEduc)

16 décembre 2019 Version imprimable de cet article Version imprimable

Mixité sociale dans les écoles et collèges : une analyse du combat des parents du "Petit-Bard" (Choukri Ben Ayed)

Le Conseil départemental de l’Hérault a répondu à la demande des familles du quartier du Petit-Bard Pergola à Montpellier avec deux projets, rebaptiser le collège, Las Cazes, ghettoïsé en "Collège Simone Veil" et proposer de nouvelles options attractives au sein de l’établissement : section anglo-américaine, section rugby, section arts du spectacle, rapporte Choukri Ben Ayed dans une contributions à un ouvrage collectif sur la question de la socialisation. Il y décrit le processus de "conscientisation politique dans les quartiers populaires", la façon dont les habitants s’emparent d’une question politique et la comprennent. Mais c’est aussi, en filigrane, une analyse critique des politiques publiques menées au nom de la mixité sociale dans les collèges, alors que la "loi Peillon" de 2013 "précise que le système éducatif veille "à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement".

En ce qui concerne ce collège, "sa situation reflète le caractère potentiellement pervers de politiques éducatives menées au nom de ’l’attractivité’ (...). En voulant faire revenir des populations qui avaient fui le collège (...), l’implantation de filières sélectives implique de facto une sélectivité et une concurrence entre les établissements et les élèves eux-mêmes." Le collectif des parents évoque "une mixité de façade et de communication", l’accès à la section internationale supposerait en effet l’égalité dans la préparation du concours tandis que la section rugby ne mélange pas les élèves. "Si ces politiques d’attractivité donnent le sentiment de reconquérir une certaine mixité sociale globale, elles n’apportent pas de garanties contre des mécanismes ségrégatifs internes." Le chercheur ne mentionne pas dans cet article le fait que cette politique fondée sur l’implantation de sections "attractives", notamment bilangues, est celle qui est actuellement prônée par le ministère de l’Education nationale pour lutter contre la ghettoïsation de certains établissements.

Le collectif n’a jamais parlé des "petits blonds du centre-ville"

Il cite en revanche Emmanuel Macron en visite à Montpellier : "Je n’oublierai jamais cette association de mamans d’élèves qui m’a expliqué pourquoi c’était une formidable erreur d’avoir fermé les classes bilangues, parce que quand il y en avait dans leur quartier – c’est sa formule – les petits blonds du centre-ville venaient dans nos quartiers." Or ce collège "n’a jamais offert de classes bilangues", le collectif n’a jamais parlé des "petits blonds du centre-ville", expression inventée par un journaliste, il a en revanche dénoncé l’ "absence totale de mixité sociale et ethnique (99 % d’enfants d’origine maghrébine)" dans des écoles qui "ne permettent pas à (leurs) enfants de réussir scolairement et de se sentir pleinement français". Il a plus particulièrement dénoncé la décision du conseil général de resectorisation qui a provoqué la ghettoïsation du collège.

L’auteur resitue ce combat des des parents du "Petit-Bard Pergola" dans l’histoire "de différents collectifs de quartiers populaires mobilisés autour de la lutte contre les ségrégations et les discriminations scolaires dans différentes villes (Montpellier, Créteil, Saint-Denis, Marseille etc.)". Il décrit la difficulté pour le sociologue de vaincre la défiance de certains acteurs à l’égard des chercheurs, et leur contestation "du monopole de la connaissance ’experte’ sur les quartiers populaires et les conditions de vie des habitants, qu’elle soit le fait des institutions ou des chercheurs", mais aussi de la construction de "faux problèmes" du type "démission parentale, discontinuités culturelles, nécessité de reconnaitre ou non l’existence de minorités ethniques, le débat sur les statistiques ethniques, etc. (...) Ils opposent à ces visions disqualifiantes une forte mobilisation scolaire familiale."

Des catégories de pensée qui pourraient apparaitre comme conformistes

Pour le collectif des parents du Petit-Bard, "la mixité scolaire est appréhendée comme le levier principal de la lutte contre les discriminations et comme la condition nécessaire d’appartenance aux valeurs de la République (...). Ces catégories de pensée qui pourraient apparaitre comme conformistes, revêtent dès lors qu’elles sont portées par la voix des habitants des quartiers populaires une dimension fortement critique, comme s’ils mettaient les institutions dans l’obligation d’appliquer leur propre doctrine, comme s’ils poussaient dans leurs retranchements la sincérité de leurs discours."

Lorsque, après les attentats de 2015, l"Éducation nationale lance "la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République", la mise en oeuvre du mot d’ordre de "la mixité sociale à l’école" dépend en réalité "du niveau local", en raison des compétences transférées à la municipalité et conseil départemental : Les textes adoptés au niveau national n’ont pas "immédiatement trouvé d’écho au niveau local" et semblaient même ignorés "des élus ou des recteurs". Le collectif a toutefois "pu nouer des relations directes avec le cabinet de la ministre de l’Éducation nationale qui se retrouve alors dans une forme de position de médiation entre le collectif, les élus et les administrations locales", avec une efficacité limitée.

Les Etats généraux de l’éducation dans les quartiers populaires

"La liste des dysfonctionnements n’apparait plus comme une problématique locale, mais comme le témoignage de dysfonctionnements plus larges qui affectent les conditions de scolarisation dans les quartiers populaires en général". Se nouent alors des relations avec "d’autres collectifs dans d’autres villes", d’où l’organisation d’ "États généraux de l’éducation dans les quartiers populaires", à Montpellier au mois de mars 2017, puis à Créteil au mois d’avril 2018 (et à Stains cette année ndlr). Mais "aucune des propositions et préconisations effectuées n’ont vu le jour, pire les engagements pris par la directrice adjointe de cabinet Fanny Anor le 7 décembre 2018 au ministère de l’éducation nationale avec le collectif des parents du Petit-Bard n’ont pas été respectés", indique le collectif. La contribution de Choukri Ben Ayed s’achève sur ce constat ; le 16 avril de cette année, "les parents ont (à nouveau) occupé les écoles du Petit-Bard".

"La lutte contre la ségrégation scolaire, un objet privilégié des processus de conscientisation politique dans les quartiers populaires : le cas de la mobilisation du Petit-Bard" in "Regards croisés sur la socialisation, Contextes, générations, ethnicisation", sous la direction de Choukri Ben Ayed et Francis Marchand, éditions de l’Université de Limoges, ISBN 978 284 287 744 6, 20€

Extrait de touteduc.fr du 15.12.19

 

Voir aussi Mixité sociale : entretien du Café avec Choukri Ben Ayed sur la mobilisation des mères du quartier du Petit Bard à Montpellier

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