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Un rapport des inspections générales sur le pilotage du Plan national de formation (ToutEduc, le Café)

12 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

ADDITIF du 26.03.19
Plan national de formation : Un rapport veut renforcer la digitalisation et changer le pilotage

" Les acteurs rencontrés au niveau national sont critiques et considèrent que le PNF doit évoluer compte tenu de l’enjeu que constitue la formation pour le pilotage national et académique des politiques éducatives". Le rapport rédigé par les inspecteurs généraux Jonas Erin, Jean-François Cuisinier et Eric Fardet pointe les manques d’un plan national de formation qui semble ni réellement piloté ni satisfaisant au regard des attentes des agents. Il demande un autre pilotage et un rééquilibrage des formations entre commande institutionnelle et besoins des cadres. La solution pour la rapport passe par une meilleure utilisation de la plateforme M@gistère et davantage de dialogue entre académies et administration centrale.

Absence de vision stratégique

Le plan national de formation (PNF) ce sont environ 200 formations touchant environ 20 000 personnes chaque année, essentiellement des cadres et formateurs de l’Education nationale. Sur les 185 actions du PNF 2018-19, 95 impliquent exclusivement des cadres et 65 un mélange cadres, formateurs et enseignants. 25 concernent exclusivement des formateurs et enseignants.

Or pour les auteurs, "le PNF, s’il constitue un outil nécessaire pour accompagner les personnels dans la mise en oeuvre des politiques éducatives, n’est pas construit à partir d’une vision stratégique globale et pluri annuelle croisant les besoins institutionnels et les besoins individuels de formation".

Le rapport pointe que le PNF est davantage centré " sur les enjeux institutionnels que sur les besoins de gestion des ressources humaines liés au développement professionnel et personnel tout au long de la vie". Il s’agit avant tout de mettre en place les réformes ministérielles (maternelle, fondamentaux, bac et lycée, enseignement professionnel, laïcité). " Les enjeux de formation continue liés aux compétences professionnelles et au développement professionnel et personnel ne sont pas explicités. Le texte ne fait pas référence au schéma directeur de la formation professionnelle tout au long de la vie publié en mars 2018 par la DGAFP qui définit des objectifs communs à l’ensemble des ministères dans le contexte de transformation en profondeur de l’action publique... Au niveau national, l’institution se préoccupe assez peu du développement professionnel des cadres qui peinent en outre à dégager le temps nécessaire à la formation personnelle dans des agendas contraints".

Logique descendante

"Les académies ne sont pas consultées sur les besoins de formation et sont peu associées à la construction de ces actions. Les priorités nationales sont certes communiquées en amont de l’élaboration du PNF, comme cela a été mentionné, mais sans possibilité pour elles à ce stade de faire remonter des propositions", notent les auteurs.

Le PNF est annuel alors que les réformes doivent entrainer un accompagnement sur plusieurs années. Le rapport pointe aussi "une logique descendante" dans la conception des formations avec des effets négatifs. " L’organisation très descendante des formations peut provoquer une forme de déception chez les participants, comme l’ont fait apparaitre des témoignages de cadres à la suite de sessions d’information jugées parfois peu opérationnelles". Et ces actions " laissent peu de place à l’acquisition des compétences professionnelles liées à l’exercice du métier".

Le rapport souligne "un effort encore limité de digitalisation des formations" : seules 13% des formations font l’objet d’une diffusion numérique et seules 12% contiennent un volet de formation à distance. " La plateforme M@gistère, qui est utilisée par toutes les académies et fait l’objet de transferts technologiques à l’international, reste largement sous‐exploitée au niveau national", estime le rapport.

Changer le pilotage
Le rapport invite donc à changer la donne en profondeur en revoyant notamment le pilotage de la formation, qui semble actuellement peu clair et plus subit que vraiment décidé.

Ils invitent à fonder la formation sur un "schéma stratégique pluriannuel". " L’enjeu de la politique nationale de la formation continue est de mettre en place une stratégie qui contribue à créer des conditions optimales de réussite pour les élèves dans leurs établissements et dans leurs classes. Celle‐ci doit s’appuyer sur la formation des cadres et des formateurs en articulant trois dimensions : l’évolution des pratiques, la conduite du changement par les cadres et formateurs, le besoin de développement professionnel et personnel des acteurs. Ces objectifs impliquent d’élaborer une stratégie nationale de formation qui concerne l’ensemble des acteurs, quel que soit leur statut (cadres, formateurs, enseignants). Dans ce contexte, il est nécessaire de dépasser la notion de plan de formation pour installer un véritable pilotage national de la formation continue en lien avec les politiques académiques".

Pour cela il faut revoir le pilotage. " La mission préconise un rééquilibrage de la politique de formation continue, tant dans sa conception que dans son contenu. Ce rééquilibrage passe par un pilotage conjoint de la DGESCO et de la DGRH afin que les programmes de formation qui déclinent l’impulsion nécessaire aux réformes au sein d’orientations stratégiques prennent en compte à la fois les enjeux institutionnels et ceux du développement professionnel". Le rapport veut aussi "impliquer les académies dans la politique nationale de formation afin de rompre avec la logique descendante du PNF actuel et d’articuler les niveaux de pilotage". Pour cela elle envisage un comité d’orientation stratégique avec un secrétariat commun dgesco / dgrh. " Il comprendra, autour de la secrétaire générale, du DGESCO et du DGRH, la doyenne de l’IGEN et le chef du service de l’IGAENR ainsi qu’un représentant de la conférence des recteurs", celui ci marquant l’association des académies au PNF.

Le rapport propose 4 scénarios pour la conception du programme de formation : programme unique conçu par Dgesco et dgrh, deux programmes un pour les cadres et un autre pour les formateurs, déconcentration pour les formateurs et programme national pour les cadres, programme des formations des formateurs confiés aux académies.

Le rapport invite à distinguer la conception du programme de sa mise en oeuvre qui pourrait être confiée à l’IHEEF (ex Esen) ou à Canopé.

Digitaliser davantage

Le rapport estime que la digitalisation des formations peut être un véritable levier. " La digitalisation, l’internationalisation et « l’inter‐ministérialité » constituent – au sein de l’Éducation nationale – les piliers prospectifs d’un pilotage du changement par la formation des acteurs. Ils gagnent à être pensés de manière intégrée en articulant la mise en oeuvre des politiques éducatives et les besoins des acteurs". Il estime que " l’exploitation plus systémique de la plateforme M@gistère permettrait de fidéliser une communauté apprenante avec une animation de communauté apprenante autour d’études de cas ou de développement ; accompagner la mise en place d’une réforme par un forum qui permet l’élaboration participative d’une foire aux questions (FAQ) ; scénariser des parcours de développement professionnel avec tuteurs et échange de ressources.. Ces constats amènent la mission à préconiser l’extension systématique du périmètre d’action de la plateforme M@gistère à l’encadrement ".

Et la formation des enseignants ?

" Il préconise d’utiliser ce modèle de formation comme un levier de stratégie internationale tant dans le développement de l’offre éducative française que de l’installation culturelle de la dimension internationale dans les contenus pédagogiques et les parcours professionnels.. Le caractère précurseur de l’outil en fait un produit d’exportation et de rayonnement à l’international (DNE, DREIC)" estiment les auteurs. " Une vision très optimiste au regard des résultats du système éducatif français mais qui reprend les discours ministériels les plus démagogiques.

On aimerait un rapport qui se penche sur la formation continue des enseignants. Les indicateurs internationaux nous disent que c’est une des pires des grands systèmes éducatifs. Le budget nous dit que son budget est capté pour d’autres usages. Et les enseignants nous disent qu’elle aussi est descendante et ne répond pas aux demandes et ils nous soufflent d’autres adjectifs à propos de Parcoursup...
François Jarraud

Le rapport

Extrait de cafepedagogique.net du 25.03.19

 

Le pilotage du plan national de formation
Décembre 2018
Jonas ERIN
Inspecteur général de l’éducation nationale
Jean‐François CUISINIER
Éric FARDET
Inspecteurs généraux de l’administration de
l’éducation nationale et de la recherche

Formation des cadres de l’Education nationale : les inspections générales préconisent un rapprochement de Canopé et de l’IH2EF

Le plan national de formation "constitue un outil nécessaire pour accompagner les (cadres de l’Education nationale) dans la mise en œuvre des politiques éducatives", mais "il n’est pas construit à partir d’une vision stratégique globale et pluriannuelle croisant les besoins institutionnels et les besoins individuels de formation", estiment les deux inspections générales de l’Education nationale qui soulignent dans un rapport commune que "la fusion en cours des inspections générales, la réorganisation des directions et la transformation de l’ESENESR l’école supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, souvent dite ESEN ndlr) en IHEEF (ou IH2EF, Institut des hautes études de l’éducation et de la formation) (voir ToutEduc ici) créent un contexte favorable à une clarification des rôles et responsabilités de chacun".

Elles rappellent que le PNF concernait "plus de 23 000 personnes en 2018‐2019" et qu’il constitue "le levier de la politique nationale de formation continue des cadres pédagogiques et administratifs". Les rapporteurs ajoutent que "les inspecteurs territoriaux, les personnels de direction et les cadres administratifs des services déconcentrés et des établissements ont vu leur rôle se transformer et se complexifier au fur et à mesure du mouvement de déconcentration et de décentralisation du système scolaire". Ils "connaissent des changements rapides, profonds et durables de leurs métiers", mais ces enjeux sont absents des priorités du PNF (...). Le développement des compétences professionnelles n’y apparait pas, notamment celui des compétences managériales."

Le rapport souligne également la faiblesse du numérique : "Seules 13 % des actions de formation font l’objet d’une diffusion numérique (webdiffusion, visioconférence) et seules 12 % des actions contiennent un volet distant de formation. Quant aux formations qui concernent explicitement le numérique, elles sont peu nombreuses."

Pour les auteurs, la transformation de l’ESENESR en IHEEF "renforce son rôle central dans la formation des cadres" d’autant qu’elle "s’est d’ores et déjà dotée d’un catalogue destiné à donner plus de lisibilité à son offre de formation et à structurer son activité". Il conviendrait donc d’ "exploiter" cette montée en expertise et de "déléguer progressivement tout ou partie de la maitrise d’œuvre de la formation de formateurs à un opérateur, l’IHEEF ou Canopé, avec la perspective à terme d’un rapprochement entre les deux structures, soit en partenariat soit par leur fusion, au sein d’un institut unique de la formation."

Le rapport envisage deux pistes, "concentrer sur l’IHEEF l’ensemble de la formation continue nationale, au‐delà de celle des cadres qui est sa mission actuelle", mais "la priorité semble de laisser le nouvel Institut consolider sa place sur le champ de la formation des cadres", ou alors "s’appuyer sur Canopé pour en faire progressivement un opérateur de la formation de formateurs" ce qui suppose de réorienter "une partie de ses outils et de ses personnels (...) afin de créer à moyen terme un nouvel opérateur de formation continue dédié aux enseignants". Quoi qu’il en soit, "il convient de favoriser dès maintenant le rapprochement entre l’IHEEF et Canopé", voire avec "d’autres opérateurs tel le CIEP" ce qui donnerait une "force de frappe" permettant de construire "un plan de communication sur l’offre de formation, de toucher tous les publics et de répondre à l’objectif de rayonnement renforcé de l’offre éducative française".

Les auteurs soulignent aussi la convergence des besoins avec ceux des cadres d’autres ministères, et l’intérêt de formations communes.

Parmi les préconisations des rapporteurs, à noter

"installer un pilotage national de la politique de formation continue"

"déléguer progressivement tout ou partie de la maitrise d’œuvre des formations de formateurs à un opérateur, l’IHEEF et/ou Canopé, avec la perspective à terme d’un partenariat ou d’une fusion entre les deux structures sous la forme d’un institut unique de la formation"

"positionner progressivement l’inspection générale d’une part sur des fonctions stratégiques et d’autre part sur une expertise métier"

"mieux répondre aux besoins de formation liés au développement professionnel et personnel des cadres"

"faire du numérique éducatif une priorité dans et pour la formation"

"inscrire le développement de la formation dans l’internationalisation du système éducatif et dans une dynamique interministérielle"

"favoriser le déploiement de formations interministérielles".

Télécharger le rapport

Extrait de touteduc.fr du 10.03.19 : https://cache.media.education.gouv....

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