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Peut-on évaluer l’éducation artistique et culturelle ? (rapport des inspections générales, 2017) : analyse de ToutEduc

9 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Peut-on évaluer l’éducation artistique et culturelle ? (rapport des inspections générales)

"Quand bien même on aurait démontré que l’éducation artistique permettrait aux enfants d’être plus créatifs, il reviendrait aux politiques de décider si le système éducatif doit avoir pour mission de former des individus créatifs." C’est le constat que font les deux inspections générales de l’Education nationale dans un rapport sur "l’évaluation de la politique d’éducation artistique et culturelle". Comme toute politique publique, celle-ci doit être évaluée, mais selon "quelles modalités, quels indicateurs" ?

"S’il est vrai qu’un consensus semble être établi sur l’intérêt intrinsèque de l’EAC au sein de l’École, l’évaluation en la matière ne va pas de soi pour les acteurs et partenaires de l’Education nationale, tant ses problématiques et ses enjeux fondamentaux sont complexes, tant la question de l’appropriation intelligente de ces outils nouveaux soulève encore des questions. Ainsi, peut-on mettre en évidence, fondée sur des critères objectifs, la plus-value même que représente l’EAC pour la formation générale des élèves ? (...) D’un côté, l’on attendrait d’une évaluation en EAC qu’elle réponde au besoin d’attester la pertinence et l’efficacité d’une politique publique et de ses effets positifs (...), de l’autre, l’évaluation, importée en EAC, suscite la méfiance : il ne peut être question de verser, s’agissant de domaines artistiques et créatifs, dans une rationalité caricaturale de l’EAC qui n’en saisirait que l’écume. Nombreux sont les chercheurs qui invitent à se méfier du ’tout évaluation’ et de ses dérives rationalistes en matière d’EAC."

Proposer une vision prospective

Dès lors, la mission n’avait pas "vocation à rendre compte d’une réalité de terrain" qu’elle aurait expertisée, mais "à proposer une étude prospective visant à valoriser la réflexion théorique et concrète de l’évaluation en EAC (...) Dans ce cadre, la mission s’est particulièrement attachée à ne pas se limiter à une appréciation quantitative des dispositifs telle que l’ont tentée des enquêtes et des rapports passés, mais à considérer des objectifs qualitatifs liés au socle commun de connaissances, de compétences et de culture".. Elle s’est aussi attachée "à embrasser les divers enjeux et dimensions de la politique d’éducation artistique et culturelle, à ses différentes échelles territoriales", "à placer l’élève et ses acquis au cœur d’une méthodologie de l’évaluation, y compris par la prise en compte du temps périscolaire", "à considérer les modèles développés à l’étranger".

Les inspecteurs généraux évoquent ainsi "la multiplication des initiatives qui jalonnent les trois dernières décennies" et ils décrivent un paysage "d’une grande richesse, qui reste peu aisé à lire et très difficilement appréhendable". Ils ont "l’impression d’un émiettement, entre ce qui relève des enseignements, des dispositifs nationaux, des initiatives des échelons déconcentrés de l’État, de celles des collectivités territoriales, des institutions culturelles et des associations ou encore des écoles et des établissements eux-mêmes". La notion même d’EAC "semble fluctuer dans l’esprit des différents acteurs" et il est "difficile de disposer ne serait-ce que d’un simple inventaire des initiatives prises". S’y ajoute la réforme territoriale qui "bouscule des équilibres et rend encore plus délicate la construction d’un pilotage partenarial à une large échelle géographique". Certes "les rectorats entretiennent des relations suivies avec les DRAC, avec les grandes collectivités régionales et avec certaines intercommunalités", mais "ces rapports apparaissent peu fédérés par des objectifs partagés".

Par ailleurs, "l’émergence" de la notion de "parcours" bouscule les politiques d’éducation artistique et culturelle. Il ne faudrait pas "réduire l’EAC à un ensemble d’acquisitions à évaluer alors que le processus dans lequel est engagé l’élève à travers son parcours peut être considéré comme une fin en soi".

"Cum grano salis", comme un détail sans grande importance

Mais dès lors, faut-il voir l’EAC comme "un sachet de thé qui infuse". Pour la recherche internationale", "un quelconque effet direct de l’éducation artistique et culturelle sur les compétences scolaires générales des élèves semble (...) difficile à établir (...). Les grandes méta-analyses qui voient le jour dès 2000 admettent, en général, une possible corrélation ; encore n’est-ce que cum grano salis (sans le prendre très au sérieux, ndlr) et en se défendant d’en pouvoir dégager une quelconque causalité." En réalité, les études sont très nombreuses, on comptait déjà en 2001 quelque 11 500 livres, thèses et mémoires, conférences, rapports, articles et relevés de données publiés ou inédits sur le sujet. Les études australiennes et canadiennes "concluent au minimum à une absence d’effets négatifs sur les autres disciplines" et "à des résultats positifs sur quelques compétences disciplinaires", mais aussi "à un gain de confiance en soi, de socialisation et d’acceptation d’une diversité culturelle qui améliorent les conditions des apprentissages".

L’éducation artistique et culturelle est toutefois "de plus en plus considérée comme un moyen de promouvoir les compétences et les attitudes nécessaires à l’innovation, au-delà de la seule maîtrise de compétences artistiques et de la sensibilisation à la culture".

Les auteurs en concluent que chacun doit se poser la question "de ce qu’il peut et doit évaluer", qu’il s’agisse des enseignants, des chefs d’établissement et IEN, des instances académiques, des collectivités, des institutions culturelles... Ils soulignent aussi que "les difficultés sont souvent criantes dans les zones rurales" et ils évoquent le témoignage de "la responsable d’une cité scolaire située dans une zone dépourvue d’institutions culturelles" pour qui "les questions d’évaluation restent secondes" face aux difficultés qu’elle rencontre "pour mobiliser des partenaires souvent lointains, financer des actions, ne serait-ce que le déplacement des élèves dans un établissement culturel."

Le rapport du 05.09.17 : "L’évaluation de la politique d’éducation artistique et culturelle : quelles modalités, quels indicateurs ?"

Extrait de touteduc.fr du 08.02.19 : Peut-on évaluer l’éducation artistique et culturelle ? (rapport des inspections générales)

 

Note du QZ : Ce rapport daté de septembre 2017 ne figure pas dans la liste des rapports publiés cette année-là.

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