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Une revue pour (re) penser l’éducation populaire, Résonnances devient Controverses (ToutEduc)

16 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Une revue pour (re) penser l’éducation populaire, Résonnances devient Controverses

"Résonnances", revue d’éducation populaire éditée par le réseau national "Arc en Ciel Théâtre", annonce qu’elle se transforme en prenant le titre de "Controverses" pour "reprendre la main sur la politique et ne plus la laisser aux politiques et aux experts". Stéphane Triquenaux, délégué national d’Arc en Ciel Théâtre, répond aux questions de ToutEduc.

ToutEduc : Pouvez-vous nous retracer un historique de votre revue ?

Stéphane Triquenaux : Dès les premiers exemplaires, Résonnances avait une vocation "externe" au réseau "Arc en Ciel Théâtre", mêlant récits d’expériences pratiques de nos interventions et écrits théoriques qui nous semblaient faire écho à nos démarches. La deuxième étape de développement de la revue, c’est l’offre civile de réflexion lancée par Marie-George Buffet qui nous a confirmés dans l’idée que l’éducation populaire devait redevenir un véritable moyen de réinventer la démocratie. Progressivement, la revue s’est confirmée comme un support de réflexion à cette vision de l’éducation populaire qui mettait en écho des thèmes de société et l’EP. Education populaire et …. politique / démocratie / développement durable / travail /… De nombreux auteurs-acteurs de l’éducation populaire y ont participé - Christian Belisson, Jean Bourriau, Maurice Caurond, Claire et Marc Hebert-Suffrin, Marc Lacreuse, Christian Maurel, Fabienne Moine, Alexia Morvan, Patrice Weisheimer…-, mais elle restait portée par Arc en Ciel Théâtre.

ToutEduc : Pourquoi ce titre et pourquoi l’avoir écrit "Résonnances" et non pas Résonances ?

Stéphane Triquenaux : La résonnance en physique ou en musique, c’est la capacité d’augmenter la durée ou l’intensité d’un son. A l’origine, notre revue était une manière de faire résonner avec d’autres les points de vue d’Arc-en-Ciel Théâtre. Garder résonnances avec deux "n" est un usage "archaïque et populaire", mais toléré depuis que l’académie française a décrété en 1878 de réduire à un seul N.

ToutEduc : Les associations d’éducation populaire ont toutes une revue, voire parfois plusieurs. Ici, est-ce qu’on peut comprendre que vous êtes une revue d’éducation populaire sans association éponyme ?

Stéphane Triquenaux : Oui, c’est précisément le souhait. L’amorce de changement, c’est le numéro 25 "Education populaire et Educations Populaires". Arc-en-Ciel Théâtre possède, comme toutes les associations, les moyens de sa propagande et du partage de ses idées. Nous avons un site internet, trois livres écrits et diffusés chez l’Harmattan, une lettre trimestrielle diffusée à 20 000 personnes... Notre volonté, c’est de faire de cette revue un support réel de débat et de rencontre pour une éducation populaire vivante. Le comité de rédaction est composé de plusieurs personnes appartenant ou pas à des associations, fédérations, syndicats. Ce qui garantit une diversité cohérente avec la nouvelle volonté d’exposer les débats d’idées, y compris nos propres désaccords. La question du support associatif n’est pas vraiment au cœur de nos préoccupations actuelles. Ne pas créer d’association support est peut-être un enjeu intéressant pour se concentrer sur les débats et la publication ?

ToutEduc : Quel regard portez-vous sur l’éducation populaire à l’orée de 2019 ?

Stéphane Triquenaux : Je ne sais pas trop. C’est parfois devenu un terme tellement générique qu’il servira bientôt d’argument de vente dans les supermarchés, avec des vrais morceaux d’éducation populaire à lire sur la boîte ! On sent bien qu’il y a surtout nombre de structures qui ont besoin de faire valoir leur existence pour justifier leurs subventions ou leurs appels d’offres. Mais une fois que tout le monde a hurlé "vive l’éducation populaire", que reste-t-il ? De braves animateurs qui se demandent comment remplir leur journée d’activités et des militants politiques qui cherchent les bons épices pour faire avaler leur soupe… Collectivement, nous méritons mieux… et l’état de la société aussi ! Alors, si l’on dit que l’éducation populaire, c’est construire de la démocratie à partir de l’égalité des intelligences, on commence par se l’appliquer à nous-même, d’où l’idée de mettre en lumière les désaccords de ceux qui parlent ou font de l’éducation populaire. Nous montrons immédiatement qu’une société démocratique n’est possible que sur cette base. Et on invite chacun à prendre position, à oser s’affirmer, à ne pas plier sous la domination de ceux qui savent mieux que moi.

ToutEduc : Vous avez décidé de changer le nom de votre revue qui, désormais, s’appellera "Controverses". Est-ce que c’est parce que vous essayez d’avoir, avec un titre accrocheur, un lectorat plus important que l’actuel que d’aucuns pourraient qualifier de confidentiel ?

Stéphane Triquenaux : La question de la confidentialité ne se pose même pas pour nous : sinon la revue ne serait jamais parue. Si on organisait un tirage à plus grande échelle en l’envoyant à tous les adhérents de nos réseaux respectifs, on pourrait bien évidemment toucher un bien plus grand nombre de personnes puisque l’envoi de la revue serait systématique à tous les membres de près ou de loin. Est-ce que ça garantirait une lecture ? Vraiment pas certain. A titre d’exemple, je reçois très régulièrement des revues, feuilles d’information, etc. dans ma boite à lettres, dans ma boite mails... Et ça ne fera un mystère pour personne que 9 fois sur 10, ça part à la poubelle sans même l’avoir lu. Pour avoir une stratégie commerciale, il faut vouloir faire du commerce : donc c’est perdu d’avance.

"Controverses", c’est juste être cohérent avec un contenu et un choix politique éditorial. Pour nous, "dire non, c’est penser" : la controverse nous semble être la forme la plus adéquate pour donner envie de prendre position, de se forger sa propre opinion, et d’entrer dans la construction de la société à la place que chacun se choisit. C’est une invitation à se mettre en chantier, à se mettre à penser, à se mettre en action.

ToutEduc : Vous souhaitez , dites-vous dans "Résonnances" d’octobre, ne plus publier de textes théoriques et des rappels des principes mais partir du "réel du quotidien" et d’oppositions de points de vue pour ne plus décider "qui a raison" mais aider chacun à se forger une opinion , "étayer des convictions" et "sortir d’un juste milieu fade et confortable" en donnant le "goût du combat" ? Ne risquez-vous pas de glisser de l’éducation populaire vers une sorte de populisme dans l’air du temps ?

Stéphane Triquenaux : Qui parle de populisme ? Ceux qui écrivent les éditoriaux des journaux ? Ceux qui ne supportent pas qu’on les arrête au rond-point pour leur parler de remplir le frigo et le réservoir de la voiture ? La réponse est dans votre question. Si l’éducation populaire est de ne plus regarder nos vies, de ne plus essayer de les transformer quand elles ne nous conviennent pas, à quoi sert-elle ? C’est l’éducation populaire en surplomb, celle qui explique comme un prêt à penser des sachants vers les ignorants, qui est dangereuse. C’est du macronisme : "vous n’êtes pas d’accord, mais ne vous inquiétez pas, nous allons faire preuve de plus de pédagogie pour vous expliquer...". Mais expliquer quoi ? Que si nous ne sommes pas d’accord, c’est qu’on n’a rien compris à nos vies ? Que si on n’est pas d’accord du sort qui nous est réservé, nous sommes de mauvais Français, de mauvais démocrates ? Alors oui, nous avons envie de nous redonner le "goût du combat", de sortir du "fade et du confortable"- à qui ça rend service ça ?-. Après, on pourrait ergoter sur le sens du mot "populisme" et quelles sont les catégories sociales et politiques qui l’emploient, et surtout à quel projet de société elles l’agitent comme un chiffon rouge.... Mais si être populiste, c’est s’intéresser à nos vies pour les rendre meilleures…. eh ! bien on va revendiquer ça haut et fort ! Mais pour le coup, c’est une question que l’on pourrait traiter dans le prochain numéro : "de quelle société le populisme est-elle le nom ?".

ToutEduc : Le premier numéro de Controverses, c’est pour quand ?

Stéphane Triquenaux : C’est le comité de rédaction qui va décider de tout ça. Pour le moment, l’idée est de partir sur une parution annuelle. Mais dans l’ensemble, nous ne sommes pas tenus à un problème marchand : donc le prochain numéro sortira quand il sera prêt !

ToutEduc : Comment sera-t-il diffusé ?
Stéphane Triquenaux : Nous garderons une diffusion papier car le support nous semble toujours intéressant, voire nécessaire pour fixer les choses dans le temps, y revenir le cas échéant. Bien entendu, les premières zones de diffusion se feront à partir des membres du comité de rédaction. Mais depuis deux ans déjà, tous les numéros sont en ligne sur le site de la revue et en lecture gratuite.

Le site de Résonnances,
du réseau Arc en ciel
Propos recueillis par Arnold Bac, relus par S. Triquenaux

Extrait de touteduc.fr du 11.01.19 Une revue pour (re) penser l’éducation populaire, Résonnances devient Controverses

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