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"Lire, c’est comprendre. Donc apprendre à lire c’est apprendre à comprendre ce qui est écrit", par Eveline Charmeux. Editions Universitaires Européennes, 2018, 273 p. Interview par le Café et analyse par ToutEduc

18 juillet 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Eveline Charmeux : Lire, c’est comprendre

"Il existe une relative indépendance entre ce qu’on voit écrit et ce qu’on entend à l’oral. Il serait pour le moins imprudent de faire croire aux enfants que les lettres auraient un son associé à chacune d’elle". Si vous cherchez un spécialiste qui réfute la méthode syllabique : inutile d’aller plus loin. Eveline Charmeux, agrégée de grammaire classique et ancienne professeure en IUFM, ne craint pas la polémique. Son dernier ouvrage, "Lire, c’est comprendre" (éditions universitaires européennes), prend à rebrousse poil la plupart des principes admis actuellement pour l’apprentissage de la lecture. L’ouvrage présente une démarche (attention ! pas une méthode !) pour faire découvrir la lecture aux enfants de la maternelle au CM2. Mais c’est aussi le bilan d’une vie consacrée à l’école et à l’enseignement et la conclusion d’années de recherche. Enfin l’ouvrage fait entendre une réflexion originale, à 1000 lieues des idées dominant l’Ecole aujourd’hui.

Dans votre ouvrage vous proposez "d’apprendre intelligemment la lecture". Ce n’est pas le cas aujourd’hui ?
Cela veut dire en faisant appel à l’intelligence des enfants et en la développant. C’est sur qu’aujourd’hui on n’en abuse pas. Par exemple quand on frappe les syllabes dans l’apprentissage de la lecture on oblige les enfants à admettre des choses fausses. On les oblige à lire des textes qui ne sont pas des messages mais des phrases inventées. C’est juste le contraire de la compréhension en lecture. Comprendre une lecture c’est comprendre qu’il y a un message avec quelqu’un qui dit quelque chose à une autre personne. "Toto a bu son lolo" ce n’est pas un message. Personne ne parle comme ça.

Pourtant le déchiffrage est indispensable à la compréhension ?
Dès l’instant où on analyse ce qu’est lire on voit que le déchiffrage n’en fait pas partie. Pour une raison que Dehaene ou Blanquer passent sous silence : l’oeil ne peut pas percevoir quand il se déplace. On ne déchiffre pas car il est impossible que l’oeil repère les lettres de cette manière. Quand on donne des mots isolés à lire en fait on ne les lit pas on les reconnait. Par exemple un enfant qui rencontre le mot "patient" ne le déchiffre correctement que s’il le connait déjà.

Alors vous défendez la méthode globale ?
Pas du tout. Je montre dans mon livre une approche de la lecture qui n’a rien à voir ni avec la méthode globale ni avec la syllabique. Une méthode est forcément mauvaise car elle impose une démarche qui ne s’appuie pas sur les savoirs déjà là des enfants.
Mon livre montre comment les enfants entrent dans l’écrit. Ma démarche invite à s’appuyer sur le connu des enfants. On part des écrits que les enfants connaissent, comme leurs chansons, pour regarder comment c’est écrit et créer du connu. On peut leur proposer de nouveaux textes comme des contes, ou des recettes de cuisine et les laisser les explorer et dire ce qu’ils reconnaissent. On voit ce que ça veut dire. A ce moment là on regarde les mots quand on sait ce qu’ils veulent dire. On ne demande pas aux enfants de créer du sens sans avoir travaillé sur du signifiant. Apprendre à lire c’est découvrir une langue qui se voit et non qui s’entend. En français on ne prononce pas les lettres les plus importantes.

Vous dites que la lecture est une manière de vivre. Que voulez vous dire ?
C’ets la découverte d’un type de communication. Il ne faut jamais séparer la lecture de la communication. Il faut que les enfants sachent que tout ce qui a été écrit a été fait par quelqu’un pour dire quelque chose. C’est ça la lecture. Ce n’est pas des lettres qu’on assemble. Les enfants découvrent une autre manière de communiquer et un nouvel univers donc une autre manière de vivre.

Vous dites aussi qu’il faut apprendre à lire en raisonnant.
Oui dès le début. Je montre que lire implique toujours de réfléchir à ce qu’on lit.

Que faire quand on a des élèves qui n’aiment pas lire ?
Avec la syllabique cela ne m’étonne pas. Mais ça me met en colère de voir des enfants sortir du CP découragés de lire. J’aimerais que ce livre soit une occasion de prendre de la distance par rapport à ces histoires de syllabes. Les enseignants n’ont que trop absorbé ce crime de lèse enfants qu’est la méthode syllabique.
Propos recueillis par François Jarraud

Eveline Charmeux, Lire, c’est comprendre. Donc apprendre à lire c’est apprendre à comprendre ce qui est écrit. Editions Universitaires Européennes, 2018, 978-613-8-41320-2

Extrait de cafepedagogqie.net du 11.07.18 : Evleline Charmeux : Lire c’est comprendre

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Syllabique vs globale : E. Charmeux renvoie les "méthodes" dos à dos au profit d’une démarche exigeante

"C’est un ’anti-manuel de lecture’, un guide pour enseigner celle-ci avec des livres, des vrais, et tous les ’objets à lire’ existants, et surtout sans manuel de lecture", que propose Eveline Charmeux. Celle-ci, qui a pris sa retraite il y a déjà 25 ans, et qui vit retirée dans un petit village du Sud-Ouest, prend le contre-pied du mouvement actuel et continue le combat de sa vie pour que l’apprentissage de la lecture soit le fruit d’une démarche, et non d’une forme pré-programmée.

Elle commence par rappeler les prémices de son engagement. A la fin des années 60, "un appelé du contingent sur deux est incapable de comprendre un article de presse très simple", malgré de nombreux redoublements. Le ministre, Christian Fouchet confie à l’ancêtre de l’IFE, l’IPN, une mission de recherche, et l’auteure y participe. Mais le plan est rejeté par Georges Pompidou "et les idées qui l’animaient disparurent petit à petit au fil des nouveaux textes officiels". Eveline Charmeux reste convaincue de la nécessité de ne pas dissocier "le code et la compréhension", elle récuse l’idée qu’un mot reconnu soit automatiquement compris, et fait l’hypothèse que "la lecture est une activité de l’intelligence qui doit être mise en oeuvre dès les premiers apprentissages", ce qui suppose la prise en compte des différences : "il est [donc] impensable d’utiliser les mêmes outils, qui ne sauraient convenir, ni chaque année, ni partout en France."

Des situations de communication
Dans cet ouvrage, l’auteure propose "un panorama complet du travail d’apprentissage nécessaire, depuis la maternelle jusqu’à la fin de l’école obligatoire", avec deux idées principales. La lecture d’un mot ou d’une phrase hors de leur contexte n’a aucun sens. Les écrits sont là pour communiquer, et il importe de mettre les élèves en situation de communication. Elle rapporte à ce sujet une anecdote. La grand mère d’un élève de l’une des classes qu’elle suit, enseignante à la retraite, lui dit que c’est une catastrophe, que son petit fils ne sait pas lire, à preuve, il a été incapable de déchiffrer le mot "Vittel" qu’elle a écrit sur un morceau de papier. Mais le même enfant, trois jours plus tard, alors que son père voulait lui interdire une boisson au prétexte qu’elle était pleine de colorants artificiels, lui montre fièrement sur l’étiquette la mention "sans colorant".

Second thème récurrent de l’ouvrage, la lecture à haute voix, le "déchiffrage oralisé", la "transformation mécanique de signes écrits en signes sonores", "loin d’aider à la compréhension, va faire écran à l’activité de compréhension" car elle rend "plus difficile l’activité de raisonnement qu’exige la construction de significations", elle favorise une "lecture passive" qui attend que "la signification apparaisse toute seule".

La syllabe n’existe pas
Autre argument d’Eveline Charmeux contre la syllabique, la syllabe n’existe pas : "si les mots sont bien séparés à l’écrit alors qu’ils ne le sont pas quand on parle, les syllabes qui s’entendent bien distinctes quand on parle sont difficiles à repérer à l’écrit" au point qu’elle ajoute : "Il n’y a pas de syllabes écrites en français" et elle prend l’exemple de l’adjectif bonne, une seule syllabe à l’oral, peut-être deux à l’écrit...

C’est pourquoi, "en matière de lecture, le ’facile’ ne se trouve pas dans les ’éléments’ du savoir, les lettres et les sons, les syllabes ou les petites phrases niaises des manuels, mais dans les écrits que les petits voient tous les jours", par exemple une image publicitaire. "L’identification d’un mot ne suffit jamais : il faut dire ce qu’il apporte au sens du texte. C’est le travail de raisonnement qui est ici sollicité : lire, c’est raisonner."

Extrait de touteduc.fr du 15.07.18 : Syllabique vs globale : E. Charmeux renvoie les "méthodes" dos à dos au profit d’une démarche exigeante

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