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Le débat sur les directives ministérielles : - Au nom de quoi se montrer critique ? (Jean-Michel Zakhartchouk) - Aucune expérimentation ne valide la méthode du ministre (Roland Goigoux) (Dossier de plusieurs articles)

11 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 11.05.18
Apprentissage de la lecture : le point sur les savoirs et les pratiques
Contrairement aux affirmations du ministre de l’éducation nationale, il n’existe pas de méthode validée par la science pour apprendre à lire aux élèves de cours préparatoire. Entretien croisé avec les experts Laurent Cros et Roland Goigoux.

Extrait de lemonde.fr du 10.05.18 : Apprentissage de la lecture : le point sur les savoirs et les pratiques

 

Apprendre à lire : le b.a.-ba d’une fausse polémique, par Luc Cédelle
Le 26 avril, le ministre de ­l’éducation nationale vantait la méthode « syllabique » et conspuait la « globale ». Pourquoi feint-il d’oublier qu’enseignants et ­spécialistes s’accordent aujourd’hui sur l’essentiel ? Retour sur la longue querelle de l’apprentissage de la lecture.]

Extrait de lemonde.fr du 10.05.18 : Apprendre à lire : le b.a.-ba d’une fausse polémique

 

Enseignement de la lecture
Le guide ministériel passé au crible des résultats de la recherche

Roland Goigoux
À la suite de la publication par le ministère de l’Éducation nationale d’un guide « Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP » [1], Roland Goigoux a reçu de nombreuses questions de la part de ses étudiants de M2 en sciences de l’éducation à l’ESPé de Clermont-Auvergne). Il leur a répondu sous la forme d’une lettre. Ce texte a été publié sur plusieurs autres sites, mais nous avons fait le choix de le publier également, comme nous l’a proposé l’auteur, car il nous parait important à faire connaitre. En voici une version raccourcie, dont vous pouvez compléter la lecture par le texte intégral en pdf.

Extrait de cahiers-pédagogiques.com du 11.05.18 : Le guide ministériel passé au crible des résultats de la recherche

 

Lecture : un guide "d’inégale valeur sur le plan scientifique" (R. Goigoux)
Roland Goigoux vient d’adresser à ses étudiants de l’ESPE de Clermont-Ferrand "quelques éléments de réflexion en réponse aux questions [qu’ils lui ont] adressées" à la suite de la publication de la note de service "Construire le parcours d’un lecteur autonome" [signée par le ministre Jean-Michel Blanquer, ndlr, ici] et du guide ministériel "Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP" (ici) dont l’enseignant-chercheur considère qu’il est "d’inégale valeur sur le plan scientifique".

Extrait de touteduc.fr (en clair) du 10.05.18 : Lecture : un guide "d’inégale valeur sur le plan scientifique" (R. Goigoux)

 

Au nom de quoi se montrer critique sur les directives ministérielles ?

[...] Tout cela a provoqué de nombreuses réactions, souvent indignées, de syndicalistes, de personnalités du monde éducatif, de chercheurs, à côté de l’approbation majoritaire de l’opinion publique de nombreux médias, pas toujours bien informée sur des questions bien plus complexes qu’elles n’en ont l’air. Les Onfray, Brighelli, Polony applaudissent, avec tout le simplisme et la démagogie dont ils sont capables.
Seulement, si on veut (et on doit !) apporter un point de vue critique, il me semble qu’il faut choisir entre plusieurs angles d’attaque vis-à-vis de ces mesures et ces déclarations, et si possible choisir le bon ! En tout cas, on ne peut pas utiliser des arguments qui se contredisent, ou qui contredisent des options qu’on défend par ailleurs.

Je voudrais développer ici quelques arguments qui me semblent fallacieux, en donnant au passage ma position.

[...] Le Blanquer-bashing systématique n’a aucun intérêt. On ne peut pas le critiquer de n’importe quelle façon.

[...] Et il ne me semble pas opportun de jouer la politique du pire. Je pense au contraire qu’il faut patiemment déconstruire certains discours, opposer les faits, les recherches, dans leur pluralité à un discours simpliste et réducteur, défendre ce qui peut être encore sauvé de la moulinette CTRL-Z comme les nouveaux programmes menacés de détricotage par un CSP normalisé ou les dispositifs innovants tels que les EPI, et montrer que la politique actuelle est loin de lutter contre les inégalités, le dispositif « dédoublement en REP » ne pouvant être l’alpha et l’oméga de la démocratisation, surtout s’il s’accompagne de disparition de postes de coordonnateurs ou de maitres supplémentaires. Mais ces critiques doivent être étayées et ne surtout pas passer par des procès d’intention, par des théories du grand complot libéral ou par des argumentations qui se concrétisent…
En ces temps de cinquantenaire, oui, ce n’est qu’un début (de quinquennat), continuons le combat (à la fois contre et pour…)

Extrait de blog.edupros.fr/jean-MichelZakhartchouk du 07.05.18 : Au nom de quoi se montrer critique sur les directives ministérielles ?

 

Goigoux : Aucune expérimentation ne valide la méthode du ministre
"Aucune expérimentation n’a validé la méthode promue par le ministère et aucune comparaison internationale n’a conclu à sa supériorité", affirme Roland Goigoux dans une lettre adressée à ses étudiants rendu publique le 9 mai. Le chercheur démonte l’argumentation "scientifique" du guide d’enseignement de lecture et de l’écriture au CP publiée par le ministre. Il montre les dangers de le suivre à la lettre.

Des conclusions abusives
"Le guide formule des conclusions abusives et comporte des oublis importants, par exemple sur l’écriture et la compréhension. Ses rédacteurs convertissent imprudemment de simples hypothèses de recherche en recommandations. La planification de l’étude des correspondances graphèmes-phonèmes présentée pages 55 à 61, par exemple, est fondée sur un analyse linguistique rigoureuse mais elle n’a jamais été expérimentée en classe de manière probante. Elle n’est, de surcroit, pas cohérente avec celle proposée par le manuel valorisé dans le guide quelques pages plus loin. Les chercheurs doivent donc mettre en garde les enseignants, les formateurs et les inspecteurs contre certaines affirmations péremptoires non étayées sur des résultats scientifiques, notamment sur la méthode syllabique radicale", affirme Roland Goigoux.

" Les interdictions de faire mémoriser des mots entiers, de procéder par analogie et de prendre appui sur le contexte conduiraient les maitres à brider la curiosité et le raisonnement de leurs élèves, c’est-à-dire à faire le contraire de ce que les sciences cognitives recommandent unanimement", poursuit-il.

Une stratégie politique
Il met en cause J Dauvieau : " La seule recherche dont dispose le ministère pour justifier son choix est celle de Jérôme Deauvieau, un sociologue membre du conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) et proche collègue des auteurs du manuel préconisé. Mais cette étude présente de si graves défauts méthodologiques qu’elle n’a jamais été publiée par une revue scientifique".

Il met aussi en cause Y Cristofari, chef de service de l’instruction publique et de l’action pédagogique à la Dgesco : " La direction de « L’instruction publique et de l’action pédagogique » coordonnée par Yves Cristofari ancien membre du cabinet de Gilles de Robien a choisi de cliver plutôt que de renforcer les consensus établis par les conférences du CNESCO sur la lecture et sur l’écriture. En sciences politiques, on parle à ce sujet de stratégie disruptive relayée par une intense communication médiatique". Une stratégie qui avait été celle de G de Robien, dont JM BLanquer était directeur de cabinet adjoint. Et qui ne lui avait pas réussi.

Fragiliser les enseignants
R. Goigoux invite les inspecteurs à agir avec discernement. " Si les inspecteurs de l’Éducation nationale n’agissent pas avec discernement en observant les pratiques en classe et s’ils en restent au seul critère du choix de manuel, on peut craindre que de nombreux professeurs soient inquiétés, notamment ceux qui utilisent des manuels non étroitement syllabiques et ceux qui n’utilisent pas de manuel. Ce serait un terrible gâchis : fragiliser une majorité d’enseignants qui travaillent sérieusement pour aider une infime minorité à remettre un peu d’ordre dans leur méthodologie... sous silence. Nous avons montré, par exemple, que les professeurs des écoles qui utilisaient un manuel syllabique n’avaient pas de meilleurs résultats que les autres enseignants expérimentés. Et qu’il n’y avait pas non plus de différence significative avec ceux qui enseignaient sans manuel, toutes choses égales par ailleurs. Parmi les 18 enseignants les plus efficaces dans le domaine de la maitrise du code alphabétique, c’est-à-dire parmi ceux qui faisaient le plus progresser leurs élèves (différence significative au sein d’un échantillon de 131 enseignants expérimentés), on en trouvait 2 utilisant un manuel syllabique, 1 un manuel phonique, 8 un manuel que le ministère qualifierait de « mixte » et 7 sans manuel. Ces derniers (15 sur 18), aujourd’hui félicités par leur hiérarchie, seront-ils demain fragilisés et disqualifiés aux yeux des parents d’élèves ?

Le contraire des neurosciences
" Chacun sait que les neurosciences étudient les mécanismes cognitifs d’individus isolés, pas les pratiques d’enseignement des professeurs face à une classe et qu’elles n’ont pas vocation à prescrire le travail enseignant", ajoute-il. Ce guide, incluant une « leçon-modèle » très détaillée, laisse entrevoir un retour aux pratiques de formation des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices dont la fonction était précisément de dire la norme. Le métier de professeur des écoles n’en sort pas grandi".
F Jarraud

Le texte de R. Goigoux

Extrait de cafepedagogique.net du 11.05.18 : Goigoux : Aucune expérimentation ne valide la méthode du ministre

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