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Au-delà du PEDT, penser l’espace scolaire en prenant en compte les besoins des enfants : l’exemple des algeco pour le dédoublement des CP (Compte rendu par ToutEduc de la rencontre des villes éducatrices)

21 décembre 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Villes éducatrices : aller plus loin que le PEDT (projet éducatif de territoire)

Les interventions, "brillantes" de Thierry Paquot et de Michel Lussault ont marqué les rencontres nationales du RFVE des 13 et 14 décembre, disent à ToutEduc Charlotte Brun, adjointe au maire de Lille, la ville hôte, et Damien Berthilier, président de ce réseau des "villes éducatrices". "Ca bouscule les représentations", ajoute l’élue qui met en avant l’intérêt qu’il y a à écouter les enfants lorsqu’il s’agit de penser leurs espaces. Une association, "Chic, de l’archi !", en a d’ailleurs fait son message essentiel car les enfants font valoir leurs préoccupations avec générosité, ils pensent à leurs camarades, réfléchissent à l’intérêt de mettre un banc à la porte de la classe pour Manon qui s’est cassée la jambe et qui doit se poser avant de rejoindre la cour de récréation, et ils pensent "au-delà de leur génération".

Leurs besoins ne sont pas toujours perçus par les adultes, qui ne s’interrogent pas sur la difficulté de ranger les ballons, ou de mettre en sécurité les cartables. Ce sont des détails, mais ils sont significatifs de l’importance des locaux en termes de bien-être, de climat scolaire, de lutte contre les violences ou pour l’égalité filles-garçons. La cour de récréation, par exemple, peut être monopolisée par le foot. "L’injonction que nous avons reçue de mettre des ’algeco’ pour dédoubler les CP va complètement à l’encontre de la réflexion que nous avons menée pour éviter la reproduction des jeux genrés et pour diminuer les violences. C’est nous faire perdre 20 ans", estime Charlotte Brun qui dénonce "les stop and go" de gouvernements qui ne s’appuient pas suffisamment sur l’expertise des territoires.

Réinterroger les normes

Elle va plus loin. Ces rencontres remettent en cause des manières de penser. Est-il évident qu’il faille faire beau ? s’interroge-t-elle. "Nous devons réinterroger les normes", ajoute Damien Berthilier. Certes, il faut des espaces sécurisés, mais les enfants ont "droit au jeu", à une part de liberté et d’aventure. A Saint-Etienne, sur un terrain vague, une construction en forme d’arbre leur permet de s’accrocher aux branches, d’y grimper, sans que le sol soit aménagé, molletonné, comme il le devrait pour prévenir les chutes. "Mais ce n’est pas un jeu, c’est une oeuvre d’art ! Lorsque la volonté politique est là, on trouve les moyens d’expérimenter."

Et cela suppose d’élargir le périmètre des PEDT, les projets éducatifs de territoire, d’y intégrer les politiques urbaines, "ce qui est contraire à nos habitudes", ajoute l’élu de Villeurbanne. Et Charlotte Brun, qui repart de ces journées avec la conviction que "les territoires avancent vite", souligne qu’elles ont rassemblé bien au-delà du public habituel du RFVE, puisque, parmi les quelque 200 participants, figuraient des directeurs d’école, des acteurs de l’éducation populaire, des architectes, tous convaincus qu’ "une classe, ce n’est pas seulement quatre murs et du chauffage" et que l’éducation rassemble des compétences multiples, y compris celles des enfants puisque "c’est à leur hauteur" que ces rencontres invitaient à se situer.

Extrait de touteduc.fr du 15.12.17 : Villes éducatrices : aller plus loin que le PEDT (projet éducatif de territoire)

 

 

Les "villes éducatrices ont envie de se faire entendre" (interview)

Les "rencontres nationales" du RFVE s’ouvrent aujourd’hui, 14 décembre et elles étaient précédées, hier, d’une assemblée générale qui a permis de prendre le pouls des collectivités. Damien Berthilier, adjoint au maire de Villeurbanne et président du Réseau français des villes éducatrices, répond à nos questions.

ToutEduc : Une tonalité générale se dégage-t-elle des premiers débats que vous avez eus ?

Damien Berthilier : Les villes ont envie de se faire entendre. Qu’il s’agisse des rythmes, des CP dédoublés, elles ont le sentiment d’être "la dernière roue du carrosse" et de recevoir de l’Education nationale des injonctions qui ne sont pas bien calibrées, voire contradictoires. Elles varient de plus selon les territoires. Savez-vous que certains DASEN ont organisé des consultations des conseils d’école sur les rythmes scolaires sans nous consulter ? Ici, on nous demande de supprimer la BCD [bibliothèque centre de documentation, ndlr] pour récupérer le local afin de dédoubler un CP, au prétexte qu’on peut répartir les ouvrages entre les classes, alors que le ministre appelle à la mobilisation pour la lecture et dit l’importance des bibliothèques.
Ailleurs, on nous demande d’installer des modulaires en prenant sur la cour de récréation qui devient riquiqui, alors que les villes, depuis des années, se battent pour les supprimer et que Jean-Michel Blanquer souligne l’importance des jeux contre la fascination des écrans. Les villes ne sont pas hostiles au dédoublement des CP, bien au contraire, mais pour que ça réussisse, il faut qu’elles soient associées aux chantiers ministériels, qu’elles soient considérées comme des partenaires, pas comme des prestataires de service.

ToutEduc : Pour quoi faire ? Que demandez-vous ?

Damien Berthilier : Nous demandons d’abord une vraie évaluation, partagée, et la possibilité d’expérimenter des alternatives, des modèles hybrides, des dédoublements pour certaines activités, par exemple la lecture, des co-interventions pour d’autres, voir s’il est possible de casser le dogme du "tout ou rien"... Or le calendrier est serré. Pour dédoubler les CP dans les écoles REP et certains CE1 en REP+, les décisions doivent être prises avant le printemps.

ToutEduc : Vous évoquez le court terme. A plus long terme, qu’attendez-vous de relations davantage partenariales avec l’Etat ?

Damien Berthilier : Les municipalités construisent des écoles. Faut-il encore réfléchir en termes de salle de classe ? Quelle architecture ? Jusqu’à quel point faut-il qu’elle soit modulaire ? Nous avons besoin de savoir où en est la réflexion pédagogique de l’Etat...

ToutEduc : Que disent les villes de la liberté qui leur est donnée sur les rythmes scolaires ?

Damien Berthilier : Les élus sont confrontés aux parents et aux enseignants. C’est à leur corps défendant que beaucoup envisagent le retour aux 4 jours, dans un climat de tension dans la commune, mais aussi avec les communes voisines, ne serait-ce que pour harmoniser les transports scolaires. Et nous aurions besoin d’un engagement clair de l’Etat en ce qui concerne le fonds de soutien aux villes qui restent à 4,5 jours. Nous savons que Jean-Michel Blanquer est favorable à sa pérennisation, mais nous voudrions un engagement du Gouvernement sur la durée du quinquennat. La question se pose aussi pour les aides des CAF (caisses d’allocations familiales) alors que la CNAF négocie sa COG (convention d’objectifs et de gestion). L’argent qui sera mis sur les activités du mercredi ne sera-t-il pas pris sur les autres temps péri-scolaires ? Et pour les CP dédoublés, la question des moyens se pose également. Même quand les locaux existent, il faut les aménager, les équiper. Le ministre avait annoncé une enveloppe. Nous n’avons rien vu. Nos informations sont très vagues, nous sommes dans le flou. Nous recevons en revanche des injonctions des préfets ou des DASEN. Nous avons le sentiment d’une régression de la décentralisation.

ToutEduc : Vos rencontres ont pour thème "la ville à hauteur d’enfant" et elles ont été ouvertes par une conférence de Michel Lussault. En quoi est-ce une réponse aux questions que vous venez d’évoquer ?

Damien Berthilier : Le géographe a bien montré qu’une politique éducative s’inscrit dans un projet d’urbanisme. Dans nos organisations, les adultes ne se croisent pas, selon qu’ils représentent l’Etat, la collectivité... tandis que les enfants traversent tous les espaces. Ils nous obligent à plus de bienveillance. Un enfant n’est pas un cerveau dans un bocal, il nous faut prendre en compte toutes ses dimensions.

ToutEduc : Comment se porte le réseau des villes éducatrices ?

Damien Berthilier : Bien. Après un moment du reflux lié aux municipales et au temps nécessaire à l’installation des équipes, nous voyons de nouvelles villes adhérer. Nous venons d’en recevoir cinq, une sixième bientôt, et beaucoup manifestent leur intérêt. A Lille, nous réunissons une quarantaine de villes éducatrices.

Les "villes éducatrices ont envie de se faire entendre" (interview)

Extrait de touteduc ;fr du 14.12.17 : Les "villes éducatrices ont envie de se faire entendre" (interview)

 

Sur le site OZP,
voir le mot-clé *Aménagement espace, Architecture (colonne 5, Dispositif)

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