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29/01/06 - Le mouvement en Seine-Saint-Denis

29 janvier 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Humanité » du 28.01.06 : Le 9-3 se mutine contre l’école de Robien

Éducation. En grève, hier, les personnels de Seine-Saint-Denis dénoncent les politiques éducatives. à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, ils invitent à refuser la réforme des ZEP.

C’est une apostrophe à la France qui émane du lieu où sont nées les révoltes de novembre. Épaulées par leur maire, les équipes éducatives des collèges et du lycée de Clichy-sous-Bois dénoncent « la double peine sociale » dont ils sont les victimes. Avec eux, ceux de Montfermeil et plus largement de la Seine-Saint-Denis appellent le pays à refuser massivement la réforme des ZEP (lire ci-dessous). Un appel à la mutinerie plutôt qu’un coup de colère.
À en croire une liste diffusée à la mi-janvier par le ministère (voir l’Humanité hebdo datée 14-15 janvier), trois collèges de Clichy seront classés EP1, c’est-à-dire « ambition réussite ». Charmante nouvelle pour eux, quasi sûrs d’obtenir plus de moyens quand d’autres tremblent de s’en voir retirer. « Un grand malheur pour notre ville », clament pourtant élus et enseignants. « Clichy-sous-Bois paie cher ce qui s’est passé en novembre », commente Antoine Germa, professeur d’histoire et de géographie au lycée Alfred-Nobel. Car le classement EP1 n’offre pas uniquement plus de profs ou de personnels d’encadrement (en moyenne, 4 enseignants « spécialisés » et 3 assistants d’éducation par établissement) aux établissements concernés. Il leur confère également un statut dérogatoire : le redoublement y sera proscrit, au profit de groupes de niveau généralisés à toutes les disciplines ; l’option « découverte professionnelle » sera introduite dès la classe de quatrième (ailleurs elle n’est proposée qu’en troisième) ; enfin, les meilleurs élèves, ceux qui auront obtenu mention « bien » ou « très bien » au brevet, pourront déroger à la carte scolaire et choisir de s’inscrire dans le lycée de leur choix.

« Ambition réussite » pour une poignée d’élèves
Ainsi, « ce que l’on nomme hypocritement "ambition réussite" ne concernera que quel- ques élèves, s’insurge Antoine Germa. À tous les autres, la grande masse, on ne propose que le socle de connaissances réduit à son minimum, l’orientation précoce et l’apprentissage dès quatorze ans ». Sans compter, poursuit-il, les conséquences que cela pourra avoir sur l’unique lycée de la ville, dont la ghettoïsation ne fait plus de doute quand les meilleurs élèves pourront éviter de s’y inscrire. « Après les émeutes et la stigmatisation médiatique, Clichy va subir une réforme dont le principe premier est l’entre soi. Entre soi pour les pauvres, entre soi pour les riches ».

Si leur histoire récente charge leur intervention de symbole, Clichy-sous-Bois et Montfermeil ne sont pas seules dans la bataille. En grève toute la journée d’hier (voir l’Humanité du 26 janvier), les établissements de Seine-Saint-Denis expriment le même rejet de la réforme des ZEP et, plus globalement, des politiques éducatives développées depuis trois ans. « Le problème de fond est celui d’une politique qui, confrontée à des difficultés, choisit d’exclure et tourne le dos à une nécessaire transformation du système éducatif », relève Jean-Yves Rochex, chercheur en sciences de l’éducation à l’université Paris-VIII Saint-Denis. Un système qui, en outre, focalise la réflexion sur le collège quand les solutions devraient être réfléchies bien plus tôt. « Le gouvernement a renoncé à faire de l’école un outil d’ascension sociale, note pour sa part Alain Dervin, professeur des écoles à Montreuil. Il est en train d’établir une école pour les pauvres et une école pour les riches. » Avec une seule morale : en substance, malheur aux perdants !

Marie-Noëlle Bertrand

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Extrait du site « L’Express.fr », le 29.01.06 : Les profs ne veulent pas être "ghettoïsés"

Les enseignants étaient nombreux à faire grève jeudi en Seine-Saint-Denis pour dénoncer le climat d’insécurité dans lequel ils exercent et les réponses inadaptées du gouvernement.

La grève, hier, des enseignants de Seine-Saint-Denis, pour dénoncer le climat d’insécurité dans lequel ils exercent, a été fortement suivie. 35 % en primaire, 42 % en collège, 18 % en lycée et 4 % en lycée professionnel, selon les chiffres du rectorat, entre 50 % à 60 % en moyenne aux dires des syndicats.

Précisément à l’origine de cette manifestation : un nouvel incident violent survenu mercredi au collège Lenain de Tillemont à Montreuil, un mois après l’agression au couteau de Karen Montet-Toutain à Etampes. Cette fois, c’est une jeune enseignante, enceinte, qui a été victime d’une tentative d’étranglement de la part d’un élève de 6e, sous les applaudissements de sa classe.

Le tout sécuritaire

Cette recrudescence de la violence a également provoqué, au sommet, plusieurs déclarations d’intention. Il faut dire que le thème de l’insécurité est porteur : 74 % de parents d’élèves souhaitent l’installation de permanences policières dans les établissements, à croire un sondage publié la semaine dernière par l’Education nationale. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a ainsi prôné l’adoption "de façon solennelle", par les enseignants, les parents et les élèves, d’une "loi de l’Ecole" pouvant aller "jusqu’au rappel à la loi par le maire ou par le commissaire de police si cela le justifie". Le chef de l’UMP a également souhaité "un partenariat plus resserré avec la police et la gendarmerie", tout comme le ministre de l’Education nationale Gilles de Robien, dont le "plan de relance pour l’Education prioritaire", présenté le 13 décembre dernier, n’a pas été très chaudement accueilli par les enseignants.

Incompréhension

"Les annonces Villepin, Borloo, Robien dans la lignée de la loi Fillon sacrifient l’éducation des jeunes de milieux populaires", critique ainsi le principal syndicat des collèges et lycées, le Snes-FSU, pour qui la disparition programmée des zones d’éducation prioritaire (ZEP) au profit d’un nombre restreint de collèges "ambition réussite" (EP1 ou Education prioritaire 1), revient à "un dynamitage de la politique d’éducation prioritaire". Les professeurs de Seine-Saint-Denis, département qui compte 64 collèges classés ZEP, sur 119 au total, dont une quinzaine de futurs EP1, redoutent de leur côté un contre-effet de ghettoïsation. Ils soulignent notamment la double peine sociale infligée, selon eux, aux trois collèges de la ville de Clichy d’où sont parties les violences urbaines de novembre dernier, bientôt classés EP1 alors que déjà stigmatisés à la suite des émeutes dans les banlieues.

Selon la nouvelle disposition ministérielle, les collèges EP1 bénéficieront, outre des moyens accrus, d’une dérogation à la carte scolaire qui permettra aux élèves "méritants" - ayant eu mention bien ou très bien au brevet - de choisir un autre lycée que celui du secteur. Une décision jugée "catastrophique " par Antoine Germa, professeur au lycée Nobel de Clichy-sous-Bois : "On va condamner à mourir des lycées ayant par ailleurs de bons résultats en les vidant des meilleurs éléments." La notion même d’élèves "méritants" suscite d’ailleurs des interrogations parmi les professeurs grévistes, qui dénoncent une "politique éducative qui ne propose que des mesures individuelles et dérogatoires au lieu d’avoir l’objectif d’une éducation pour tous".

Les mesures finales pour l’éducation prioritaire, qui concernent 1,7 millions d’élèves en France, soit un jeune sur cinq, seront quoi qu’il en soit arrêtées "dans le courant du mois de février", a précisé le ministre.

Pauline Lecuit

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Extrait de « L’Humanité » du 28.01.06 : 500 ZEP perdraient leur statut prioritaire

Annoncée dans le cadre du plan de lutte pour l’égalité des chances, la réforme des ZEP vise à concentrer les aides sur les établissements ZEP les plus en souffrance en puisant sur les moyens de ceux jugés moins prioritaires. Trois niveaux ont été créés. Le niveau EP1, désigne les futurs collèges « ambition réussite » qui bénéficieront de plus de moyens. Environ 220 établissements sont concernés, selon une première liste dressée par le ministère. Le niveau EP2 désigne les ZEP dont la dotation ne devrait pas évoluer. Le niveau EP3 désigne les collèges et leur réseau d’écoles exclus de tout dispositif de soutien d’ici à trois ans. Selon un chiffre non officiel, avancé par le Figaro, ces derniers seraient environ 500.

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Extrait du site de « Libération », le 29.01.06 : Des témoignages récents sur la violence dans les ZEP du 93

(...)

La violence n’est pas une cause, elle est un syndrome. Elle est la face émergée de l’iceberg des écoles du 93 laissées pour compte, où il pleut dans les salles préfabriquées non chauffées, où les gamins n’osent plus aller aux toilettes parce qu’ils s’y font racketter parce qu’il n’y a plus de surveillants pour les surveiller, où... et j’en passe, il y aurait de quoi remplir des pages et des pages de ce blog.

Et la politique du ministère ne pourra que contribuer à renforcer ces ghettos. Les profs s’acharnent à le dire, les journalistes à ne pas l’entendre. Aujourd’hui, à se geler sur le parvis de l’IA de Bobigny, puis sur celui de la Préfecture, puisque l’IA débordait, les profs étaient venus réclamer bien autre chose que de se plaindre de la violence.

Quelle en a été la couverture médiatique ? Quel journaliste sait réellement ce que contient le dispositif « ambition réussite » ? Quel journaliste est allé demander son avis à des profs du 93, d’EP1, EP2 ou EP3 ? Quel journaliste s’est demandé s’il laisserait ses enfants scolarisés dans un EP1 ?

Emmanuel, vous semblez chercher une ouverture... ne la ratez pas, démarquez-vous de vos petits camarades par une grande enquête sérieuse sur les vrais dessous de la réforme des ZEP, vous trouverez nombre de réponses à votre question sur la violence

(...)

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Extrait de « 20 minutes » du 27.01.06 : L’opinion de Maryse Hédibel

 « Le corps enseignant vulnérable »

par Maryse Hedibel

Y a-t-il une réelle montée en puissance des violences scolaires ?

Objectivement, il n’y a pas de recrudescence des violences à l’école. Mais depuis le drame d’Etampes (Essonne), j’observe une construction politique et médiatique autour d’un fait divers absolument exceptionnel, qui n’est pas représentatif du tout. Et cet incident a entraîné le recueil d’un certain nombre d’autres faits divers moins graves.

Trop de crédit serait donc accordé à des gestes mineurs depuis cette agression ?

Oui, et c’est inquiétant. Les appels au secours des enseignants ne sont pas entendus par la hiérarchie, alors qu’il suffit d’un simple coup de pied d’un élève pour que tout s’arrête et que les profs exercent leur droit de retrait. Je ne les critique pas, car le ministre de l’Education lui-même les incite à porter plainte. Ce qui revient à déléguer à l’extérieur la gestion disciplinaire des élèves.

La médiatisation peut-elle inciter les élèves à faire usage de plus de violence ?

Pas directement. En revanche, c’est la médiatisation qui a pu entraîner ce recours disproportionné et extravagant au droit de retrait par le corps enseignant. Ce qui montre combien les profs sont vulnérables. Alors qu’ils devraient faire preuve de fermeté, et continuer à enseigner, ils laissent un espace vide et se retirent du jeu. En dramatisant le moindre incident, les profs, déstabilisés, laissent la porte ouverte à d’autres conflits.

Recueilli par Laure de Charette
« 20 minutes » du Vendredi 27 janvier 2006

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Le tract du SNES pour le mouvement de la Seine-Saint-Denis :

Tract sur la reforme des ZEP

La réforme des ZEP : un dynamitage de toute l’éducation
Ce tract est argumentaire précis sur le dynamitage des ZEP. Il permet de voir la cohérence des attaques qui ne sont pas uniquement ciblées sur les établissements classés : tout le monde est concerné !

1 Aucun moyen supplémentaire, uniquement du redéploiement

• suppression d’une demi-heure non affectée en 5ème et 4ème dans tous les collèges

• diminution du nombre des collèges classés : 3 catégories créées :

o EP1 « ambition réussite » : 20 sur 345 classés ZEP dans l’académie

o EP2 qui garderaient leurs moyens actuels...mais jusqu’à quand ?

o EP3 qui sortiraient de l’éducation prioritaire en 3 ans

(...)

• Silence absolu sur les établissement sensibles

2 Une politique de renoncement à la démocratisation du système éducatif

• abandon d’une politique territoriale au profit d’une logique d’individualisation des parcours et
« d ‘encouragement des talents » qui ne fait en réalité qu’entériner les inégalités sociales et aboutira à créer 3 catégories d’élèves :

o les élèves « méritants » : bourse au mérite, dérogation à la carte scolaire (ghettoïsation des autres lycées), création d’un lycée d’excellence et accueil dans les classes prépas parisienne.

o la masse des élèves sera confinée au socle commun avec un livret de compétences dont l’objectif est l’acquisition du socle commun, des groupes de compétences dans toutes les disciplines et la suppression des redoublements

o les élèves les plus en difficulté suivraient le PPRE avec la perspective d’une éviction précoce du collège dès 14 ans avec « l’apprentissage junior » et la création de filières ségrégatives avec l’avancement de la (Découverte Professionnelle) en 4ème

• renforcement de l’autonomie des établissements dans le cadre d’une « restauration d’un vrai pilotage national » (sic)

o « plus grande autonomie des responsables locaux » avec une formation spécifique pour les « cadres » (travail partenarial, conduite des projets, management des équipes)

o chaque réseau suivi par un IG avec inspection chaque année et évaluation régulière,

o contractualisation des moyens et des objectifs pédagogiques,

o déréglementation des horaires, des programmes et des services.

3 Une déréglementation pour les enseignants

• 1 000 enseignants volontaires « expérimentés » pour accompagner les élèves dans le cadre des PPRE, former les jeunes enseignants et favoriser la dynamique du projet d’établissement (84 pour l’académie de Créteil). Nommés dans un mouvement spécifique sur des postes profilés par le recteur et le principal, avec une fiche de poste liée au projet d’établissement et une lettre de mission individuelle signée avec le principal. Ces postes pourront être partagés avec école et lycée et être occupés par des professeurs du 1er ou du 2nd degré.

• 3 000 assistants pédagogiques pour assurer l’aide aux devoirs mais aussi le soutien scolaire, jusqu’alors assurés par les professeurs qui n’assureraient plus que les cours en classe entière.
C’est un véritable laboratoire d’expérimentation qui concerne tout le monde et qui risque fort de se généraliser tant il y a cohérence entre cette réforme des ZEP et toutes les autres mesures qui se mettent en place pour l’ensemble des établissements.

Une cohérence des réformes qui menacent tout le service public d’éducation

• Loi Borloo : Constitution de listes des élèves « en situation de fragilité » pour des organismes extérieurs au système scolaire. Externalisation de la lutte contre l’échec scolaire, confiée à des associations ou au privé

• Bivalence : récentes déclarations du ministre à ce sujet. Mention complémentaire instituée cette année au CAPES

• Remplacements à l’interne : imposables à tous depuis le 1er janvier

• Remise en cause des CIO : volonté de décentralisation, diminution de 50% des CIO, diminution de l’intervention dans les collèges des COPsy qui seraient remplacés par les profs principaux et les documentalistes.

• Création d’un CDI : voie parallèle de recrutement qui introduit des contrats de droit privé dans le service public et menace nos statuts.

Un cadre de restrictions budgétaires

• 4 500 postes en moins à la rentrée 2007 qui s’ajoutent aux 15 000 postes supprimés les 3 années précédentes

• 4 000 postes en moins aux concours de cette année (en moyenne -30%) soit 1 départ sur 2 à la retraite non remplacé

• plus que 2 000 postes aux concours internes alors que les non titulaires n’ont plus que cette voie de titularisation et qu’ils sont des milliers au chômage (à Créteil ils dénoncent cette situation par un « campement » devant le Rectorat depuis le 17 octobre) puisque l’administration privilégie le recours aux vacations de 200 heures

• blocage des salaires : +0,5% d’augmentation proposé jusqu’à mai 2007 ! Comme on le voit il s’agit d’une politique cohérente qui a pour but de diminuer les dépenses de l’Etat et de mettre en place une école à deux vitesses avec une scolarité au rabais pour les enfants des milieux populaires.

Nous refusons cette politique !

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