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La refondation de l’éducation prioritaire dans les écoles et le collège du REP+ Pablo Neruda à Evreux (blog de Véronique Soulé sur le site du Café)

25 janvier 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Quand une réforme passe bien, c’est suffisamment rare pour en parler. Evoquant la création des REP+ (les réseaux d’éducation prioritaire les plus difficiles), des professeurs des écoles en ont vanté les bénéfices lors d’un récent colloque. Florilège.

Le 19 janvier dernier, le SNU-ipp, premier syndicat du primaire, organisait une Journée sur le métier enseignant. Le matin était consacré à l’analyse d’un sondage un peu tristounet sur le sentiment d’un métier qui se dégrade (1).

L’après-midi, une équipe de REP+ d’Evreux (Eure) est venue témoigner. Le réseau Pablo Neruda regroupe quatre maternelles, quatre élémentaires et un collège. Les élèves sont à plus de 80% issus de milieux défavorisés. Le quartier, où le chômage explose, collectionne les labels – Zone violence, Politique de la ville... Les écoles sont plantées au milieu des cités, le collège est fui par ceux qui le peuvent.

"Avant, on ne communiquait pas entre écoles"
Depuis la réforme de l’éducation prioritaire (2) d’avril 2014 qui a voulu "donner plus à ceux qui ont moins", les écoles en REP+ (3) bénéficient de plusieurs dispositifs : le "Plus de maîtres que de classes" (un prof en surnombre), des classes pour les moins de trois ans, et, pour les enseignants, une prime de 200 euros par mois ainsi que 9 jours de décharge annuels, notamment pour travailler des projets en commun.

Le réseau Pablo Neruda, qui était "préfigurateur", a appliqué la réforme dès la rentrée 2014. Les profs mettent d’abord en avant l’intérêt des 9 jours libérés pour travailler ensemble.
"Avant, les écoles ne communiquaient pas entre elles, explique Nathalie Lagouge, directrice de l’école élémentaire Romain Rolland, par ailleurs responsable au SNU-ipp. Maintenant, on prend le temps d’échanger, de mutualiser les bonnes pratiques entre écoles."

"A Evreux, nous avons la chance d’avoir une brigade de remplacement, souligne la directrice. Lors de ces journées, les enseignants sont donc systématiquement remplacés, et dans la mesure du possible par les mêmes."

Mieux accueillir les nouveaux profs
Vue de l’extérieur, on est toujours surpris devant une certaine solitude enseignante, avec des profs seuls dans leurs classes, ignorant souvent ce que font leurs voisins, se sentant impuissants ou en échec face à des enfants difficiles, faute de pouvoir partager avec d’autres.

Dans le REP+ Pablo Neruda, durant ces 9 jours pris par groupes de 2-3 jours, les profs ont pris le temps d’aller voir ce que faisaient les autres, des enseignants de même cycle ont partagé des documents intéressants, des profs du collège sont venus observer ce qu’on faisait en maternelle...

On a pris le temps aussi de faire davantage connaissance avec les "nouveaux" (profs), souvent salués vite faits à la rentrée, et plus ou moins mis dans le bain pendant les déjeuners où chacun décompresse.

Une grande fresque sur la citoyenneté
Parmi les projets qui ont été menés, des collégiens sont venus animer des ateliers de maths en maternelle, sur le repérage dans l’espace. Avec une journée Portes ouvertes à la fin de l’année. "L’idée était d’améliorer le regard des parents sur la maternelle, explique Françoise Sudre, l’enseignante de maternelle, cela a aussi eu un impact positif sur l’attitude des collégiens."

Toujours gâce au temps dégagé, Frédéric Dourgas, en CE2, a mené l’an dernier un projet Théâtre impliquant plusieurs classes de l’école. Point d’orgue : les élèves ont créé une pièce sur la discrimination. Cette année, le projet est de réaliser, à plusieurs classes, une fresque à partir d’un travail sur les notions de citoyenneté, de nationalité et d’origine.


"Travailler en équipe est incontournable"

"Chez nous, c’est incontournable de travailler en équipe", souligne Frédéric Dourgas. Or, regrette-t-il, "on ne l’apprend pas plus dans les ESPE (les écoles supérieures du professorat et de l’éducation) qu’hier dans les IUFM (les instituts universitaires de formation des maîtres)", leurs prédécesseurs.

"Je suis arrivée à 44 ans dans cette école, je n’aurais pas tenu si je n’avais pas eu une équipe soudée et stable, confie Nathalie Lagouge, sur 12 enseignants, je n’ai qu’un ou deux changements par an". L’équipe n’a d’ailleurs pas attendu la réforme pour collaborer, mais avant elle prenait sur son temps personnel. Fait rare, les portes des classes restent ouvertes.

Tout n’est pas si rose ...
"Il faudrait que tous les profs en REP puissent bénéficier de ces 9 jours qui sont un vrai plus", plaide Nathalie Lagouge. La hiérarchie aurait par ailleurs trop tendance à les charger : "il faudrait nous laisser plus de liberté, nous faire plus confiance, on ne va pas faire du tricot"...

Enfin, bénéficiaires ou non de la réforme de l’éducation prioritaire, les professeurs des écoles demeurent insatisfaits de leur statut, notamment par rapport au secondaire. Ils restent parmi les plus mal payés d’Europe malgré les promesses de rattrapage faites durant le quinquennat.

Nathalie Lagouge assure que la moitié des enseignants de son école seront en grève mardi, lors de la Journée de défense du service public. Rendez-vous ce 26 janvier pour voir si la lassitude devant les défilés ne l’emportera pas.

Véronique Soulé

Extrait de cafepedagogique.net du 25.01.16 : La chronique de Véronique Soulé : Une bonne note pour la réforme de l’éducation prioritaire

 

Note du QZ : Une seule remarque pratique sur ce remarquable article : mieux vaut écrire REP+ sans séparation pour permettre aux moteurs de recherche de les distinguer des REP.

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