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Le lien avec les familles en éducation prioritaire, compte rendu de la conférence de Jacques Bernardin (GFEN) à Besançon le 30 septembre devant les équipes de pilotage de 16 réseaux

9 octobre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Mercredi 30 septembre 2015, Jacques Bernardin, docteur en sciences de l’éducation et président du Groupe français de l’éducation nouvelle (GFEN), a tenu une conférence sur le thème du lien avec les familles au sein des réseaux d’éducation prioritaire.

Les équipes de pilotage des seize réseaux d’éducation prioritaire de l’académie, les professeurs formateurs académiques et les corps d’inspection étaient réunis dans l’amphithéâtre du lycée Pergaud de Besançon pour écouter le conférencier et échanger avec lui.

Interroger la place de la famille dans les réseaux

Cette conférence répondait à un questionnement des cadres et enseignants : comment nouer un lien avec les familles et favoriser la réussite des élèves dont les familles sont les plus éloignées de l’école et de ses objectifs ? Jacques Bernardin introduit son propos en parlant de la distance adéquate à l’école.

Le président du GFEN, à partir d’exemples concrets et de références issues de la recherche, a montré les obstacles qui s’immiscent dans la communication avec les familles. Sans minimiser les difficultés, il définit l’équilibre à construire dans un partage des rôles, insiste sur la nécessité de fixer les objectifs et les moyens permettant de réduire l’écart entre l’univers familial et le cadre scolaire.
Impliquer davantage les parents au sein de l’école

Les actions des familles, comme participer au conseil d’école, accompagner les sorties et les visites, assister aux réunions, ne sont pas suffisantes pour établir un rapport vivant avec la scolarité de l’enfant. Au delà du rapport à l’école, ce qui est interrogé est le rapport aux savoirs. Le conférencier souligne la multiplicité des processus en action : l’appui scolaire, les repères identitaires qui fondent la construction de l’image de soi, les modèles et contre-modèles familiaux, l’incitation, le sens donné à l’école…

Quelles attentes vis à vis de de l’école ?

Les attentes de l’école ne sont quelques fois pas clairement perçues par les familles. Pour les enfants, la tension peut être forte entre fierté, attachement à la culture d’origine et au milieu familial, et envie d’investir la scolarité et les perspectives qu’elle offre. Le rapport aux savoirs scolaires peut devenir un obstacle ; là où l’école privilégie la réflexion, l’esprit d’analyse et de débat, les parents voient un rapport instrumentalisé de mémorisation ou de temps passé au travail.

Jacques Bernardin rappelle que, dans les milieux populaires, le temps de travail accordé aux devoirs est plus long que dans les milieux favorisés. De ce fait, un sentiment d’incompétence peut émerger lorsqu’un parent ne détient pas les codes attendus par l’école ; 50 % des mamans sans diplômes disent se sentir dépassées dès l’école primaire par les notions abordées.

Construire un pont vers les familles les plus éloignées de l’école

Les parents des milieux favorisés ont un rapport moins tendu à l’égard de l’école. Ils apportent la médiation culturelle, l’appui méthodologique et la contextualisation qui aident leur enfant à construire des ponts entre la vie famille et sa vie scolaire. L’école doit maintenant légitimer la place de tous les parents, rompre avec la dissymétrie langagière, éviter les messages porteurs de stigmatisation pour permettre à tous les enfants de réussir.

Les enseignants ont abordé le rapport quotidien qu’ils ont avec les parents : comment échanger avec des parents éloignés du système scolaire ? Quelle place accorder au plaisir (plaisir d’apprendre, plaisir d’aller à l’école) dans la représentation de l’école que peuvent avoir les parents obnubilés par les valeurs d’efforts et d’obligation ? Le conférencier a rebondi sur ce dernier point par des anecdotes : la lecture doit d’abord être un moment plaisir et ne pas être remplacée par une lecture trop scolaire, en "sur interprétant" les attentes de l’école.

Jacques Bernardin a rappelé que l’école doit être là pour créer du lien social, notamment avec les familles. La mise en valeur des travaux des élèves, les fêtes d’école, les rencontres interpersonnelles sont autant de vecteurs de ce rapprochement. Lorsque les relations se tissent entre ces deux mondes, des bénéfices sont rapidement observés. Faire savoir que l’école est accueillante est une stratégie de conquête payante.

Permettre aux parents de mieux comprendre le milieu scolaire

Il demeure primordial de tisser des relations sans attendre les moments de crise, de transformer le regard porté sur les parents en se méfiant des jugements hâtifs. Au sein de chaque école, les équipes doivent prendre le temps de penser le "pourquoi" et le "comment" des relations avec les parents, dans un plan cohérent qui articule les volets complémentaires :
- les petits gestes du quotidien pour travailler la reconnaissance mutuelle
- l’organisation de temps chaleureux riches en échanges (café des parents)
- l’aménagement de lieux pour les parents
- les réunions de liaison construites avec un objectif précis afin de ne pas perdre les familles dans une multitude d’informations
- les visites de classe suivies d’échanges
- la réalisation de vidéos de classe suivie d’une projection et d’un décryptage avec les parents qui permettront de mieux saisir les attentes.

Pour conclure, Jacques Bernardin convoque Jean-Yves Rochex, psychologue, chercheur et professeur de sciences de l’éducation, qui parle de triple autorisation :
- que le jeune s’autorise à devenir autre que ses parents
- que ses parents l’autorisent en retour, symboliquement, à ce qu’il ne soit pas tenu de reproduire leur histoire
- que le jeune reconnaisse la légitimité de l’histoire et des pratiques de ses parents dont il veut s’émanciper.

Pour compléter la conférence :
Bernardin Jacques, le rapport à l’école des élèves des milieux populaires. éd. De Bœck, coll. "Le Point sur", 2013.

Rencontrer les parents... pourquoi ? comment ?

Légitimité de tous les parents pour contribuer à la réussite de tous les enfants

Contacts

Laurence Baulu, chargée de mission éducation prioritaire
Tél : 03 84 89 03 80

Éric Fardet, inspecteur d’académie,
directeur académique des services de l’Éducation nationale (IA-DASEN) de la Haute-Saône
Référent académique éducation prioritaire
Tél : 03 84 78 63 00

Extrait de ac-besançon.fr du 07.10.15 : Éducation prioritaire : proposer un éclairage sur "la relation école-familles

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