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Journée nationale OZP 2015. La synthèse et les préconisations des trois ateliers (coordonnateurs, animation-formation d’un collectif, partenariat) et la conclusion de Marc Douaire (par le Café pédagogique)

1er juin 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Refonder l’Éducation prioritaire dans le mouvement de la refondation de l’école, c’était pour l’OZP (Observatoire des Zones d’éducation prioritaire) l’objet d’une journée d’échanges et de réflexion ce samedi 30 juin à Paris. Lors de trois ateliers, réunissant des représentants du monde de l’éducation autour de la question des coordonnateurs, de la formation et du travail commun avec les instances civiles périphériques, l’association a élaboré des propositions que son président, Marc Douaire, entend soumettre à la ministre de l’Éducation nationale. En pleine tourmente autour de la réforme des collèges, l’Éducation prioritaire se sent-elle menacée ? Elle attend surtout pérennisation de ses cadres pour diffuser une approche résolument pédagogique de la difficulté scolaire.

Trois axes de réflexion
Chacun des ateliers travaillait une question déterminante : le rôle des coordonnateurs d’éducation prioritaire dans la refondation, avec Laurence Baulu, ex-chargée de mission éducation prioritaire dans l’académie de Besançon, et Laïla Hafid, coordonnatrice REP et directrice d’école maternelle à Nanterre. Comment faire reconnaître les missions et valider l’expérience des coordonnateurs, au terme de 15 ans d’existence ?
D’autre part, animer et former le collectif professionnel en REP, avec Patrick Picard, directeur du centre Alain Savary, IFE de Lyon . Quelle évolution du métier d’enseignant dans le travail collectif ? Comment généraliser le geste professionnel pour traiter la difficulté scolaire, comment développer l’appartenance à un collectif professionnel école-collège ?
Enfin, les contributions des collectivités à la refondation de l’Éducation prioritaire, avec Arnaud Wauquier, vice-président de l’ANDEV (association des directeurs de l’éducation des villes), et Raphaëlle Buschenchutz, du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Comment favoriser la réussite de la politique de re-territoralisation de l’Éducation prioritaire ?

Stabiliser et pérenniser la fonction de coordonnateur
Le temps est venu de stabiliser et de pérenniser la fonction, affirment les membres du premier groupe, dirigé par Marc Douaire. Ils proposent la création d’un collectif institutionnel, relayé à l’échelle départementale, lieu d’échanges mais aussi de régulation de leurs fonctions et de formation, pour les coordonnateurs. Ce collectif pourrait accueillir ponctuellement le référent académique de l’Éducation prioritaire. Tous les coordinateurs en REP ou REP+ y auraient leur place. Ils y seraient protégés d’éventuels conflits locaux, observés dans certains réseaux .
Seconde proposition, stabiliser la fonction de coordonnateur la protégerait des bouleversements à venir et éviter au coordonnateur d’être soumis aux variations des pilotes des réseaux (IEN, chefs d’établissements) pendant une période de 4 ans. On pourrait concevoir une lettre de mission indiquant les attentes officielles de l’institution et les garanties accordées aux coordonnateurs, en termes de formation continue, accompagnement, conditions matérielles d’exercice.
Troisième proposition, que soient envisagées des perspectives à terme pour les coordonnateurs : leur connaissance fine du premier et second degré, de la maternelle au collège, leur capacité à analyser l’incidence de la ségrégation sociale sur la difficulté scolaire, liée à une vision globale du système, est un savoir rare et qu’il ne faut pas perdre quand ils quittent la fonction. Peut-on leur assurer un devenir au sein des fonctions publiques, d’État ou territoriale ?

Partir des réussites plutôt que des lacunes
Pour le second atelier, rapporté par Maryline Pertue et François-Régis Guillaume, il faut prendre en compte la diversité des métiers de l’Éducation prioritaire et les difficultés spécifiques qu’ils rencontrent. La notion de collectif de travail demande d’identifier les problèmes de chacun : que les enseignants, par exemple, comprennent la nature des problèmes des formateurs ou des IEN. Car si on commence à reconnaître et à accepter l’idée des problèmes spécifiques des enseignants, il n’en va pas de même pour les autres métiers. Autre question soulevée, celle de la décision des priorités dans les réseaux.
Une première proposition porte sur la formation commune des enseignants de primaire et secondaire, du primaire au collège, sans oublier les enseignants de maternelle qui s’estiment souvent à l’écart.
La seconde proposition préconise l’organisation d’événements pour renforcer le sentiment d’appartenance au réseau (visite des lieux, accueil par les anciens, présentation des personnes-ressources, de leur rôle, de leur fonction). Une dernière proposition concerne la mise en place d’espaces intramétiers, avec des modalités d’accompagnement à déterminer, pour identifier les problèmes, les réussites et les dilemmes de travail rencontrés. Il est rare, en effet, dans certains métiers, que les professionnels se retrouvent pour évoquer leurs difficultés (les inspecteurs, par exemple).
En conclusion, il importe de ne pas oublier de partir des réussites plutôt que des lacunes, de chercher dans l’ordinaire, plutôt que dans l’innovation, souligne F.R. Guillaume.

Apprendre à reconnaître les compétences de chacun des acteurs
Le troisième atelier, rapporté par Julien Destefanis, a ressemblé des membres de la FCPE, du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire), de l’ANDEV, des chargés de mission Éducation prioritaire et Politique de la ville au sein des collectivités territoriales et de différents rectorats. Comment gérer la rencontre entre des professionnalités très différentes, éprouvée comme nécessaire, au sein de l’Éducation prioritaire, mais pas forcément de la même manière ni avec les mêmes attentes ?
Tout d’abord par la reconnaissance réciproque des compétences professionnelles de chacun : l’Éducation nationale ne peut pas considérer les collectivités locales comme des « tiroirs-caisses », pas plus que les collectivités ne peuvent se substituer à ses missions éducatives. Il faut réfléchir à une définition claire des fonctions de chacun.
De même, il faut réfléchir à l’harmonisation des territorialisations et à leur mutualisation au sein d’un même territoire, sur le modèle de la mise en cohérence la carte des REP+ et de celle des PPRE. En termes de formation commune, des espaces partagés existent, comme la citoyenneté ou le numérique, par exemple, qui peuvent faire l’objet d’actions conjointes.
Second point, l’aménagement du temps des enseignants doit favoriser les rencontres entre collectivités et membres de l’EN. Le comité de pilotage de réseau a été repositionné pour faire travailler ensemble l’EN et les collectivités. Cela suppose de petits groupes de travail à suivre, pour éviter aussi bien les projets imposés de toutes pièces par les collectivités qu’un certain consumérisme de l’EN en attente de projets tout faits.

Dernier point, quels chiffres retenir comme indicateurs de la réussite du travail fait ensemble ? Il importe d’éviter le catalogue factuel au profit des indicateurs de bien-être et de réussite personnelle. Il faut apprendre à systématiser l’évaluation et à communiquer sur des projets de partenariat qui fonctionnent, conclut Julien Destefanis.

 

La refondation est bien vivante

En conclusion de la journée, Marc Douaire propose un point sur la refondation de l’Éducation prioritaire dans le cadre de celle de l’école : « elle est en route, dit-il. Avec des difficultés, des contradictions, mais elle est vivante. » Les médias ne le disent pas, estime-t-il : ils ont accordé beaucoup d’importance aux querelles autour de la révision de la carte scolaire – pourtant jugée nécessaire par tous les acteurs de l’EP, mais dont aucun n’acceptait qu’elle mette en cause leurs acquis. On a souligné les mécontentements et les déceptions. Pourquoi ne pas parler aussi de ce qui marche, s’emporte Marc Douaire. La refondation passe d’abord par l’évolution des pratiques professionnelles et des métiers, avec des leviers connus : formation continue, reconnaissance et appui, temps et postes supplémentaires, et nécessaire partenariat.

Six points cruciaux pour l’avenir

Marc Douaire identifie six points cruciaux pour l’avenir de la refondation de l’EP.
D’abord, estime-t-il, il faut resserrer les liens avec les familles qui sont les plus éloignées des normes de la réussite scolaire. Elles ne font plus confiance à l’école, qu’il faut rendre crédible dans ses missions, malgré les résultats PISA ou les rapports sur la ségrégation scolaire, en particulier par un renforcement du partenariat local.
Se pose aussi la question du pilotage, local, en évitant « le laisser-faire et le caporalisme », rectoral et ministériel. À ce titre, le ministère doit veiller au caractère prioritaire de l’EP, jusque dans le partage des moyens, qui doit aller d’abord à l’élémentaire et pas « à un certain nombre d’options des classes d’élite ».
En termes de formation et d’accompagnement des équipes de réseau, des initiatives ont été prises en ce qui concerne la formation des formateurs REP+ qui lui semblent « aller dans le bon sens », en s’appuyant sur les ressources locales. Les ESPE, en revanche, ne tiennent pas vraiment compte des nécessités de la refondation.
Il importerait aussi de reconnaître et valoriser les missions spécifiques, notamment celles des coordonnateurs : elles sont nées de l’institution elle-même, en réponse à des problèmes internes. Ce ne sont pas des activités militantes, mais bien professionnelles.

Entrer dans le collectif par la pédagogie, pas par le statut
Enfin, Marc Douaire en appelle à une stabilisation de l’évolution des métiers enseignants, dans le cadre d’un collectif professionnel. Impossible de penser, estime-t-il, l’exercice du métier enseignant comme un acte solitaire, libéral, avec la garantie du statut de la fonction publique. Les enseignants, avec des cultures professionnelles, des formations, des exercices différents, forment un collectif professionnel sur la scolarité obligatoire. L’entrée ne s’en fera pas par le biais du dogme du statut, affirme-t-il, mais par la pédagogie. Là encore estime-t-il, les lignes bougent.
Enfin, il convient de garantir la pérennisation des mesures et des moyens : dans les remous, les difficultés et les tensions, il est important pour tous ceux qui sont engagés d’avoir un cadre stable et des perspectives solides.

Pour l’OZP, l’impulsion attendue pour l’EP à travers la refondation de l’école, initiée par V. Peillon et repris par l’actuelle ministre, l’école semble donc bien au rendez-vous.
Pour l’OZP, qui tient au principe selon lequel « tous doivent réussir », la bataille pour une école plus égalitaire, et qui endigue efficacement l’échec scolaire par le moyen de la pédagogie, ne peut être remportée sans des choix décisifs parfois peu consensuels, mais qui doivent être assumés et pérennisés par le ministère. Mais peut-être ces choix devront-ils aussi faire l’objet d’une explicitation et d’un partage attentif avec l’ensemble du personnel enseignant, pour parvenir à s’appliquer dans de bonnes conditions.

Jeanne-Claire Fumet

Extrait de cafepedagogique.net du 01.06.15 : OZP : Les attentes des coordonnateurs

 

Note du QZ : Un compte rendu détaillé de chacun des trois ateliers sera publié ultérieurement par l’OZP

 

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