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Le rôle du CPE en ZEP dans l’acquisition des compétences civiles et sociales : entretien avec le chercheur Massamba MBaye

29 octobre 2014 Version imprimable de cet article Version imprimable

« Pour obtenir de bonnes conditions de travail dans les classes, les professeurs ont quelquefois tendance à demander une sous-traitance des élèves difficiles par les professionnels de la Vie Scolaire ».
Massamba MBaye est chercheur en sciences de l’éducation. Depuis trois ans il consacre ses travaux à un collège de Paris, accueillant environ 545 élèves. L’établissement est classé en zone d’éducation prioritaire et offre de nombreux dispositifs de soutien scolaire. Les résultats au brevet sont d’environ 60% pour une moyenne académique de 83 %. Le taux d’orientation en seconde générale est de 50 %. Selon les critères du ministère, la part d’élèves défavorisés est de 49 % pour une moyenne académique de 19 %. La part d’élèves très favorisés est de 6 % pour un taux académique de 46 %.

[...] Collège difficile dans un quartier difficile… Les élèves sont-ils difficile aussi ?
Les élèves sont massivement issus de cet environnement à problèmes. Leurs prédécesseurs dans l’établissement sont leurs frères et sœurs, leurs cousins et cousines dans un continuum qui n’a pas installé un sentiment d’appartenance a collège car leur scolarité en général n’a pas été une réussite. Dans cet établissement, la notion d’élèves en difficulté est omniprésente. D’ailleurs, on peut observer de nombreuses initiatives internes d’une part visant à cadrer le comportement des élèves les plus rétifs aux codes scolaires ; d’autre part, cherchant à favoriser les apprentissages de tous. Dans le fond, l’établissement accueille un public plutôt homogène si l’on en juge par son appartenance à des couches sociales défavorisées ou très défavorisées selon la nomenclature propre à l’Éducation Nationale. Mais, je précise que l’incivilité se cristallise sur un pourcentage très restreint d’élèves. L’immense majorité des collégiens ne sont pas affectés par une dérive du comportement, même s’ils sont très nombreux à avoir besoin d’un accompagnement spécifique pour accomplir les apprentissages prévus par les textes officiels.

Votre recherche porte essentiellement sur l’acquisition des compétences sociales et civiques par les élèves, telles que les décrit le socle commun (2). Pourquoi ce choix ?
Les compétences sociales et civiques définies par le socle commun permettent de faire le portrait robot d’un élève exemplaire tel qu’il apparaît d’ailleurs (à quelques nuances prés) dans le règlement intérieur du collège. À cet élève théorique, l’établissement veut donner une formation sociale et civique idéale. Grosso modo il le fait par trois sortes de voies et moyens.

Premièrement, il y a les interventions didactiques des professeurs qui durant les cours du programme transmettent des données sur les compétences sociales et civiques. En plus, ils exigent un comportement en classe qui constitue de facto une mise en pratique des compétences liées à la sociabilité et aux civilités. Deuxièmement, l’établissement propose des activités (ateliers, animations…) qui sans être un apport didactique formel permettent une expérimentation (un vécu) de la vie collective et de la citoyenneté (par exemple la confection du Journal du collège).

Enfin, il faut noter le rôle essentiel, des personnels de vie scolaire et notamment les assistants (AVS).

[...] Sur la question de l’autonomie (point 7) quelles tendances repérez-vous ?

Les différents acteurs de l’établissement sont tous favorables à l’autonomie des élèves ? Ils sont conscients de la nécessité de les responsabiliser, particulièrement en leur demandant de s’investir dans la vie du collective. Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres. En réalité nombre d’actions présentées comme inductrices d’autonomie ne sont que des occupations stéréotypées comme les débats d’idées en ateliers, l’incitation à aller aux journées portes ouvertes pour obtenir des stages, les séances d’aide à l’organisation du travail scolaire, et plus largement la promotion d’une entente cordiale entre pairs.

Extrait de cafepedagogique.net du 24.10.14 : Le CPE et les compétences sociales et civiques des collégiens

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