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Publication par le MEN de deux enquêtes sur la sécurité dans les établissements. Eric Debarbieux analyse de façon fine et nuancée la question sensible de la violence dans les collèges en ZEP par rapport aux autres collèges

25 octobre 2011 Version imprimable de cet article Version imprimable

Pour la première fois le ministère se dote d’une vision consolidée de l’état de la sécurité dans les collèges
Information - 20/10/2011

Dans la droite ligne des engagements pris lors des États généraux sur la sécurité à l’école, le ministère publie deux notes d’information portant sur deux enquêtes : les actes de violence recensés dans les établissements publics du second degré, d’une part, et le climat scolaire et les actes de violences déclarés par les élèves des collèges publics, d’autre part. Avec ces deux enquêtes, le ministère se dote des instruments indispensables à une meilleure connaissance de la violence mais également du climat dans les établissements scolaires.

Le croisement des résultats de l’enquête de victimation et de l’outil de mesure administratif SIVIS, modifié au cours de l’année 2009-2010, permet pour la première fois en France d’avoir une appréciation consolidée de l’état de sécurité dans les collèges.
En voici les principaux enseignements :
- 93% des collégiens déclarent se sentir bien dans leur établissement
- Un degré d’exposition à la violence globalement stable, des disparités sensibles entre établissements

Extrait du site du MEN le 20.10.11 : Une vision consolidée de l’état de la sécurité dans les établissements

 

Les deux Note d’information (octobre 2011)
. Enquête nationale de victimation dans les collèges publics (n°11.14)
. Les actes de violence recensés dans les établissements publics du second degré (n°11.13)

 

L’analyse d’Eric Debarbieux : Tirer les leçons de l’enquête nationale de victimation et climat scolaire en collège (octobre 2011, 7 pages)

 

Page 5 : La violence est-elle une question d’inégalité sociale ?

C’est sans doute une des grandes surprises de cette enquête, elle rejoint cependant les résultats de notre enquête en primaire.
Si le fait d’être dans un établissement de l’éducation prioritaire est bien un facteur aggravant, ce n’est que dans des proportions limitées.Le rapport de la DEPP souligne ainsi que seules les violences graves (liées aux armes en particulier) sont clairement plus fréquents dans les établissements populaires. De même, si le climat scolaire y apparaît moins bon, ce n’es pas massivement.
Cependant, les résultats pourraient être plus contrastés qu’une simple anlayse en termes de moyenne le laisse supposer. En effet, comme le montre avec justesse le rapport de la DEPP, les élèves des établissements de l’éducation prioritaire ont tendance à aller plus souvent aux extrêmes, en positif comme en négatif. Ainsi dans la relation aux enseignants (Tableau 5).
En bref, si la relation aux enseignants paraît en moyenne à peu près équivalente entre les établissements RAR et les autres, une étude plus fine montre que les relations "amour-haine" y sont plus exacerbées avec un élève sur vingt pensant ces relations mauvaises et un sur six les pensant pas très bonnes.

Surtout, la vision de l’injustice totale des punitions est deux fois plus importante qu’ailleurs. Ceci est certainement la base des violences "antiscolaires" plus fréquentes dans les quartiers populaires.
D’autre part le mode d’échantillonage ne permet pas une visions fine suivant les quartiers ou les régions. Il n’est pas du tout évident que els zones prioritaires des régions du SUD de la France, où la stabilité des personnels est forte, aient les mêmes résultats que les zones de la banlieue de la région parisienne, où le "turn over" est plus important.
De plus, si l’on suit les indications des enquêtes américaines, on peut penser que la victimation des enseignants et des personnels est plus sensible aux données sociales que celle des élèves.
On peut considérer que l’enquête SIVIS est nettement mieux renseignée en ce qui concerne la violence exercée contre les personnels que celle exercée contre les élèves. Or le SIVIS relève une bonne tendance de cette inégalité sociale : la concentration relevée sur une minorité de collèges presque tous situés en éducation prioritaire est une concentration de violences tournées vers les adultes et témoigne des difficultés d’une partie des collèges avec une partie des classes populaires.

Il n’empêche que, pour les violences ordinaires liées au harcèlement, le phénomène apparaît largement transsocial et n’est pas réservé à une catégorie d’établissements et de zones urbaines. C’est certainement vrai avec le développement de la cyberviolence [happyslapping, moquerie ou harcèlement sur Internet et par SMS qui semble concerner environ 9% des élèves.]

 

De la page 6 à la fin : Qu’est-ce que cette enquête implique en termes d’action publique ?

Cette enquête permet donc de faire quelques préconisations concernant l’action publique, tant au niveau national qu’au niveau local. Nous nous limiterons à quatre remarques fondamentales, sans extrapoler à partir d’autres recherches et résultats présentés ailleurs4 et sans préjuger d’autres leçons qui pourront être tirées de cette enquête de victimation.

1. Quelle que soit la fascination éprouvée pour les solutions techniques comme la vidéosurveillance et la sécurisation de l’espace scolaire, on ne peut en attendre une
baisse significative de la violence en milieu scolaire dans la mesure où l’immense majorité des faits est constituée d’actes commis dans les établissements, par des élèves
des établissements. Ceci ne signifie pas que la sécurisation
ne puisse avoir un effet ou être nécessaire dans certains cas, mais elle n’aura qu’un effet limité. On ne peut s’en contenter. La violence à l’École est surtout une
affaire pédagogique.

2. Les faits de violence à l’École sont principalement des petites victimations, mais répétées et concentrées sur un nombre réduit d’élèves : entre 6 % et 10 %. Priorité dans
l’action doit être donnée à ce harcèlement dont les conséquences sont maintenant bien connues. Cela nécessite un vrai sang-froid devant les faits divers et la violence paroxystique et une politique de très longue durée plutôt qu’un renouvellement de « plans » et d’effets d’annonce.
3. Le lien entre climat scolaire et violence répétée est avéré. La recherche suggère donc que travailler sur le climat scolaire, le vivre-ensemble, est fondamental. Prévenir la violence et le harcèlement, c’est avoir une démarche globale d’amélioration du climat scolaire, impliquant l’établissement dans son entier, plutôt que de se concentrer sur les seuls problèmes de comportement.

4. Une piste d’amélioration globale du climat scolaire, et particulièrement dans les établissements de l’éducation prioritaire, est l’amélioration de la « justice scolaire », non
pas dans le sens d’un simplisme répressif, mais bien d’une intelligence de la sanction. Quand un tiers des collégiens jugent le système punitif injuste, il est nécessaire de s’interroger sur celui-ci et le sens de la sanction, afin que celle-ci devienne réparatrice et non pas « jurassiquement » vengeresse. C’est d’autant plus important quand on remarque combien la violence à l’École comme les punitions sont une affaire de garçons dont l’affirmation machiste passe parfois par cette violence et par l’accumulation
absurde de punitions dont on peut interroger l’efficacité.

4. Une première enquête : et après ?
Plutôt que de partir sur des négations ou sur des fantasmes, ce diagnostic permet de mieux orienter l’action. C’est aussi une possibilité d’évaluer cette action : l’amélioration
du climat scolaire, la diminution du nombre de victimes et de la dureté des agressions peuvent être mesurées si l’on dispose d’un diagnostic préalable, sinon on restera dans la foi, pour les partisans des actions mises en place ou dans le doute, pour leurs adversaires.
Cette première enquête nationale n’aura de valeur que répétée. Ce n’est que dans sa reconduction tous les deux ans, comme il a été décidé, que nous pourrons vraiment
avoir un regard sur l’évolution du phénomène. Il ne faut cependant pas se faire d’illusions : les pays qui ont réussi à faire diminuer le phénomène (la Finlande, le Royaume-Uni par exemple) ont mis plus de dix ans pour y arriver. Et cela a nécessité une continuité dans l’action qui ne peut que reposer sur un consensus social qui dépasse les échéances électorales. Par ailleurs, il faut que ces données soient complétées par d’autres enquêtes et, en particulier, par des enquêtes auprès des enseignants et des personnels. Les personnels n’ont pas répondu suffisamment au questionnaire qui leur était destiné. Il va falloir discuter de cela avec leurs représentants
et leurs associations, sous peine de masquer une partie considérable du problème.

Plus loin, la déclinaison locale de telles enquêtes nous apparaît importante, en tant que diagnostic - confidentiel – au niveau d’un établissement, ou pour une vision sectorielle
du phénomène. Bien entendu, d’autres types de méthodes sont nécessaires. Mais quoi qu’il en soit, nous disposons pour la première fois d’une base de données véritablement
nationale, représentative. Qu’il ait fallu tant de temps pour y arriver n’en fait que plus apprécier sa naissance

 

Interview d’Eric Debarbieux par le Café Pédagogique

[...] [L’enquête] montre un point nouveau : le fait que l’écart entre les collèges RAR (réseau ambition réussite c’est à dire enseignement prioritaire) et les autres n’est pas aussi important qu’on pouvait le craindre sauf pour les violences lourdes. Il faut donc prévenir le harcèlement partout. La question des écarts entre établissement reste cependant à creuser. On peut penser qu’il y a des établissements où les résultats sont moins bons. Si l’on peut faire des enquêtes locales on dispose maintenant d’un thermomètre national étalonné. On pourra aussi approfondir la question de la sensibilité en fonction des données sociales. Il faudra aussi travailler sur la violence de genre ou sur les associations de types de violences. La base de données de l’enquête sera mise à la disposition des chercheurs.

Extrait de cafepedagogique.net du 26.10.11 : Eric Debarbieux : "Il n’y a pas de recettes mais des politiques longues. On ne fera pas cesser la violence avec des trucs"

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