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B* L’innovation en Eclair est-elle une idée neuve ? Etude de l’OZP sur les aléas de la valorisation des actions de ZEP

22 août 2011 Version imprimable de cet article Version imprimable

 L’innovation en Eclair est-elle une idée neuve ?
Etude de l’OZP sur les aléas de la valorisation des actions de ZEP

PLAN
- I - Innovation, expérimentation, valorisation
- II - Les pionniers des années 80 et 90
- III - La grande époque (années 2000)
- IV - La situation actuelle . Quatre tendances
. Au niveau national, expérimenter d’abord en ZEP
. Intégrer les actions ZEP dans des sites généralistes
. Privilégier les actions gouvernementales
. Centrer maintenant l’innovation sur Eclair ?
- V - Une action prioritaire de l’OZP : créer et sauvegarder une base de données d’"Actions en ZEP"

 

 I - INNOVATION, EXPERIMENTATION, VALORISATION

Le concept d’innovation jouit actuellement en pédagogie d’un grand engouement. Deux semaines après la 4ème édition du forum des enseignants innovants organisée en mai 2011 par le Café pédagogique et des associations d’enseignants, le ministère a ouvert les premières Journées de l’innovation.
Quant au programme Eclair, qui se substitue aux RAR à cette rentrée, s’il a été mis en place en 2010 sous le signe de la lutte contre l’insécurité, il est présenté de plus en plus comme le dispositif par excellence de l’innovation.

Une autre notion fait pendant - ou concurrence - depuis longtemps à l’innovation, c’est celle d’"expérimentation". Ainsi la brochure "Programme Eclair" (p. 7) distingue :
- l’innovation : "sur la base d’un constat d’inefficacité ou de limites rencontrées par les pratiques en cours, mettre en place une action originale et contrôlée. La nouveauté de l’action s’évalue au regard d’une situation donnée".
- l’expérimentation : "L’expérimentation participe d’une démarche de développement professionnel continu, par laquelle les enseignants font progresser et enrichissent leurs pratiques."
La brochure conclut : "À côté des expérimentations « article 34 », les équipes peuvent évidemment développer des innovations pédagogiques et éducatives".

Le site Eduscol emploie indistinctement les deux termes dans sa fiche "Innovation-Expérimentation"
Le Cardie de Caen, reprenant Eduscol, voit "deux dispositifs complémentaires à l’échelle nationale.
L’expérimentation : "...repose sur un projet d’établissement et constitue un outil de pilotage pédagogique. Elle suppose une contractualisation sur objectifs et une évaluation explicite. Elle s’articule plus concrètement sur l’amélioration des performances des élèves par la mise en oeuvre d’une solution mais non nécessairement d’une nouveauté."
L’innovation : "...repose plus systématiquement sur la mise en œuvre de nouvelles pratiques et se conclut par un témoignage-analyse de pratiques. " (Eduscol).
Pour faire court, disons qu’officiellement l’innovation relève plutôt de l’initiative individuelle de l’enseignant et que l’expérimentation, dans le cadre de l’article 34 de la loi de 2005, engage une école ou un établissement. Dans Eclair, elle fait même l’objet d’une contractualisation avec l’académie.

Le même site Eduscol propose d’ailleurs actuellement deux bases de données, Innoscope pour les innovations et Expérithèque pour les expérimentations, sans que la différence entre les deux soit très nette.

Mais, quelque soit le terme utilisé, l’utilisation ministérielle actuelle de ces notions fait l’objet d’interrogations. Le CRAP-Cahiers pédagogiques, commentant les journées MEN-UNESCO, se demande si l’innovation est un "alibi institutionnel ou un levier pour la réussite scolaire". Le SGEN-cfdt, de son côté, après la publication de la circulaire de rentrée, dénonçait "l’incantation ministérielle" sur une "expérimentation cache-misère" destinée à faire passer la dérégulation.

Quant à nous, nous ne développerons pas ici une histoire de l’innovation en ZEP, une vaste entreprise qui dépasse nos moyens d’investigation (la création du dispositif est en elle-même une formidable innovation). Nous centrerons notre analyse sur la "valorisation" des actions, en avançant deux arguments :

. une action « classique », solidement menée avec sérieux et méthode (et même avec discrétion), peut être aussi bénéfique pour les élèves qu’une action « nouvelle » ;
. la mise en valeur d’une action par les praticiens, l’administration ou les médias est d’une importance particulière en ZEP en raison de l’image négative souvent accolée à l’éducation prioritaire.

Qu’en est-il donc actuellement de la valorisation des actions dans les ZEP, qui ont, en ce domaine, une longue expérience à la fois du discours et de la pratique ?

 

  II - LES PIONNIERS DES ANNEES 80 et 90

L’idée, fréquemment évoquée de nos jours, selon laquelle les ZEP pouvaient être des laboratoires du changement pédagogique n’est pas apparue tout de suite. Elle est absente des premières circulaires : celle parue au BO du 28.12.81 invitait simplement à "la rénovation de la pédagogie". Celle parue au BO du 01.04.82 se contentait de rappeler que les équipes pédagogiques des établissements et des écoles [dans les ZEP mais aussi en dehors] "peuvent et doivent mener des actions d’innovation tendant à la réussite scolaire".
Le BO du 23.12.82 se fait déjà plus précis : les autorités départementales et académiques doivent établir un rapport (accompagné de fiches d’actions) qui "permettra aux services de l’échelon central [...] d’être informés sur les initiatives, afin d’encourager les plus intéressantes d’entre elles et de diffuser les plus instructives".
Notons aussi que, hors textes officiels, l’idée de la nécessaire exemplarité des actions en ZEP était dans l’air, comme en témoignent les textes issus des "universités d’été ZEP » de 82 et 84, ainsi que ceux des premières assises « Ecole et Quartier » de 1984. On y voyait aussi développée l’idée - nouvelle et reçue avec enthousiasme par une minorité d’enseignants - que ce n’était pas aux élèves en difficulté de ces quartiers de changer pour s’adapter au système éducatif mais au système lui-même de se transformer pour pouvoir assurer sa mission auprès d’eux.

Le mot de "laboratoire" appliqué aux ZEP apparaît par exemple en 1984 dans un article d’un des premiers observateurs des banlieues, Christian Bachmann, "Entre l’atelier de bricolage et le laboratoire : les Z.E.P." où, analysant le dispositif, il évoque "un brain-storming pédagogique, qui mêle le classique et le nouveau, les innovations les plus heureuses et celles qui le sont moins, les réussites éclatantes et les demi-échecs".

En fait, le recueil et la diffusion systématiques de comptes rendus d’actions pédagogiques en ZEP n’a été mise en oeuvre que beaucoup plus tard (en 1993) avec la création du centre Alain Savary après une longue gestation administrative. Rappelons pour mémoire qu’entre temps il y a eu la préparation de la Loi d’orientation de 1989 (qui ne traite pas des ZEP) et la découverte de la question de la scolarisation des enfants du quart-monde (rapport Joutard, 1991)

Le centre Alain Savary et la base DIF-ACT. La constitution d’une "base de données sur les actions éducatives et sociales en milieux difficiles" était l’une des missions du centre de ressources Alain Savary, créé en 1993 au sein de l’INRP (Note adressée aux recteurs en date du 19 mars 1993, BOEN n°12 du 25/3/1993).

La base de données DIF-ACT (contraction de milieux "difficiles" et de "actions", a été peu à peu mise en place avec l’aide d’un réseau d’enseignants associés rémunérés par contrat. En quelques années, la base a fini par compter un ensemble d’au moins 700 fiches-actions, occupant chacune environ 2 pages format A4 et regroupées par niveau et par thème.
Ce travail a fait l’objet à partir de 1993 d’une diffusion sous version papier, puis sous forme informatisée : Minitel et Internet. Voir une liste de fiches non datée encore présente sur le Web, mais sans accès aux fiches elle-mêmes.
Malheureusement, ce projet ambitieux n’a pas résisté aux aléas de la politique d’éducation prioritaire ni à la propension naturelle de chaque nouveau ministre à marquer son passage par la modification de ce qui avait été fait avant lui. La base DIF-ACT a non seulement cessé d’être alimentée mais, ce qui est plus grave, a disparu des supports informatiques utilisés à cette époque. Le développement ultérieur d’Internet aurait bien sûr permis de mettre la base à la disposition de tous, mais la pérennité de l’action publique n’est pas toujours le souci essentiel des administrations.
Signalons quand même à l’intention de celles-ci (et aussi des chercheurs) que l’OZP, qui juge utile de jouer le rôle de mémoire de l’éducation prioritaire bien qu’il ne soit ni mandaté ni financé pour cela, conserve précieusement dans ses archives un exemplaire de DIF-ACT en version papier, ainsi qu’un copie du répertoire précédent.

En dehors du centre Alain Savary, L’OZP, créé en 1990, s’est efforcé avec ses faibles moyens de faire connaître les expériences menées en ZEP.
. de 1992 à 1996 en organisant des "réunions publiques" dont les comptes rendus étaient en général publiés sur support papier dans le "Bulletin de l’association OZP".
. à partir de 1997 (et cela continue en 2011) en lançant les "Rencontres de l’OZP", chacune faisant l’objet d’un compte rendu détaillé : voir les 87 textes actuellement en ligne

Au niveau national et ministériel, dans une optique généraliste (non spécifique aux ZEP), la base Inno Valo a été créée au début des années 90.

Les mouvements pédagogiques ont publié eux aussi des comptes rendus d’expériences en ZEP. Le premier a été le bulletin de l’AFEF (le Français aujourd’hui) avec un dossier en juin 1984. La même année, les Cahiers pédagogiques ont publié un numéro sur ce thème, suivi d’un autre en 1992 puis d’autres depuis. Le prochain est prévu pour septembre 2012 et est co-piloté par un membre du bureau de l’OZP.

Au niveau académique, ce sont d’abord des CRDP et CDDP qui ont recueilli et diffusé des expériences, relayés ensuite par les CAREP, créés à la suite de la relance de 1998.

 

  III - LA GRANDE EPOQUE (ANNEES 2000)

L’événement qui a joué un rôle considérable dans la valorisation des actions ZEP, comme dans bien d’autres domaines, est le développement de l’usage d’Internet à partir de la fin des années 90, et cela aux trois niveaux, national, académique et local.

Au niveau national

Relevons d’abord, dans la série des déclarations ministérielles sur l’innovation en ZEP, celle de Xavier Darcos le 19.03.08 lors de la clôture du séminaire des RAR, qui proclamait que "Les réseaux « ambition réussite » constitu(aient) le fer de lance du système éducatif du point de vue de l’innovation pédagogique", tout en déplorant que "l’esprit d’innovation et d’expérimentation (soit) encore timide" au sein des mêmes réseaux.

Le site Education prioritaire, mis en place par la DGESCO et géré par le CNDP sur le site de celui-ci, a été ouvert en 1999. Il a fait peau neuve en 2009.
Il a publié entre 2001 et 2006 un ensemble de neuf "dossiers de l’éducation prioritaire" comprenant notamment des descriptifs d’actions, le premier dossier étant intitulé "Maths et ZEP-REP". Pour la petite histoire, précisons que ce dossier avait été élaboré à partir d’un des trois ateliers consacrés à l’innovation (déjà !) lors des Assises nationales tenues à Rouen en juin 98.

Les organismes et sites généralistes pour l’innovation
- Le "Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire" a été créé en 2000 par Jack Lang. Après avoir été rattaché malgré lui par Luc Ferry à la DESCO, il s’est abordé fin 2002. Rappelons à ce propos que l’OZP a organisé une rencontre en septembre 2004 avec Anne-Marie Vaillé, ex-présidente de cet organisme
- La base Eduscol, créée en novembre 2000, a pour vocation notamment de "susciter des échanges et des remontées d’expériences". Certaines de ces actions sont reprise par le site de la DGESCO "Education prioritaire".
- Le site "Educasources", créé en 1997 par le CNDP à la demande du ministère, continue à proposer des ressources publiées en ligne sur des sites institutionnels (ou des sites associatifs validés par le ministère, dont celui de l’OZP). Ce n’est pas à proprement parler une base de données d’innovations mais il signale de nombreuses actions.
Relevons à ce propos que le site OZP fait partie des 350 sites de référence retenus par le moteur de recherche de l’Education.

Enfin, ajoutons la base de données documentaire sur les publics en difficulté du centre Ville-Ecole-Intégration (VEI), mise en ligne vers 1997 et qui, interrogée sur le mot "zep", fournit de nombreuses références, le même centre publiant régulièrement par ailleurs dans sa revue "Diversité" l’analyse d’actions en éducation prioritaire.

Au niveau académique

Des centres de ressources dynamiques mais parfois concurrents
Les CAREP ont pris une large extension, de façon variable selon les académies. Certains ont étendu leur champ d’action à d’autres publics en difficulté et ont adopté des sigles particuliers : à Amiens le CRAEEMD (redevenu bien après CAREP), à Bordeaux le CAREC, à Lyon le centre Michel Delay, à Strasbourg le CRAVIE.
Signalons aussi, parmi d’autres, le dynamisme des CAREP de Nancy-Metz et de Rouen, qui ont multiplié les comptes rendus d’expériences.

Dans certaines académies cependant se manifeste un phénomène de concurrence entre les diverses structures ou réseaux concernés par l’action pédagogique : CRDP et CDDP, CAREP, mission académique à l’innovation... Des tensions qui ont aussi un fondement budgétaire puisque c’est la mission académique à l’innovation qui gère les crédits attribués à cette action, et on sait que la rédaction et le traitement des fiches de comptes rendus par les équipes de terrain pose des problèmes de rétribution.

Au niveau local

Les sites de réseau ou d’établissements
Parmi les sites de ZEP, il faut distinguer ceux qui affichent clairement leur appartenance à un réseau ("Le RAR de ...") de ceux qui traitent uniquement de la vie et des activités de l’établissement ou de l’école sans faire aucunement référence à leur réseau d’éducation prioritaire.
Dans certains cas, on peut se demander si ce silence sur la ZEP ne s’explique pas par le souci d’éviter de mettre en avant un label dévalorisant auprès des certains parents.
Ces sites en ZEP peuvent faire preuve d’un grand dynamisme, sans qu’on puisse savoir quel est leur impact réel sur les différents publics (élèves, parents, enseignants, municipalité, partenaires). Ils sont aussi malheureusement fragiles car ils dépendent tantôt des compétences techniques et de l’investissement d’un ou plusieurs enseignants, tantôt de l’appui du chef d’établissement. Dans les deux cas, une mutation ou un départ en retraite peuvent avoir des effets très négatifs sur la survie du site.

La presse régionale : son importance et ses limites
La presse quotidienne régionale (PQR) joue un rôle très important dans la diffusion des actions en ZEP auprès du grand public et des parents. Ce phénomène, qui a pourtant une grande influence sur l’image locale des écoles et collèges concernés, est souvent ignoré des observateurs du monde éducatif et des chercheurs, mais aussi de tous les sites spécialisés.

Seul l’OZP, depuis plusieurs années, rend compte de façon systématique des nombreux articles de presse consacrés à des actions pédagogiques ou partenariales en ZEP. Il a mis en ligne depuis 2004 un ensemble de plusieurs centaines d’articles, qu’il a regroupés pour l’essentiel dans les sous-rubriques par niveau et discipline de sa rubrique "Pédagogie en ZEP".
On verra à la fin de ce texte que la base de données d’actions en ZEP que nous avons créée en 2011 (se reporter à la liste des mots-clés dans la colonne de droite de la page d’accueil) est, elle, beaucoup plus sélective puisqu’elle ne reprend que des actions déjà signalées sur des sites Education nationale.

L’apport indéniable de la presse régionale à la valorisation des ZEP auprès des parents appelle cependant quelques remarques.
On constate dans cette presse de proximité une large surreprésentation des actions pédagogiques menées en milieu rural et dans les petites villes par rapport à celles menées dans les métropoles urbaines.
Les actions rapportées n’ont pas nécessairement un caractère innovant.
Elles relèvent le plus souvent du domaine péri ou extra-scolaire et rarement de la pédagogie pratiquée en classe, ce qui explique pourquoi le nom du coordonnateur ZEP est fréquemment cité. Il assume en effet la responsabilité des actions partenariales, pour ne pas dire le rôle d’attaché de presse de la ZEP (et certains coordos sont très efficaces en ce domaine). La presse régionale ne fait d’ailleurs pratiquement jamais allusion aux professeurs référents. Le « quotidien de la classe », essentiel, mais peu spectaculaire, souvent répétitif, difficile à prendre en photo ou à filmer, est évidemment délaissé au profit, par exemple, d’une fête publique de fin d’année, d’une action écolo-pédagogique, d’une action partenariale de prévention routière avec la gendarmerie...
Enfin et surtout, la localisation géographique des actions reprises par l’OZP est étroitement dépendante de la sélection des organes de presse opérée par les moteurs de recherche et en particulier par Google, parfois en accord avec certains journaux qui ne souhaitent pas, pour des raisons commerciales, être référencés sur le Web ni permettre un accès libre à leurs articles. Ainsi, la majorité des actions pédagogiques proviennent d’organes de presse couvrant trois grandes régions : le Sud-Ouest (académies de Bordeaux et Toulouse), le Nord - Pas-de-Calais (académie de Lille) et la Champagne-Ardenne (académie de Reims). Mais d’autres académies sont absentes des résultats de recherche comme par exemple celles de Nancy-Metz, de Besançon, Grenoble...

 

 IV - LA SITUATION ACTUELLE. TENDANCES ET RISQUES

1) Au niveau national, expérimenter d’abord en ZEP
Paradoxalement, c’est au moment (depuis environ 2007) où la politique d’éducation prioritaire n’est plus une priorité que l’expérimentation - en totalité ou en priorité - en ZEP de nouveaux dispositifs, avant extension ou parfois généralisation, tend à se développer. Les exemples ne manquent pas : l’accompagnement éducatif au collège, l’accompagnement éducatif en primaire (qui, lui, n’a pas été généralisé, sans doute pour des raisons budgétaires), plus récemment "la mallette des parents" en 2011, le plan Sciences (pour les 400 collèges en RAR et en Eclair) et l’opération "Cours le matin, Sport l’après-midi" (la présence d’établissements en éducation prioritaire est souhaitée par le ministre).
Ce retour à la fonction de laboratoire de l’éducation prioritaire est positive, à condition - diront certains esprits méfiants - que les ZEP, les élèves et les parents ne soient pas considérés dans cette affaire comme les cobayes passifs et supposés plus dociles d’expérimentations hasardeuses pour leur devenir scolaire, rôle que ne supporteraient pas aussi facilement les élèves et familles (et enseignants) des établissements de quartiers favorisés.

2) Intégrer les actions ZEP dans des sites d’innovation généralistes

Au niveau national
Le centre Alain Savary, qui avait été relancé en 2005, s’est concentré depuis sur les stages de formation et l’organisation de colloques, mais en dehors de "X. Y. Zep", toujours aussi apprécié du terrain, n’a pas repris de mission de recensement d’actions. Et les chercheurs et acteurs de terrain peuvent se demander si la transformation récente de l’INRP en IFE (Institut français de l’éducation) n’aura pas de conséquences négatives pour le centre Alain Savary, qui en dépend.

Le site Education prioritaire a fait peau neuve à la rentrée 2009 (voir X. Y. Zep de déc. 2009, page 5) et possède maintenant une adresse propre. Dans une rubrique "Agir" il propose par niveau (maternelle, élémentaire, collège) des fiches d’information et d’actions et signale les reportages réalisés par le Département VEI du CNDP dans des écoles et établissements en éducation prioritaire.
Il continue à faire tourner dans sa rubrique "Derniers documents" en bas de la page d’accueil des comptes rendus d’actions, souvent en liaison avec la base Eduscol.
Mais "l’espace collaboratif", dont l’accès était réservé aux enseignants et établissements, a été fermé, sans doute à cause de la faible participation du terrain. On voit sur ce point précis la difficulté de plus en plus grande des sites éducatifs (et celui de l’OZP n’échappe pas à la règle) à faire vivre des forums. Des sites indépendants aussi vivants que ceux du Café pédagogique ou du CRAP-Cahiers pédagogiques ont même renoncé à en proposer. Alors, sur un site officiel, le pari est encore plus difficile à tenir...

Comme on l’a vu plus haut, le site Eduscol a ouvert récemment une "Bibliothèque des expérimentations pédagogiques", comprenant une "base de données des expérimentations" appelée "Expérithèque". Elle est citée au titre des ressources pour l’expérimentation dans le vade-mecum Eclair, page 8, en même temps que les Cardie.
Expérithèque propose quatre critères de sélection : académie, niveau (2), mots-clés (mais aucun ne concerne spécifiquement l’éducation prioritaire ni Eclair). Une recherche plein texte ne donne que très peu de résultats sur les termes de l’éducation prioritaire : ZEP, RAR, RRS...

L’IFE (ex-INRP) a récemment développé une importante plateforme, "NéoPass@action", qui met à disposition des enseignants des "Outils pour entrer dans le métier", réalisés "à partir de travaux de recherche fondés sur l’observation du travail réel des enseignants". A noter que, dans cette base généraliste, les actions en ZEP sont signalées comme telles.

Au niveau académique
Le nombre de CAREP actifs a sérieusement diminué. L’OZP n’en comptait plus que 9 lors d’une récente enquête. Pour les autres, quand le site existe toujours, il est réduit à une coquille vide dont la dernière mise à jour peut remonter à plusieurs années. Autant dire que, dans ces académies, l’éducation prioritaire ne l’est plus vraiment.

La tendance actuelle est de confier la gestion des bases d’actions à la mission académique spécialisée. Le CAREP de Nancy-Metz a anticipé ce mouvement depuis plusieurs années en faisant héberger ses comptes rendus par le pôle académique PASI, tout en prenant soin de conserver sur son propre site un lien vers les descriptifs d’action.

En ces périodes d’économies budgétaires, la démarche paraît rationnelle.
Mais, quand le CAREP a disparu ou n’est plus mis à jour, encore faut-il que le lecteur puisse identifier dans la base académique les actions qui relèvent de RAR (ou maintenant d’ECLAIR) ou de RRS. C’est loin d’être toujours le cas, ce qui au final aboutit à amoindrir la visibilité des actions innovantes en ZEP.
A titre d’exemple, la plupart des actions innovantes signalées à Nîmes et à Montpellier par le site de l’académie émanent de collèges et écoles en éducation prioritaire (nous laissons de côté les lycées) mais ne sont pas signalées comme telles. Nous les avons relevées récemment sur notre site.
Il en est de même dans une liste "d’actions expérimentales ou innovantes" publiée sur le site de l’académie de Caen, où 4 des 37 actions signalées sont en éducation prioritaire sans que cela apparaisse dans l’intitulé.

Encore faut-il aussi qu’avant (éventuellement) de fermer boutique, le CAREP se mette d’accord avec la mission académique pour que celle-ci reprenne son fonds documentaire. L’usager du site OZP est ainsi déçu de tomber sur un message d’erreur quand il ouvre un article de 2009 d’un CAREP - qui avait attiré un grand nombre de visites - et qui propose une liste alléchante de 26 fiches-actions ZEP. Cette intéressante sélection a disparu et ne se retrouve sur aucun site académique. Quel gâchis !

Le moins qu’on puisse demander des recteurs ou des IA en ce domaine est qu’ils veillent à la cohérence de leur politique documentaire et à la sauvegarde de leurs base d’actions, d"études et travaux.
Un progrès a été fait récemment dans ce sens avec la création officielle des CARDIE qui permet d"unifier les diverses appellations des services académiques chargés de l’innovation et de l’expérimentation : Pôle académique de soutien à... (PASIE ou PASI), Mission académique à ..., Cellule académique d’appui à..., Délégation académique à ...
Mais cette unification n’est pas encore entrée dans les habitudes et il existe déjà une confusion entre le Cardie fonction (Conseiller Recherche-Développement Innovation Expérimentation) et le Cardie organisme (Coordination académique Recherche-Développement Innovation et Expérimentation.

Le site national « Education prioritaire » a enregistré depuis plusieurs années ce transfert progressif du rôle des CAREP vers d’autres sites académiques plus généralistes : dans sa carte des académies, en plus des éventuelles "pages Education prioritaire », il indique pour chacune d’elles (à l’exception de Grenoble, Rennes et Strasbourg) le lien vers les pages généralistes dédiées aux innovations et expérimentations (pôles, missions, délégations, observatoires, etc.).

3) Privilégier la mise en valeur des actions gouvernementales

Le premier indice d’une influence politique sur la valorisation des actions est la valse des dispositifs de collectes d’actions que nous avons relevée, comme si chaque ministre éprouvait le besoin de marquer son passage par la mise sous le boisseau, sinon au rebut, des outils et bases de données mis en place avant lui. Les déboires du Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire en sont un bon exemple.

Tout près de nous, sur les 20 actions exposées à l’UNESCO du premier forum de l’innovation en juin 2011, 2 collèges en RAR ne sont pas signalés comme tels et 4 actions en lycée concernent des internats d’excellence et la lutte contre le décrochage, thèmes chers au ministère.
Cette orientation se répercute à tous les échelons de la hiérarchie. Les sites académiques suivent le mouvement et les sites locaux peuvent considérer qu’ils ont intérêt, s’ils veulent augmenter leurs chances de voir leurs expériences sélectionnées au niveau supérieur, à opérer les bons choix au départ même de l’expérimentation.
Cette pression implicite est renforcée par des considérations matérielles. Depuis longtemps les budgets de l’innovation sont détenus et gérés par le niveau académique.
Au niveau ministériel, trois grands chantiers d’expérimentation (en dehors d’Eclair) sont actuellement promus. Certes, des orientations officielles de ce type n’ont rien de blâmable, à condition qu’elles n’aboutissent pas à limiter la liberté d’innovation des équipes de terrain.

Dans une lettre ouverte en mai 2011, les CEMEA vont jusqu’à se demander si ministres, recteurs et inspecteurs n’auraient pas "reçu des instructions pour ne valoriser (...) que les seuls mesures prescrites par un gouvernement et de passer sous silence les initiatives et innovations de ses acteurs internes (...) ou de ses partenaires du service public" ?

Nous ne disons pas ici que l’expérimentation est largement sous contrôle mais qu’il existe un risque d’auto-censure de la part des services académiques et des équipes pédagogiques de terrain sur le choix de leurs projets, ce qui est contraire à l’esprit même de l’innovation.
Le même frein se manifeste sur la méthodologie des actions. Une expérimentation locale sur une action prioritaire recommandée par l’administration peut difficilement se conclure par un compte rendu en demi-teinte pointant un peu trop les obstacles et difficultés rencontrées. On sait pourtant que le plus intéressant sur le plan pédagogique dans les expérimentations c’est justement la mise au jour des obstacles, parfois même les échecs, parce qu’ils permettent d’aller plus loin.

4) Centrer maintenant l’expérimentation sur Eclair

C’est du moins ce que laisse entendre le vade-mecum publié en juin 2011. "La mise en place d’expérimentations" y constitue le premier des principes structurants du programme.
D’utiles garde-fous sont posés : "Il ne s’agit pas d’« innover pour innover mais, sur la base d’un constat d’inefficacité ou de limites rencontrées par les pratiques en cours, de mettre en place une action originale et contrôlée." Mais l’opération est bien encadrée : les pages 7-9 indiquent la durée de l’action (3 à 5 ans), la nécessité de son intégration dans le projet d’école ou d’établissement, une contractualisation renforcée avec l’académie, les modalités de validation et des pistes d’actions et ressources (dont "Expérithèque"). Le risque serait maintenant que l’expérimentation ne soit légitimée que si elle justifie après coup la création d’Eclair.

En cette rentrée 2011, nous ne pouvons présumer de la mise en œuvre effective de cet ambitieux projet, où les échelons académiques tiennent une grande place. Tout se jouera sans doute en réalité dans le degré de mobilisation des équipes d’enseignants et des animateurs : les anciens animateurs, comme les référents (qui ont eu jusqu’à maintenant un rôle actif dans l’expérimentation pédagogique en classe) et comme les coordonnateurs, (très présents dans le périscolaire et le partenariat), et les nouveaux, comme les préfets des études, dont la fonction d’innovation est moins assurée, surtout pour le primaire.
Faute de cette mobilisation, l’innovation en Eclair risque de n’être qu’une opération de communication.

 

 V - UNE ACTION PRIORITAIRE DE L’OZP : créer et sauvegarder une base de données "Actions en ZEP"

Dans l’objectif de pallier ces changements fréquents de politique et de sauvegarder les recueils déjà constitués çà et là, l’OZP a entrepris la constitution d’une base de données d’actions, qui présente un certain nombre de caractéristiques originales :
. c’est une base dédiée à l’éducation prioritaire ;

. c’est une base nationale, mais qui peut être interrogée par académie ;
elle possède plusieurs entrées ; par dispositif (RAR, RRS, autres établissements prioritaires), par niveau (maternelle, école, collège, lycée), par discipline ;
. elle rassemble toutes les action signalées sur des sites éducation nationale, et donc validées soit au niveau national, soit au niveau académique, soit au niveau local (école ou réseau).
. enfin, l’interrogation de la base peut se faire de façon aisée par mot-clé (voir la liste dans la colonne de droite de la page d’accueil du site) et en croisant ces différents critères (académie, dispositif, niveau d’enseignement, discipline), ce qui permet une grande finesse dans la recherche.

Cette base comprend déjà plusieurs centaines d’actions pour la période 208-2011. Elle devrait continuer à s’enrichir au fur et à mesure des nouvelles expérimentations lancées en Eclair ou en RRS ou dans d’autres dispositifs prioritaires (même si leur appartenance à ces dispositifs n’est souvent pas précisée). Elle n’apporte pas d’actions nouvelles par rapport à toutes celles qui sont publiées sur des sites Education nationale, mais elle l’immense avantage de les regrouper toutes sur un seul site.
Par ailleurs une sous-rubrique "Valorisation des actions en ZEP" rassemble des articles généraux sur cette thématique.

 

En conclusion, et puisque c’est de ZEP qu’il s’agit ici, nous voudrions reprendre ces quelques mots de l’éditorial de François Jarraud, "L’innovation est-elle un luxe ?", commentant dans le Café pédagogique les journées de l’innovation organisées en juin par le ministère : "Une des conditions nécessaires à l’innovation c’est bien d’en ressentir le besoin. Or c’est justement dans les établissements difficiles que les enseignants cherchent en permanence des solutions pour enseigner plus efficacement.
[...] L’innovation profite nettement plus aux établissements défavorisés qu’aux autres. L’innovation est par essence citoyenne".

Texte rédigé par Jean-Paul Tauvel, membre du bureau de l’OZP

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