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Sur son blog, Jean-Paul Delahaye entame une série de 3 textes de réflexion sur le collège unique et son histoire

28 février

Contribution à la réflexion sur le collège unique
Nous commençons ici la publication de trois textes sur le collège unique. Première partie : le texte de mon audition devant le Haut Conseil de l’éducation le 21 janvier 2010, qui est un rappel historique.

Première partie : le collège unique ou la France toujours à la recherche de son école moyenne[1]

Les difficultés du collège unique aujourd’hui
Le collège est le lieu où se concentrent d’importantes difficultés rencontrées par un nombre significatif d’élèves qui entrent dans le second degré sans maîtriser les apprentissages de base et qui perdent pied tout au long de leur scolarité. C’est aussi au collège que l’on constate les difficultés de certains enseignants, peu préparés à affronter ces problèmes et dont le désarroi doit être entendu. Ce qui conduit d’ailleurs à se demander qui est le plus en difficulté : certains élèves ou certains enseignants ?

Plus précisément, et si l’on ne voit donc que le côté négatif des choses, le collège unique ne manque pas de problèmes à résoudre :

|...] 4 Le collège unique et les disparités territoriales

Parler de collège unique dans un pays qui a laissé se ghettoïser des parties entières de son territoire est parfois une clause de style. Même si, à niveau scolaire et social donné, des établissements et des enseignants font mieux réussir les élèves, le collège unique apparaît comme l’illustration de nos difficultés à faire vivre la mixité sociale.

Il n’a été sans doute pas été suffisamment remarqué que la mise en place du collège unique à partir de 1975 s’est effectuée au moment même où se nouait la crise économique et où la courbe du chômage commençait une ascension continue. La société française a depuis lors vu se développer les inégalités, les exclusions.

Aujourd’hui, il existe bien une fracture scolaire que les collèges rendent particulièrement visible. Et dans ce contexte, peut-on dire de deux élèves qu’ils sont scolarisés dans le même « collège unique » de la République quand l’un est inscrit dans un collège de centre ville et l’autre dans un collège de quartier dit « sensible » ? Peut-on parler d’un même « collège unique » en France quand 6,5 % des collèges ont une population scolaire très défavorisée à plus de 65 % et que 8,4 % d’entre eux accueillent une population scolaire favorisée pour plus de 45 % de leur effectif[3] ? Arguments à l’appui, certains chercheurs parlent « d’apartheid scolaire »[4].

Il s’agit évidemment d’un problème politique qui dépasse la seule question de l’hétérogénéité du groupe classe ou de l’établissement car, sous l’effet de la ghettoïsation, le problème n’est pas ou n’est plus dans certains endroits de notre territoire l’hétérogénéité, mais l’homogénéité de la population scolaire.

D’autres chercheurs avancent aussi l’idée que la remise en cause du collège unique proviendrait en grande partie des classes moyennes qui ont largement profité, ces trente dernières années, de la démocratisation de l’accès au secondaire et qui craindraient d’être soit retardées, soit déclassées si le système continuait à prendre en charge les plus faibles[5].

En fait, tout le monde est d’accord sur le principe de la mixité sociale, mais pas dans son quartier ou dans son village et surtout pas dans le collège de ses enfants.

Beaucoup d’enseignants de collège, malgré leurs efforts, sont ainsi désemparés et découragés devant les difficultés qu’ils rencontrent, et ces difficultés sont bien réelles, pour atteindre les objectifs du collège avec tous les élèves. On observe que certains d’entre eux ne sont pas loin de penser comme cette enseignante de collège qui demandait il y a quelques années dans un quotidien national qu’on la « débarrasse » d’élèves « qui n’ont rien à faire au collège »[6].

Bref, il y a là tout un faisceau de difficultés réelles qui font du collège, sinon le maillon faible comme on le dit à tort, à tout le moins un maillon problématique du système éducatif français.

[...] Conclusion

La France est toujours à la recherche de son école moyenne, cela explique pourquoi le collège unique est encore en train de se chercher une identité.

Au fond, le collège unique fait face à deux critiques. De ce point de vue, les débats d’aujourd’hui sont en partie ceux ressassés depuis cinquante ans.

Les premières critiques considèrent que l’objectif était mauvais en lui-même, voire démagogique, et donc inapplicable. Ceux là refusent l’idée de classes hétérogènes, disent que certains élèves n’ont rien à faire au collège, sont des défenseurs du redoublement, ou prônent des solutions comme le préapprentissage, évidemment pour les enfants des autres pas pour les leurs.

Le second type de critique, et ma position est clairement celle-là, dit que les difficultés du collège unique proviennent ce qu’on n’a pas assumé la logique de la réforme jusqu‘au bout en ne donnant pas au collège un contenant et un contenu spécifiques au rôle qui est le sien : achever la scolarité obligatoire dans de bonnes conditions pour tous les élèves et préparer de façon différenciée les élèves à toutes les formations ultérieures.

La question du collège unique est donc d’abord, me semble-t-il, une question politique avant d’être une question pédagogique : est-ce que notre pays veut, oui ou non, donner une culture commune à tous les jeunes pendant la scolarité obligatoire et donc organiser la scolarité de ces jeunes dans une école commune ? Si la réponse est clairement oui, alors les ministres, les cadres et les enseignants devront agir en conséquence.

C’est parce que la réponse n’a jamais été claire que l’on ne cesse de bricoler, parfois avec génie, des dispositifs pédagogiques chargé de résoudre la quadrature du cercle !

Comme le disait le ministre Alain Savary en 1983, « Le collège unique est une ambition, une œuvre de plusieurs générations ». Ce n’est certainement pas le moment de renoncer à cette ambition.

Jean-Paul Delahaye

Extrait de mediapart.fr du 21.02.22

 

Voir la suite Contribution à la réflexion sur le collège unique, par Jean-Paul Delahaye (2e et 3e parties)

Voir la sous-rubrique Socle commun, Interdegrés, Compétences (Positions)
le mot-clé Socle commun, Interdegrés, Compétences (gr 5)

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