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Après le décès de VGE, un dossier du Monde de l’éducation et un article de Claude Lelièvre sur l’histoire du collège unique

16 décembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 15.12.20

« Que reste-t-il du collège unique de VGE ? »
TRIBUNE
Michèle Haby
membre du comité universitaire d’information pédagogique, fille de l’ancien ministre de l’éducation René Haby

A l’occasion du décès de Valéry Giscard d’Estaing, Michèle Haby, fille de l’ancien ministre de l’éducation René Haby, rappelle que le président est aussi le créateur du collège unique, dont elle évoque l’histoire mouvementée.

[...] Mais l’histoire montre qu’en fait ce collège ne fut pas réalisé. VGE, en 2001, rappelait lui-même, dans une interview au Monde, qu’« on n’avait guère avancé depuis vingt-cinq ans » et qu’« au lieu d’avoir rabattu tout l’enseignement des collèges vers l’enseignement général, les rapprochant des classes de la 6e à la 3e des lycées d’autrefois, en un peu dégradé, il aurait mieux valu en faire une nouvelle étape de la construction du cycle scolaire ». De fait, le collège continua de se considérer comme la propédeutique du seul lycée d’enseignement général et non comme un niveau d’enseignement ayant sa personnalité propre au sein de la scolarité obligatoire. Fallait-il s’étonner de l’échec de tant d’élèves ?

L’institution et ses acteurs tentèrent bien des réponses, comme celle de l’« éducation prioritaire », après 1981 : politique inspirée des meilleures intentions, mais qui déterminait des zones, fractionnait les territoires. Une logique bien différente de celle qui avait conduit René Haby à considérer, en 1981, l’hétérogénéité des élèves comme « l’électrochoc nécessaire pour faire passer au niveau des premières classes du secondaire les obligations du second degré : obtenir de tous les enfants une maîtrise des contenus proposés ».

Extrait de lemonde.fr du 14.12.20

 

M. René Haby estime que l’école doit être l’"instrument essentiel de légalisation des chances"
Le projet de loi relative à l’éducation doit être discuté à l’Assemblée nationale (vraisemblablement à partir du 18 juin) et au Sénat, avant la fin de la présente session parlementaire. Le groupe parlementaire des socialistes et des radicaux de gauche proteste, dans un communiqué, contre la fixation de cette date, estimant qu’il " ne peut plus s’agir que d’un débat bâclé sur une caricature de réforme, la quatorzième depuis dix-sept ans ". M. René Haby, ministre de l’éducation, a au contraire déclaré, devant la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l’Assemblée, que cette discussion serait " le premier grand débat sur l’éducation depuis un siècle ".Les parlementaires de l’opposition ont estime que le gouvernement demandait à l’Assemblée de lui " voter un chèque en blanc " (M. Fernand Dupuy, communiste. Val-de-Marne) et souligné l’" absence de référence aux principes fondamentaux de l’enseignement : laïcité, gratuite, obligation scolaire jusqu’à seize ans " (M. Louis Mexandeau, socialiste. Calvados). Les députés de la majorité (MM. Antoine Gissinger, U.D.R., Haut-Rhin, et Jacques Legendre, rapporteur, U.D.R.. Nord) ont surtout souhaité que le Parlement soit associé à l’élaboration des textes d’application. M. Haby a donné des garanties orales sur ce point.Au cours d’une conférence de presse, le Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN-C.F.D.T.) a annoncé son intention de lancer " une campagne de désintoxication " à l’égard d’un projet, dont la philosophie générale " est du style travail, famille, bourgeoisie ". D’autre part, le groupe parlementaire communiste a rendu publique une déclaration sur l’enseignement supérieur, proposant " sept mesures immédiates " pour assurer aux universités, à la recherche et aux bibliothèques des moyens - financiers et en personnel - supplémentaires.

Extrait de lemonde.fr du 07.06.75

 

VGE : le père du collège unique ?
VGE a revendiqué à plusieurs reprises la création d’un « collège unique », dont on peut se demander d’ailleurs s’il a vraiment existé. Le « collège unique » giscardien l’emportera-t-il un jour sur la « réforme Haby » dans la mémoire collective, dans l’Histoire ?

Dès la période de la création du collège unique, VGE éprouve un certain agacement lorsqu’on parle de « réforme Haby ». Le 1er juillet 1977, recevant à l’Elysée les lycéens récompensés au concours général, il exprime le désir que « la réforme qui crée le collège unique ne porte pas le nom d’une personne en particulier ». Et lors d’un entretien télévisé avec vingt-cinq lycéens, il souhaite que l’on appelle la réforme en cours « la réforme du collège unique, au lieu de lui donner le nom de tel ou tel ministre de l’Education ».

Il est pour le moins surprenant que René Haby ait eu à intervenir afin de rappeler que Valéry Giscard d’Estaing en avait été l’inventeur, lorsque François Bayrou (pourtant un ex-lieutenant de VGE dans son mouvement politique, l’UDF) n’a pas hésité à faire un jeu de mot facile : « collège unique, collège inique » : « L’expression ‘’ collège unique ‘’ a été inventée et utilisée pour la première fois, en 1975, par le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing […]. Le fait nouveau de proposer à tous les jeunes Français de suivre ensemble un ‘’ tronc commun ‘’ de formation, prolongeant et élevant celle de l’école primaire, était une option sociale très volontariste. Elle marquait l’action gouvernementale de l’époque au même titre que la législation sur l’interruption volontaire de grossesse ou l’attribution du droit de vote à dix-huit ans » ( « Le Monde » du 21 octobre 1993)

A 89 ans, VGE a encore souligné lui-même son implication personnelle majeure dans cette création du ’’collège unique’’ lors de son interview menée par Benoit Floc’h et Mattea Battaglia parue dans « Le Monde » du 10 juin 2015 : « le collège unique tel que je l’ai pensé, car je me suis personnellement impliqué dans la rédaction de cette loi en apportant des modifications aux différents projets que René Haby, mon ministre de l’éducation me présentait ».

Valéry Giscard d’Estaing avait placé personnellement le débat là où il devait se situer : à savoir non seulement sur le plan structurel (effacement des filières), mais aussi et surtout sur le plan culturel (quelle culture commune proposer ?).. Le « retournement » de sens des propositions culturelles du Président de la République a rendu très confus voire impossible le débat sur la « définition d’un savoir commun (minimal) exprimant notre civilisation particulière » qu’appelait de ses vœux Valéry Giscard d’Estaing. Et le « collège unique » n’a pu être fondé à partir de ce qui était son principe et son ambition ; d’où un dérèglement permanent puisque, au débat culturel avorté et à la définition d’une culture commune minimale, ont été substituées des mesures organisationnelles ou pédagogiques sans fondement (culturel) véritable. Et le « collège unique » - pour l’essentiel – n’a pas existé.

C’est d’ailleurs le diagnostic que Valéry Giscard d’Estaing a été amené à faire lors d’une interview dans le « Monde » du 26 avril 2001 : « Tout le monde devait aller au collège, et tous les collèges devaient être les mêmes. Dans mon esprit, ceci devait s’accompagner d’une réflexion sur la définition de ce savoir commun qui devait être identique. Cette réflexion n’a pas été poursuivie, et cette partie de la réforme n’a pas été traitée depuis. Il n’y a pas eu ce travail sur la définition du savoir de base, sur cette pédagogie commune et nouvelle […].. On n’a guère avancé depuis vingt-cinq ans. Au lieu d’avoir rabattu tout l’enseignement des collèges vers l’enseignement général, les rapprochant des classes de la 6° à la 3° des lycées d’autrefois, en un peu dégradé, il aurait mieux valu en faire une nouvelle étape de la construction du cycle scolaire ».

Le ton des invectives a parfois été très rude, même dans le camp politique de Valéry Giscard d’Estaing voire dans son entourage. Ainsi Jean-Marie Benoist, pourtant candidat UDF aux législatives de 1978, a mené la charge dans un livre paru en 1980 : « La génération sacrifiée ; les dégâts de la réforme de l’enseignement ». Il accuse cette réforme « de participer à l’œuvre de destruction de l’esprit que subissent en leur crépuscule les sociétés libérales occidentales […], d’aller vers le règne de l’uniformité, digne des démocraties populaires et vers la dépersonnalisation absolue, celle des steppes et des supermarchés ». Il condamne cet « égalitarisme absurde, forcené, uniformisateur et lacunaire ». « Ce mythe égalitaire – précise-t-il – est digne de ce peuple de guillotineurs que nous sommes depuis 1793, et se traduit par la culpabilisation de tout aristocratisme, de tout élitisme dans le savoir : raccourcir ce qui dépasse, ce qui excelle, voilà le mot d’ordre ». Le professeur de lettres de Giscard d’Estaing en Troisième – Paul Guth – se joint à ce concert d’invectives et de condamnations sans appel dans sa « Lettre ouverte aux futurs illettrés », parue elle aussi en 1980. Il accuse la réforme de « génocide intellectuel et moral », de « lavage de cerveau », première étape d’une « guerre psychologique » qui tend à faire de la France une nation de « taupes amnésiques »
.
« Gardez moi-de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge ! ». Paix à son âme.

Extrait de mediapart.fr du 03.12.20

 

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