> POLITIQUE DE LA VILLE > Cité éducative > Cité éducative du 20e : quelle influence sur la place des familles dans les (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Cité éducative du 20e : quelle influence sur la place des familles dans les coopérations éducatives ? : une enquête d’Emmanuel Rivat, Injep (ToutEduc)

8 décembre 2021

Cité éducative du 20ème : L’évaluation, un outil d’action dans l’action (6ème volet de notre enquête)

Quels effets une Cité éducative peut-elle avoir sur la place des familles dans les coopérations éducatives ? Cet angle de la place des familles dans leur relation à l’école, “peu connu des politiques publiques“, est un des axes abordés par Emmanuel Rivat dans une enquête menée dans la Cité éducative “Portes du XXème“ à Paris (36 600 habitants, 2 collèges et 24 écoles concernées). Son agence d’études, Phare, a été mandatée par l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) pour évaluer la place des familles au sein du territoire (dans l’école, dans la gouvernance ou encore hors l’école).

Spécialiste des sciences politiques, il décrit à ToutEduc comment s’appréhende une telle évaluation qui va durer en tout deux ans (juillet 2021-juin 2023). 3 grandes phases déterminent cette entreprise. Il y a la phase de cadrage (définition des outils) dans laquelle se retrouve l’importance du contexte, le recensement des publics, des approches, des acteurs et des besoins. Il y a ensuite le questionnement des approches et la question des effets et de l’efficacité. Emmanuel Rivat explique qu’il y a à travers cette étude “la volonté de faire parler“ avec des groupes de paroles mis en place par la ligue de l’enseignement, même si, précise-t-il, "ce n’est pas toujours évident pour des personnes de quartier populaire“.

“L’objectif, ajoute-t-il, n’est pas seulement en termes de réussite à l’école ou de baisse des inégalités, mais aussi sur la mixité, donc nous souhaitons prendre le problème par le bas. Cela importe aussi de questionner les familles de classes moyennes“ (sur leur rapport au territoire, ndlr). Dès lors, dans quelle mesure l’école cherche-t-elle à faire comprendre ses codes aux parents ? La question de la mise en débat des codes est une des données essentielles pour Emmanuel Rivat. Pour y répondre, l’agence est en relation avec un “référent évaluation“ de la cité éducative. Elle interroge les pilotes institutionnels (inspecteur de l’éducation nationale, le délégué du préfet, la coordinatrice chargée du développement local) afin de croiser les regards sur les besoins et les objectifs.

Il s’agit de savoir en quoi ce qui est proposé par la cité éducative répond à des attentes des parents et des différents acteurs et si ces actions sont efficaces (en termes d’implication, de compétence, de coopération des acteurs) et enfin si ces actions sont cohérentes, c’est à dire complémentaires ou non d’autres dispositifs.

Après avoir rencontré les porteurs d’actions (notamment les associations, voir des exemples ici), des “focus groups“ seront organisés avec des représentants des parents. Ensuite, la troisième phase consistera en un nouveau tour de table avec les pilotes du projet (IEN, délégué du préfet, etc..) ainsi qu’avec les porteurs d’actions. 40 familles de profils différents seront également interrogées, afin de voir la diversité des réponses, les effets ou l’absence d’effets des actions menées. Deux temps de restitution, un intermédiaire et un final viendront conclure cette étude, dont les premiers résultats seront connus d’ici quelques mois.

Emmanuel Rivat sait les cités éducatives très évaluées, mais confie son intérêt de travailler pour l’INJEP, institut qui “laisse une certaine liberté, un temps long pour produire un travail de qualité, et est doté d’une forte culture scientifique.“

Par ailleurs, le Master 2 Politiques publiques et opinions de l’Université Paris-Dauphine propose à une dizaine d’étudiants de mener durant un semestre une évaluation au sein de cette même Cité éducative “Portes du XXème“. Un partenariat voulu et financé par la Ligue de l’enseignement via l’octroi d’un petit budget “supplémentaire“ pour l’encadrement des étudiants. “Je pense que les étudiants vont avoir un intérêt pour les activités périscolaires et la façon dont cela mobilise les jeunes“ (par exemple la question de la relation entre éducateurs et jeunes), indique le maître de conférences en sociologie Samuel Bouron. Il voit, comme autre volet, “la question de la gouvernance, plutôt avec des problématiques en termes d’actions publiques“, à savoir comment on administre ce type de processus décidé d’en haut, et comment les acteurs sociaux se les réapproprient.

Il ajoute que la possibilité de réaliser de A à Z une enquête et une expertise est très formatrice, un format court mais qui permet de tirer des choses intéressantes, car “les institutions vont avoir des protocoles standardisés, elles vont chercher à répondre plus directement aux questions des acteurs“ (sur l’efficacité de telle ou telle mesure, ndlr). Tandis qu’à l’inverse, “le regard vierge, naïf des étudiants peut aussi débloquer des choses, ouvrir des espaces de dialogue. Ça apporte une sorte de fraîcheur, il n’y a pas l’autocensure qu’on peut avoir dans un organisme. Les étudiants ne vont pas hésiter à critiquer si ils voient une portée critique.“

Extrait de touteduc.fr du 07.12.21

Répondre à cet article