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Comment réduire les inégalités d’apprentissage d’origine sociale chez les jeunes enfants ? 3e journée de la chaire "Sorbonne, Neuroéducation & Créativité" (compte rendu ToutEduc)

15 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Si tous les enfants ont le même cerveau, pourquoi des inégalités dans les apprentissages et comment les combattre ? (journée LaPsyDE)
"La difficulté endémique de l’école française à corriger les inégalités" n’est pas une fatalité. C’est du moins la conviction d’Olivier Houdé. Le directeur honoraire du LaPsyDÉ (Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant), ouvrait, hier 9 juin, la 3ème journée de la chaire "Sorbonne, Neuroéducation & Créativité", et il a insisté, tous les enfants ont le même cerveau, mais chacun est singulier puisqu’il se développe en fonction, notamment, de son environnement socio-culturel.

C’est un point qu’illustre Alex de Caravalho (LaPsyDE) lorsqu’il fait état des recherches sur le nombre de mots entendus à 4 ans, qui varie de un à quatre selon le milieu, et le nombre de mots connus, qui varie du simple au double. Aux USA, un test, le QUILS (Quick Interactive Language Screener) permet d’identifier le nombre de mots connus, mais surtout la curiosité et les moyens intellectuels mobilisables pour en acquérir d’autres. Les résultats de son adaptation au contexte français sont "prometteurs". Mais il ne suffit pas de détecter. Le chercheur met en évidence les principes à mettre en oeuvre pour une remédiation, bien sûr la fréquence, plus souvent un mot est entendu, et dans des contextes différents, plus il a de chances d’être mémorisé, encore faut-il que l’enfant soit intéressé et que les interactions avec l’adulte soient de qualité. Toujours aux USA, sont expérimentés, dans des grandes surfaces ou à des arrêts de bus, de petits jeux qui incitent parents et enfants à parler de la meilleure manière de les réussir. "Ce qui compte, c’est la qualité des interactions entre l’enfant et l’adulte", souligne le chercheur.

L’un de ses collègues évoque d’ailleurs une recherche en cours sur les interactions langagières en maternelle pour évaluer l’écart en termes de prise de parole entre les enfants défavorisés et favorisés. Il varie du simple au double, et Sébastien Goudeau (U. de Poitiers) plaide pour des organisations de la classe qui favorise la résolution de problèmes, donc les discussions, entre pairs. Sait-on pour autant comment réduire les inégalités dans l’apprentissage de la lecture ? Partant de deux constats, certains enfants ont besoin de plus de temps que d’autres et il faut compter avec "une multitude de facteurs prédictifs", Irène Altarelli (LaPsyDE), propose d’user de stratégies adaptées au profil cognitif de l’enfant, avec des outils ludiques et motivants qui ne prennent pas trop sur le temps de l’enseignant et même qui puissent être utilisés en dehors de la classe. Elle présente deux applis, GraphoLearn, adapté, comme le GraphoGame de J. Ziegler, d’un programme finlandais, et centré sur le décodage, et Skies of Manawak, un jeu qui développe les compétences de base, la perception et l’attention. Des adaptations françaises sont en cours de production, en même temps que leur évaluation, et la chercheuse n’exclut pas que certains effets émergent assez tard. Elle plaide pour "une éducation individualisée".

Pour Grégoire Borst, qui a succédé à Olivier Houdé à la direction du laboratoire, le postulat initial, l’éducabilité de tous, implique la recherche de moyens pour réduire les inégalités scolaires en rapport avec les inégalités sociales, ce qui suppose de mener des recherches interdisciplinaires, comme il le fait avec le LIEPP (Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques) de SciencesPo, où travaillent notamment ensemble sociologues et psychologues du développement. C’est aussi l’objet d’une évaluation qui sera lancée en maternelle dans les académies de Paris et Versailles (voir ToutEduc ici), soutenue par une conviction, les compétences métacognitives (comprendre ce qui se passe quand on apprend quelque chose, y compris au plan émotionnel et social, ndlr) sont "un vrai levier de réduction des inégalités". Son souci est de communiquer ce message aux enseignants, mais aussi aux parents qui doivent être accompagnés dans la co-éducation de leurs enfants, et à qui il faut proposer "des interventions dont on sait qu’elles fonctionnent", d’où l’importance d’évaluer les outils qui peuvent leur être proposés. Il faut surtout "le dire aux élèves", qu’ils comprennent eux-mêmes l’importance de s’interroger sur leur fonctionnement intellectuel.

Extrait de tuteduc.fr du 10.06.21

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