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“Comment penser actuellement les relations entre sociologie et sciences cognitives ?“, Séminaire de Stanislas Morel, Paris 13 (ToutEduc)

25 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Sociologie de l’éducation et sciences cognitives peuvent-elles collaborer ? (séminaire)
Dans le cadre du séminaire "Le social saisi par les sciences cognitives et la génétique", qui se déroule jusqu’au 25 juin à travers cinq séances en distanciel, Stanislas Morel, de l’Université Paris-13, a présenté ce 21 mai le premier volet intitulé “Comment penser actuellement les relations entre sociologie et sciences cognitives ?“.

Le sociologue de l’éducation fait état des débats et des controverses qui agitent ces disciplines. Les sciences cognitives incluraient la philosophie, la psychologie, l’anthropologie, les neurosciences, la génétique.. mais pas la sociologie, ce que réfutent certains sociologues.

Il a présenté six points de tension dans leurs relations en France, comme le caractère incontournable du paradigme bio-psycho-social, un paradigme dominant depuis les années 1970 dans les recherches. Avec pour exemple la réussite scolaire, qui serait déterminée par le biologique (les gènes), le facteur psychologique (le cognitif, c’est à dire le fonctionnement cerveau), et le facteur social (le milieu d’origine par exemple). Un paradigme qui, même si des chercheurs s’en affranchissent, contraint les sciences cognitives à prendre en compte le social.

Stanislas Morel explique alors en quoi le social est justement saisi par les sciences cognitives. Auparavant, il constituait des variables de contrôle à neutraliser, mais depuis les années 2000 ce champ s’est beaucoup développé (les neurosciences sociales, la cognition située, les recherches en sciences cognitives sur les inégalités sociales...) avec pour objectif de repérer les affinités cognitives qui sont le plus affectées. Tous ces travaux obligent les sociologues à effectuer un aggiornamento.

Encore faut-il déterminer ce qu’est le social. En effet beaucoup de sociologues pensent qu’il est, sous le prisme des sciences cognitives, standardisé, qu’il y a un malentendu sur l’objet. Ainsi parle-t-on de la même chose ? Quel est le poids du social dans le paradigme bio-psycho-social ? Stanislas Morel évoque une tendance simultanée des sociologues et des chercheurs en sciences cognitives à relativiser ce poids, à conférer une valeur universelle à la cognition et à relativiser le poids des paramètres d’ordre socio-culturel.

Les relations avec les sciences cognitives seraient d’autant plus tendues que les concurrences parmi les sociologues sont importantes. Les sciences cognitives se positionneraient comme le juge de paix des débats internes à la sociologie. Stanislas Morel cite ainsi le Conseil scientifique de l’Education nationale dont les travaux visent à obtenir des performances quantifiables des élèves alors que selon lui “ce n’est pas la construction la plus classique“.

Malgré la difficulté de collaborer, le sociologue pointe “des enjeux associés à la collaboration très importants, voire cruciaux“, et y voit même un moment charnière de l’histoire de la sociologie. Mais collaborer peut s’avérer difficile tant les cadres de recherche ne sont pas identiques. Selon Stanislas Morel, “il faut affiner le grain des variables“, car pour lui “de nombreux travaux en sociologie de l’éducation ont démontré que certains indicateurs ne suffisaient pas du tout pour expliquer les inégalités“.

“Alors qu’elles sont peu nombreuses, peu visibles et périphériques en France, aux USA et dans le monde anglo-saxons, le développement des collaborations entre sociologie et sciences cognitives est exponentiel, il y a beaucoup de passerelles et de projets interdisciplinaires“, ajoute Stanislas Morel selon lequel les sociologues vont devoir travailler "de plus en plus avec des chercheurs en sciences cognitives“. Il précise qu’“on en est encore à un stade programmatique ; en sociologie de l’éducation, il y a beaucoup de chercheurs qui publient des articles et cherchent à savoir comment ils peuvent faire pour collaborer avec les sciences cognitives“.

Extrait de touteduc.fr du 23.05.21

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