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Une vaste enquête de Georges Fotinos pour le Snpden révèle une forte dégradation de la situation des personnels de direction avec la crise (Le Café, ToutEduc)

11 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Crise de confiance chez les personnels de direction
"La profession doit retrouver la confiance dans l’institution". C’est la conclusion de Bruno Bobkiewicz, le nouveau secrétaire général du Snpden Unsa, 1er syndicat de personnels de direction, après la publication d’une étude sur l’impact de la crise covid sur ces personnels. Pour G Fotinos, ancien conseiller MGEN, et M Horenstein, psychiatre, "la crise a amplifié des tendances lourdes d’évolution du métier qui deviennent très inquiétants", et pas seulement dans les relations avec la hiérarchie.

Un climat scolaire dégradé

Portant sur 4340 personnels de direction, soit un tiers d’entre eux, l’étude de G Fotinos et M Horenstein se veut très représentative de l’impact de la crise sanitaire sur le moral de ces personnels.

Elle prend volontiers les idées véhiculées dans les médias à rebours. Ainsi au lieu de la solidarité c’est la violence entre les élèves qui se serait développée durant la crise. C’est du moins l’avis des personnels de direction, seuls interrogés Ils signalent aussi la croissance des violences des parents sur les adultes. Le climat scolaire aurait connu une nette dégradation avec 28% des "perdirs" signalant un climat médiocre , contre 6% en 2011. Les relations entre profs et élèves se seraient dégradées aussi. Enfin l’impact sur le décrochage et la réussite scolaire serait aussi très négatif : 79% des perdirs parlent de dégradation, 1% d’amélioration ! On est loin des propos rassurants du ministre sur la baisse du nombre de décrocheurs.

Des perdirs déprimés

Mais c’est surtout l’impact sur les personnels de direction qui est l’objet de l’enquête. Et là rien ne va plus. 80% des perdirs disent passer par des moments de dépression et 10% souffrent de dépression sévère. 59% ont une mauvaise opinion d’eux même dont 12% tous les jours. 84% sont parfois dans l’impossibilité psychique de remplir leur mission. Alors cela a des effets sur leurs pratiques. 76% disent avoir des difficultés dans les décisions hiérarchiques et autant dans la conduite de la politique éducative de leur établissement. A peine moins dénonce un impact sur leur vie privée.

Vous l’avez compris le moral est en berne. Ce qui l’explique c’est le sentiment d’une dégradation de leur mission pendant la crise sanitaire (pour 81%). Pour 77% d’entre eux leur confiance dans l’institution s’est dégradée. Seulement 1% signale une amélioration. Les relations avec la hiérarchie s’est aussi dégradée pour 40 % des personnels de direction.

Les auteurs ont voulu finir sur une note plus positive. Ils signalent le sentiment d’innover chez 66% des perdirs.

Regagner confiance en l’institution

Comment expliquer cette dégradation ? Pour Bruno Bobkiewicz, le nouveau secrétaire général du Snpden, "l’exercice professionnel a été complexifié" par la crise sanitaire. Le Snpden n’a pas apprécié que les personnels de direction apprennent par la presse les décisions ministérielles. "C’est très agaçant", lache t-il. Pour B Bobkiewicz c’est un élément important de la perte de confiance. "La profession doit regagner confiance en l’institution", dit-il. Et il compte sur les groupes de travail post Grenelle pour cela. Au menu des discussions : "l’anticipation de la communication ministérielle", des améliorations à apporter au fonctionnement quotidien, par exemple l’informatique professionnelle.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 10.06.21

 

La situation des personnels de direction (proviseurs, principaux, adjoints) s’aggrave considérablement (G. Fotinos)

Le climat scolaire était "excellent" ou "bon" dans leur établissement pour 73 % des personnels de direction en 2011, 69 % en 2013, 54 % en 2017, 37 % en 2021. "La crise (causée par la pandémie, ndlr) a accéléré et amplifié des tendances lourdes du métier de perdir (personnel de direction, ndlr)", estiment Georges Fotinos et José-Mario Horenstein qui ont présenté, hier 9 juin, les réponses au questionnaire qu’ils ont adressé aux principaux, proviseurs et adjoints sur leur perception de la situation. Et les résultats sont "catastrophiques". 12,6 % des 4 400 répondants ont des pensées suicidaires ou d’automutilation, 1,6 % "tous les jours ou presque". 84 % estiment être certains jours dans l’impossibilité d’assumer leurs missions (53 % "souvent" ou "assez souvent"), ce qui signifie que "les établissements sont à la dérive, sans boussole", commente pour ToutEduc Georges Fotinos.

L’un des symptômes de la gravité de la situation, c’est le nombre des réponses, un tiers du corps des personnels de direction qui ont pris de temps de répondre au questionnaire, sans doute du fait de la qualité des réseaux qui le leur ont adressé, le SNPDEN (le syndicat UNSA des personnels de direction), la CASDEN-BP, et les contacts personnels, mais surtout parce qu’ils ont trouvé "une occcasion de s’exprimer, de dire ce qu’on ne dit pas à sa hiérarchie, en étant préservé par l’anonymat).

Pour plus de la moitié d’entre eux, la situation se dégrade en termes de violences entre élèves, "une surprise de taille", même si elle correspond au phénomène décrit par une principale d’un collège de Savoie (voir ToutEduc ici). Quant aux relations des élèves avec les enseignants, elles se dégradaient pour 10 % des "perdir" en 2004, 25 % en 2010, 41 % en 2021 ! En ce qui concerne le décrochage, ils sont 67 % à penser que la situation se dégrade. En ce qui concerne les relations avec les parents, elles se dégradent pour 43 % des répondants alors que le discours ambiant veut que ceux-ci aient compris, à l’occasion du confinement, l’importance de l’école.

La situation se dégrade également dans les rapports avec les enseignants pour un tiers des perdir, et plus encore avec leur hiérarchie, DASEN et recteurs (40 % contre 28 % dix ans plus tôt). Les décisions de la hiérarchie et l’absence de continuité de la politique éducative ont un impact négatif sur les trois quarts des répondants, dont les conditions de travail se dégradent pour 92 %, tout comme la confiance dans l’institution (77 %). Le moral qui était "bon" ou "excellent" pour 42 % des perdir en 2017 ne l’est plus que pour 24 % d’entre eux.

Georges Fotinos trouve pourtant des raisons d’espérer. 22 % des répondants estiment que leurs relations avec les enseignants se sont améliorées à la faveur de la crise, 87 % d’entre eux ont trouvé "des réponses aux besoins des élèves et des enseignants", 83 % pourraient mettre à profit l’expérience acquise pour "modifier le projet d’établissement" et pour 60 % d’entre eux, cela pourrait prendre la forme d’une expérimentation, donc s’institutionnaliser.

Pour Bruno Bobkiewicz, l’ensemble n’en est pas moins inquiétant. Le secrétaire général du SNPDEN distingue les effets conjoncturels de la crise sanitaire, d’une succession de décisions, sur l’ouverture ou la fermeture des lycées et collèges par exemple, que les personnels de direction ont apprises "en même temps que tout le monde", en se branchant sur la télévision, ce qu’ils ont ressenti comme irrespectueux à leur égard et ce qui a provoqué leur crispation. Cette crise est de plus survenue alors qu’ils avaient subi une succession de réformes délicates à mettre en oeuvre et qui ont provoqué des violences, des blocages d’établissement, de graves perturbations du fonctionnement des établissements. Cette accumulation de crises intervient dans un contexte de dégradation structurelle de la situation, "d’année en année". "Tout le monde a bien compris que l’établissement était le bon niveau d’intervention et nous sommes sans cesse sollicités par l’Etat, l’académie, les collectivités territoriales... Le flux des mails est incessant." Le remède ? "Mieux gérer ce qui relève de l’urgence, davantage anticiper dans la mesure du possible, travailler sur les modes de communication et surtout que les décisions politiques d’amélioration soient contraignantes pour les services académiques, que ce qui est dit se traduise sur le terrain. Il faut aussi davantage de moyens. Nous n’attendons pas un changement du tout au tout mais de petites victoires successives."

Extrait de touteduc.fr du 10.06.21

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