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L’orientation des élèves issus de l’immigration à l’aune du regard sociologique : entre expériences subjectives et contextes de scolarisation, article d’Aziz Jellab dans Sociologie économique, mai 2022

2 août

L’orientation des élèves issus de l’immigration à l’aune du regard sociologique : entre expériences subjectives et contextes de scolarisation,
Aziz Jellab
Sociologie économique, mai 2022

[...] Conclusion

L’orientation scolaire constitue l’une des thématiques les plus sensibles socialement et pour s’en rendre compte, il suffit d’interroger les parents, les élèves et plus globalement les usagers tant son fonctionnement semble toujours osciller entre gestion des flux scolaires et accompagnement de chacun vers la réalisation d’un projet personnel. C’est d’ailleurs cette tension qui focalise le plus souvent le ressentiment porté par une partie des élèves issus de l’immigration quand ils estiment avoir été victimes d’une sélection faisant intervenir d’autres critères que ceux d’ordre stricto sensu scolaire. Ce ressentiment est aussi présent chez d’autres publics et il rappelle, si nécessaire, que l’orientation, comme tout autre verdict scolaire – l’évaluation en l’occurrence – met en jeu des principes de justice qui ne peuvent être appréciés qu’à l’aune de ce que vivent les élèves, leurs parents mais aussi les acteurs du système éducatif. Or en portant une attention à l’expérience des élèves et à leur parcours, on réalise souvent l’insuffisance d’un regard sociologique raisonnant exclusivement en termes de reproduction sociale, car la thèse de la « discontinuité culturelle » ne rend pas compte des facteurs spécifiquement scolaires et contextuels qui influent sur les trajectoires d’orientation ; elle conduit aussi à penser la scolarité des élèves issus de milieu populaire, dont fait partie la majorité des élèves issus de l’immigration, en termes d’échec ou de difficultés scolaires, alors que les réussites sont nombreuses bien que plus improbables et invisibles. Le misérabilisme guette souvent cette lecture en termes de reproduction des inégalités alors que l’on observe aussi de belles réussites, appuyées le plus souvent sur un engagement professionnel et éthique des enseignants[24] mais également sur des histoires familiales mettant en jeu des rapports différenciés à l’avenir social et professionnel[25]. Il reste cependant à conduire des recherches et des observations longitudinales afin de comprendre les modalités empiriques à travers lesquelles les parcours d’orientation se construisent, à identifier les négociations qui participent de la production ou de l’atténuation des inégalités entre élèves selon l’origine sociale et, le cas échéant, migratoire. Un des points qui nous a paru essentiel pour comprendre les trajectoires scolaires consiste à croiser les données statistiques avec les parcours de vie, l’occasion aussi d’observer que ce ne sont pas seulement les contraintes qui déterminent les devenirs : ce sont également les stratégies mises en place par les usagers, dans le cadre d’interactions spécifiques avec et en dehors des acteurs de l’école, qui modalisent des devenirs bien souvent imprévisibles.

Extrait de sociologieeconomique.org du 27.05.22

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