> Les rubriques antérieures à nov. 2025 (archive)
> II- INEGALITES : Mixité sociale, Pauvreté, Ethnicité, Laïcité...
> Immigration, Racisme, Ethnicité
> Immigration, Racisme, Ethnicité (Etudes)
> Enquête Cevifop : la moitié des personnes interrogées estiment que "la (…)
Voir à gauche les mots-clés liés à cet article
Cevifop
Note de recherche
Le Baromètre de la confiance politique / vague 16
L’affirmation du modèle communautaire en France
Luc Rouban
Directeur de recherche CNRS
Le modèle républicain se définit traditionnellement par le principe de l’unité nationale et la non reconnaissance des communautés, considérées comme des factions sous la Révolution et donc comme des facteurs de division. La différenciation communautaire, qu’elle s’établisse sur la base d’une identité ethnique, religieuse, axiologique, géographique, reste donc exclue du pacte républicain qui ne reconnaît que des différences sociales ou politiques supposées s’effacer dans l’exercice de la souveraineté populaire. L’article premier de la Constitution dispose que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». À ce titre, le mandat politique impératif est interdit et chaque député, quelles que soient les caractéristiques de la circonscription où il a été élu, est censé représenter l’ensemble de la nation et vote à titre personnel, comme le dispose l’article 27 de la Constitution. Ce principe unitaire fondateur, qui a exigé dans l’histoire du long terme une action coercitive de l’État sur une nation morcelée en régions et en identités locales, a été récemment confronté à la mondialisation, aux flux migratoires et à la multiplication de cultures différentes sur le territoire national que les efforts d’intégration n’ont pas fait disparaître. Les concepts de diversité et de société multiculturelle sont venus remettre en cause cette philosophie politique et cela avec d’autant plus de force qu’ils avaient acquis droit de cité dans de nombreux pays européens1 et que les réactions négatives à l’encontre de l’immigration conduisaient à s’interroger sur l’utilité d’une unité abstraite qui n’assurait plus la cohésion nationale.
Dans le cadre de la vague 16 du Baromètre de la confiance politique, on a donc soumis aux enquêtés la proposition suivante : « Il faudrait que la France évolue vers un modèle multiculturel qui permet à chaque communauté d’affirmer son identité ». Les résultats sont sans appel : la moitié des enquêtés sont d’accord avec cette proposition. Alors que 13% se disent tout-à-fait d’accord, 37% sont plutôt d’accord. En revanche, 28% se disent plutôt en désaccord et 22% pas du tout d’accord. On enregistre même une légère hausse de la proportion d’enquêtés d’accord avec cette proposition depuis 2024 puisqu’elle était alors de 47%.
Cependant, l’adhésion à cette évolution communautaire ne doit pas être assimilée, comme elle l’a souvent été dans de nombreuses enquêtes, à une revendication communautariste, terme polémique impliquant un repli identitaire ethnico-religieux2
. La République diversifiée n’est pas synonyme de République désintégrée.
La reconnaissance du fait communautaire, qui se décline lui-même sur de nombreux registres, peut être
également considérée comme un moyen de renouveler l’engagement civique et la participation en dehors d’une vie politique sclérosée. On peut alors s’interroger sur le profil de celles et ceux qui préfèrent un modèle
communautaire comme sur la signification d’un tel changement dans les représentations. [...]