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"Coordinateur ou cordonnateur ?", par Jean-Yves Camaret (Bulletin OZP n° 7, décembre 1994)

23 mars 2009

Bulletin de l’association OZP, n° 7, décembre 1994

COORDINATEUR OU COORDONNATEUR ?

Jean-Yves Camaret, enseignant en Zep et chercheur en sciences de l’éducation, attire notre attention sur une confusion de termes - confusion souvent faite et qui recouvre des différences de conception de fonctionnement de celui qui très souvent est : « Monsieur ou Madame Zep ».

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"Je veux bien reconnaître que, dans l’état présent de nos sociétés, une carrière de spécialiste de la synthèse, une carrière de technicien de la coordination, une carrière d’agent de liaisons, si l’on préfère ce dernier terme, serait une carrière tout à fait chanceuse. Elle risquerait de procurer à celui qui s’y aventurerait, une réputation d’amateur encore qu’elle suppose de grands dons et une prodigieuse ouverture d’esprit ».
Duhamel

M’étant souvent interrogé sur la double présence, à la fois dans la langue française et subséquemment dans les textes officiels, des deux termes concomitants "coordinateur" et "coordonnateur" pour instruire cette nouvelle fonction, qui apparaît dans le champ scolaire dans le cadre de la mise en place de la politique des Zones d’Education Prioritaires (cf. l’article d’Alain Bourgarel, in Bulletin OZP n° 5, octobre 1994), je suis retourné aux sources et me suis donc plongé dans le dictionnaire ( Robert en 12 Volumes) où j’ai trouvé cette citation qui je l’espère vous régalera l’esprit autant que moi !
Croyant rendre ma pensée plus fluide en l’irriguant de définitions plus claires, j’ai surtout dissous l’illusion que l’histoire des Zep, même si elle est courte et récente, serait exempte d’ambiguïtés, voire de contradictions...

En effet, la grande distinction qui existe entre ces deux termes, bien qu’elle soit réduite à trois lettres : un « i » et non un « o » (et un seul « n ») est d’importance !
Il ne s’agit plus du même courant d’idée qui alimente chaque terme, que ce soit au niveau de la fonction étymologique ou de l’usage réglementaire. Dans le premier cas le coordinateur, c’est celui qui « met en relation des parties d’un tout [...] qui se trouvent sur le même rang [...] pour qu’elles s’agencent selon un plan logique pour une fin déterminée ». Dans le second cas le coordonnateur, c’est celui qui « dispose selon certains rapports en vue d’une fin... ».

Poussons l’utilisation de la citation du Robert jusqu’au fond : « Je conjure nos évêques et nos curés de réfléchir à la nécessité que leur caractère leur impose de coordonner l’église à la constitution et d’aider la patrie, encore chancelante sur ses nouvelles bases à s’étayer de la force de la religion ».
Alors notre entendement est arrosé par la divergence de logique ; si au départ il s’agissait bien d’une organisation de type fédératrice qui agence des partenaires considérés comme égaux, par la suite dès que sera apparue la notion (oh combien étonnante au regard des faits) de recentrage il ne s’agira plus que d’une organisation de type bureaucratique (au sens de Max Weber : « rationalisation de l’action à partir d’une structure hiérarchisée »)

Si l’on regarde sous un angle identique le cours de l’histoire de la politique de la ville à la même période, il coule de source que l’on assiste à une involution de parcours symétrique : du coordinateur de quartier au chef de projet ! Mais, comme le souligne Michel Crozier, le changement ne se décrète pas, alors les différents modèles vont coexister, se chevaucher et s’interpénétrer selon la façon dont situation locale et perception des acteurs vont se conjuguer.

Pour tenter de clarifier la question, j’ai volontairement schématisé les positions selon deux logiques :
- d’un côté une logique strictement interne à l’institution maître d’œuvre, à savoir le ministère de l’Education nationale qui dans le cadre de la déconcentration de l’action des administrations de l’Etat délègue au niveau local la réalisation de la mission de service public en l’adaptant aux particularités du secteur d’intervention afin de produire une action plus efficace pour les usagers ;
- de l’autre une logique supérieure (relevant du domaine de la politique générale de la nation : la décentralisation) aux différentes institutions, et par essence même externe, qui vise à construire et donc instruire de nouveaux rapports entre l’Etat et les citoyens.

Il s’agit plutôt pour le coordinateur de rechercher une mobilisation d’acteurs égaux fondée sur leur adhésion à un projet commun défini donc de manière démocratique. Alors que pour le coordonnateur il s’agit d’harmoniser les actions des différents niveaux d’intervention des services déconcentrés de l’Etat et de la collectivité locale et donc rechercher des accords entre états-majors d’institutions différentes.

Dans le premier cas, le fonctionnaire (au sens de "travaillant dans l’intérêt de tous") chargé de la coordination se centrera plus particulièrement sur des actions négociées en produisant de nouveaux réseaux de socialisation, et conséquemment en menant des pratiques innovantes et diversifiées de diffusion des savoirs, adaptées à la multiplicité des différents sujets (au double sens de domaine et de partie irréductible de la personne humaine), et ce dans le but de construire une nouvelle citoyenneté qui conjugue unité de la nation et diversité des individus.

Dans le second cas, l’agent de l’Etat missionné pour coordonner ses interventions se centrera sur des actions concertées entre responsables professionnels au niveau local et/ou au niveau électif, en rentabilisant les réseaux existant de délégation de fonctions, et, conséquemment, en revitalisant (en les adaptant) les pratiques générales de transmission du savoir universel qui instruit l’unicité du citoyen républicain en tant qu’objet politique élément constitutif indispensable de l’unité nationale.

Jean-Yves Camaret

 

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