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Education prioritaire : 4 questions à un coordonnateur REP+ (le Café pédagogique)

17 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Education prioritaire : 4 questions à un coordonnateur Rep+

Qu’est ce qui doit être amélioré dans l’éducation prioritaire ? Didier Martin, coordonnateur d’un réseau Rep+ dans la banlieue d’une grande agglomération, montre ce que donnent les changements de politique sur le terrain et ce qu’il faudrait pour améliorer les résultats. Il pointe notamment le turn over chez les pilotes de réseau, souvent très ignorants de l’éducation prioritaire pour qui elle n’est qu’un tremplin pour leur carrière.

L’éducation prioritaire connaît des changements fréquents de politique. Quels effets constatez vous sur le terrain ?

L’accueil des enfants de moins de 3 ans a permis de requestionner l’accueil des élèves et des parents. On évoque souvent le parcours des élèves mais qu’en est-il du parcours des parents en Education prioritaire (EP) ? Un travail partenarial a été mis en place dans une école maternelle du REP+ où je travaille : éducation nationale (directrice, enseignante du dispositif moins de 3ans, coordonnateur), assistante sociale et une association (lieu d’accueil jeu parent-enfant). Un des objectifs est d’accueillir les parents à l’école, d’identifier des besoins et de proposer des temps d’échanges. Essayer de répondre collectivement aux besoins des parents afin qu’ils accompagnent au mieux leur enfant dans leur scolarité.

La coopération avec les parents a permis de mettre en place des groupes de réflexions réguliers afin d’identifier leurs besoins dans l’accompagnement à la scolarité de la petite section jusqu’au collège. Des rencontres régulières entre le coordonnateur et les parents (les parents des différents groupes scolaires ont été regroupés et associés à cette réflexion collective). Les travaux ont été présentés en COPIL.

Le dédoublement des CP, CE1 a permis de requestionner les pratiques, les postures, l’enseignement, l’aménagement de la classe, le co-enseignement, la coopération entre enseignants, le travail d’équipe, l’harmonisation des pratiques, la différenciation, la prise en compte des élèves en difficulté. L’accompagnement des équipes de circonscription a permis de renforcer la mutualisation entre enseignants.

Les formations REP+ ont permis de renforcer les connaissances et les compétences des enseignants en lien avec le référentiel de l’EP (notamment sur l’enseignement explicite, le climat scolaire, les sciences cognitives, la compréhension, le langage oral).

La coopération avec les partenaires associatifs, municipaux et départementaux a permis de mettre en place des projets pédagogiques inter degrés.

L’accueil des nouveaux personnels est organisé chaque année par le coordonnateur et une conseillère pédagogique avec plusieurs objectifs : connaissance de l’EP, connaissance et appropriation du référentiel EP, connaissance de l’environnement et parcours associatif.

L’EP est accusée d’échouer à faire réussir les élèves. Qu’en pensez-vous ? Que manque-t-il aux établissements de l’EP pour améliorer les résultats ?

Je constate d’abord qu’il y a eu une multitude de changements de politique depuis 1981. Je constate également qu’en 2020, les difficultés sont encore profondément ancrées dans les REP, REP+. Pourtant, en EP, l’innovation, le travail d’équipe, la mobilisation, la réflexion sont au cœur de nos stratégies d’équipe depuis des décennies.

Car qu’en est-il des choix de la politique d’aménagement des territoires, le manque de mixité sociale ? Qu’en est-il de l’implication des acteurs de l’EP ?

Un des facteurs de réussite des élèves et du climat scolaire est la stabilité des équipes. Depuis 9 ans, je constate que les équipes du premier degré sont très stables. Ce n’est absolument pas le même cas au niveau du collège.

Ce qui me met vraiment en colère est l’instabilité du comité de pilotage et plus particulièrement le principal du collège (le troisième en 5 ans), l’IAIPR (le 4ème en 5 ans) et l’IEN ( plus de stabilité à nouveau 2 en 5ans).

Ma mission de coordonnateur depuis deux ans me permet de porter un autre regard sur ce « système pyramidal ». En haut de la pyramide se trouvent les pilotes qui n’ont pas tous une connaissance fine de l’EP, du référentiel, du projet de réseau, de l’environnement, du partenaire. Comment sont-ils choisis ? Pourquoi l’EP ressemble parfois à un tremplin pour les pilotes ? Comment peut-on partir vers d’autres missions au milieu d’une année scolaire ? Pourquoi l’EP ne semble pas si prioritaire que ça pour certains pilotes ? Pourquoi les instances ne sont pas préparées ?

Les effets sont très négatifs au niveau des équipes enseignantes qui ont l’impression de ne pas optimiser ces temps de travail.

Où sont les perspectives données à ces instances ? Quelle continuité des apprentissages entre le premier et le second degré ? Quelle prise en compte des PPRE passerelle ? Je suis également en colère lorsque je constate que les heures REP+ collège sont rarement effectuées. C’est un temps de travail de 1H30 hebdomadaire pour travailler en équipe à l’échelle du collège et du réseau qui est quasi inexistant. Pourquoi les enseignants du collège ne participent-ils pas aux temps de formation REP+ ?

Selon moi il manque donc une plus grande implication des pilotes dans leurs missions au sein du comité de pilotage. Il faut requestionner les instances (CEC, COPIL) et les conseils de cycle 3, être davantage innovant, impliquer davantage les personnels, être à l’écoute de leurs besoins. Il faut être « acteur » des temps de travail en équipe, des temps de formation et être capable de mettre en œuvre dans la classe. Il manque également des CHAM, CHAD et autres classes à horaires aménagés en danse, musique, histoire de l’art qui pourrait créer davantage de mixité.

Il faudrait également coopérer davantage avec les parents et les partenaires. Former davantage les enseignants à la pédagogie institutionnelle afin que les élèves/enfants soient acteurs e la micro société dans laquelle ils évoluent. Mettre en place des formations inter degré inter catégorielles ( exemple médiation par les pairs) afin que les acteurs qui accompagnent la journée de l’enfant soient plus cohérents.

S’assurer que les enseignants qui arrivent en EP l’ont fait par choix. Accueillir tous les nouveaux personnels afin qu’ils aient une meilleure connaissance de l’EP et du référentiel de l’EP. S’assurer que les pilotes sont là par choix et qu’ils s’inscrivent pur une durée minimum de 3 ans. Evaluer les dispositifs mis en place ( moins de 3 ans, plus de maîtres que de classes, CP CE1 dédoublés).

Une nouvelle politique a été impulsée en 2013-2014. Que faut-il en garder ?

De mon point de vue, il faut garder le temps REP+ accordé aux équipes pour le travail en équipe, la formation, la mutualisation, les observations croisées, les analyses de pratiques…Faire évoluer le contenu des enseignements, leur organisation et leur évaluation. Renforcer les politiques de réussite éducative. Favoriser la réussite de tous dans le second degré. Donner la priorité à l’école primaire.
Propos recueillis par F Jarraud

PS : Didier Martin est un pseudonyme

Extrait de cafepedagogique.net du17.01.20

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