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En classe, comment repartir le 11 mai ? (le blog d’Eveline Charmeux)

4 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

En classe, comment mettre en place le déconfinement ?

Comment éviter que, selon la formule de Philippe Meirieu, "l’école d’après" ne reprenne, avec la "pédagogie d’avant" ? A quelques jours de cette rentrée, il importe de poser la question et surtout de faire des propositions de réponses.
C’est le projet de ce billet qui invite les collègues de l’élémentaire comme du collège, à expérimenter des propositions, à en proposer d’autres et partager ici leurs remarques, afin d’ouvrir une porte vers une "refondation", que nous avons largement manquée naguère, et qu’on peut peut-être rattraper aujourd’hui...

Faut-il commencer par faire un diagnostic ?

Un diagnostic, à l’école, c’est dangereux !
Même nuancé et redéfini comme l’a fait notre ami Astro, il le reste : bien au-delà d’un problème d’interprétation, est posée ici la question du pouvoir des mots sur la pensée : les mots font image et agissent sur nous, plus que les images elles- mêmes. Ils jouent un rôle essentiel dans nos choix d’action.

Or, notre bien aimé ministre de l’Éducation Nationale a affirmé (et répété à diverses reprises) : "Il faut un diagnostic juste si l’on veut des remèdes appropriés."
On peut difficilement faire plus logique et rigoureux comme raisonnement. On peut aussi difficilement faire plus "médical"que cet aphorisme, au vocabulaire sans ambiguïté : diagnostic appelle naturellement remèdes. Et ces deux mots entraînent irrémédiablement l’arsenal de sous-entendus qui les accompagne : tel un virus, l’échec serait DANS l’enfant, comme une affaire personnelle, qui ne concernerait que lui.
Il faudrait donc l’en débarrasser, et, pour cela, on l’envoie dans un lieu de soins, et on le "rééduque".

Il n’est pas nécessaire d’avoir une agrégation de psycho, pour deviner les conséquences qui vont s’abattre sur l’enfant, dévalorisé à ses propres yeux, avec les conséquences sur sa motivation à apprendre, sans oublier le célèbre "Effet Pygmalion" sur les enseignants, qui se font alors une idée définitive de l’élève... Comme premier regard sur l’enfant, on mesure ce que cela peut avoir de catastrophique, pour le reste de l’année.
Or, l’échec, comme la réussite, n’ont rien à voir avec des qualités ou des défauts personnels : la réussite de l’un est le résultat d’une chance, celle d’être né là où il fallait, pour être bien informé des règles du jeu scolaire ; l’échec de l’autre ne doit rien à des malformations personnelles, mais au fait que sa naissance n’ayant pas pu l’informer des règles du jeu scolaire, il n’a pu utiliser, dans ce qu’on lui a demandé, aucun des savoirs acquis dans sa vie personnelle.
Un "diagnostic juste" n’apparaît-il pas alors nécessaire ?
Non ! En matière de savoirs, aucun diagnostic ne sera jamais "juste" : il est impossible de savoir exactement ce que les autres savent, ou ne savent pas. Seul, chacun sait ce qu’il sait — et encore, pas toujours.
En revanche, ce qui ressortira, largement erroné, des tests et du diagnostic, sera tout de même pris pour argent comptant, avec tous les dommages psychologiques y afférents.

Ce qui doit être juste, c’est le regard sur l’enfant, à condition qu’il ne soit surtout pas "scientifique" (l’être humain répugne à être traité ainsi), mais empathique et humain.

Comment faire ? Voici des directions, et quelques propositions, à expérimenter, critiquer, améliorer [...]

Extrait de charmeux.fr du 02.05.20

[Continuité pédagogique]

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