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Historique de l’ « Ecole ouverte »

31 mars 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

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Extrait de « L’Education prioritaire » du 30.03.06 : Entretien avec Alain Seksig

Historique de l’« école ouverte : entretien avec Alain Seksig, Inspecteur de l’Éducation nationale

Vous êtes l’un des fondateurs du dispositif « école ouverte ». Comment est née cette opération ?

En 1991, je travaillais au FAS (fonds d’action social pour les travailleurs émigrés et leur famille) en charge des questions scolaires. Je faisais l’interface entre le Ministère de l’Éducation nationale et le FAS devenu depuis le FASILD. J’ai rencontré une proviseure d’un lycée de Saint Denis, Marie Danielle Pierrelée qui a beaucoup fait parler d’elle par la suite en lançant des dispositifs innovants. Elle m’avait dit qu’elle était étonnée de voir que plusieurs de ses élèves, le dimanche, passaient la barrière du lycée pour jouer au basket ou bien simplement pour s’installer sur les bancs et discuter entre eux. Elle était intriguée par le fait qu’ils étaient nombreux à venir dans la cour du lycée, surtout pendant les petites vacances.

Un jour, lors d’une réunion de travail avec Nicole Smadja (chargée de la politique de la ville à la Préfecture d’Île-de-France) et Claude Sardais (conseiller au Cabinet du ministre des Affaires Sociales de l’époque, Jean-Louis Bianco), nous cherchions une solution pour les jeunes qui ne partaient pas en vacances. Là, m’est venue tout naturellement l’idée que des établissements scolaires pourraient rester ouverts pour les accueillir. L’objectif c’était de leur proposer des activités classiques : sport, loisirs, culture mais nous avons eu l’idée d’y ajouter des actions de soutien ou de « remédiation scolaire ». En 1991, nous avons beaucoup insisté sur cet aspect des choses, restait à concrétiser cette idée. Nous l’avons peaufinée lors d’une réunion élargie à une douzaine de personnes dont André Hussenet (directeur de Cabinet du ministre de l’Éducation nationale entre 2000 et 2002) et Marie Danielle Pierrelée. Étaient également invités des responsables de la Ligue de l’Enseignement précisément de l’OROLEIS (Office Régional des Œuvres Laïques pour l’Éducation par l’Image et le Son), et du CEFISEM de Créteil.

Le ministre de l’Éducation nationale a donné son accord au ministre des Affaires Sociales et l’expérience a démarré dans une douzaine d’établissements des académies de Créteil et de Versailles.

Pourquoi ce nom : opération « école ouverte » ?

Nous avons lancé cette opération en trois semaines. Le nom « école ouverte » a été trouvé, au cours d’une réunion de la manière la plus simple qui soit, j’ai pris un papier, j’ai écrit : « école ouverte pendant l’été ». C’est passé et c’était parti ! En réalité, tout cela s’est monté en trois semaines ce qui est assez exceptionnel quand on sait comment fonctionnent nos institutions, nos administrations, etc... Très concrètement l’association OROLEIS a pu faire une avance de trésorerie pour les établissements car dans notre esprit il était évident, dès l’origine, qu’il fallait faire appel à des personnels qualifiés : enseignants d’abord mais aussi des animateurs d’associations et que tous soient rémunérés. Il n’était pas question, pour nous, que ce soit une action bénévole. Nous savions que l’action était vouée à sa perte si nous partions sur cette idée là.

Comment ont été choisis les établissements ?

Sur la base du volontariat. Je dirais même, au départ, sur le volontariat des Chefs d’établissements. Tout cela était balbutiant. On a aussi imaginé, inventé avec ces pionniers. Les premiers bilans ont fait apparaître des éléments intéressants : l’engouement des jeunes filles en particulier. Certains parents ne les laissaient pas aller dans des locaux associatifs alors qu’elles venaient à l’école avec leur bénédiction parce qu’ils trouvaient qu’elles y étaient en sécurité.

Quels étaient les objectifs de l’époque ?

Les objectifs que nous poursuivions c’était que les élèves se sentent soutenus par l’Institution scolaire. Leur montrer que pendant le temps des vacances où eux-mêmes ne partaient pas, l’école était là aussi pour eux et pouvait les aider à aller plus résolument vers une certaine forme d’aisance à l’école sinon de réussite scolaire, pour certains d’entre eux à se réconcilier avec l’Institution, à étoffer leur horizon en matière culturelle. Dès l’origine, des sorties culturelles et de loisirs étaient prévues.

Aujourd’hui, le Ministre de l’Éducation nationale, Gilles de Robien, dans le cadre de la relance de l’Éducation prioritaire préconise que dans chaque quartier d’éducation prioritaire, une « école ouverte » devra fonctionner pendant les vacances scolaires. Pensez-vous que ce soit possible puisque ce n’est plus tout à fait sur la base du volontariat ?

La notion d’obligation, elle-même, ne pose pas problème. Après tout, elle est à la base même du fonctionnement de notre Institution scolaire. La République elle-même s’oblige à scolariser les enfants. Je veux croire que cela fonctionnera, je n’en suis pas complètement certain. Ce qui a fait le succès « d’école ouverte » c’est qu’une action soit prorogée et développée au fil des années quelque soit la tendance politique du ministre en fonction... On a connu un développement en continu de cette action depuis une quinzaine d’années. C’est assez fantastique ! Elle connaît même un certain succès médiatique alors qu’en 1991, nous nous étions mis d’accord avec les chefs d’établissements et les deux Recteurs des académies de Créteil et Versailles pour ne pas médiatiser d’entrée de jeu l’action au départ. Aujourd’hui, on lance le moindre projet ici ou là et on a immédiatement une cellule de communication et on fait des dossiers de presse qu’on voit partout avant même que cela ait pu éclore ou donner le moindre résultat. Là, de nous-mêmes, nous avions décidé qu’il n’y aurait aucune communication.

Était-ce par prudence ?

C’est parce que je crois qu’on ne peut pas mettre son énergie de manière égale sur tout. L’énergie que nous avions, nous voulions la mettre à réaliser cette action réellement non pas à communiquer sur elle. On s’est dit : çà viendra en son temps. On a organisé, dès la première année, une visite sur site des ministres. Là, on en a parlé et alors cela a été une traînée de poudre ; articles et reportages se sont multipliés et cela s’est vérifié tous les ans. Dans les premières années, ce qui nous a été dit du bilan c’est que des jeunes qui étaient en risque ou en rupture scolaire et qui participaient à cette action, avaient tendance à se réconcilier avec l’école et qu’en début d’année le changement d’attitude était très net. Cela a été unanime dans tous les établissements. Aujourd’hui le constat est différent : certains chefs d’établissement m’ont dit, qu’au contraire, la fréquentation d’ « école ouverte » pouvait générer un phénomène de trop grande familiarité chez certains des élèves avec le lieu même de l’établissement. Ils étaient complètement chez eux, du fait de l’avoir fréquenté pendant l’été.

Certains rapports font état du public qui fréquente « l’école ouverte ». Il semblerait que les « décrocheurs » abandonnent « l’école ouverte ». Faut-il imaginer autre chose pour cette frange d’élèves ?

Peut-être car il faut bien admettre que cela a fonctionné aussi parce que les élèves eux-mêmes adhéraient au projet « école ouverte ». On n’a jamais eu de heurt ou de débordement, juste une fois un extincteur vidé.

Les « écoles ouvertes » vont se développer dans les établissements en Éducation prioritaire. Les municipalités mettent déjà des locaux (gymnase, salles...) à disposition, les fonds sociaux européens (FSE) participent financièrement aux actions, est-ce que ce sera suffisant pour étendre ce dispositif à l’ensemble du territoire ?

A l’origine et pendant quatre ou cinq ans, nous avions le concours de la Caisse des Dépôts et Consignations. Elle avait développé tout un programme : « développement solidarité ». Malheureusement elle ne participe plus maintenant. On peut le regretter. D’autres pourraient participer comme le ministère de la Culture qui lui-même a déjà ses propres actions, l’été, autour d’évènements culturels, etc. Il faudrait regrouper plus d’institutions, de collectivités y compris au-delà de nos frontières. Effectivement on pourrait donner un second souffle ou un troisième souffle à « école ouverte » en rassemblant encore plus largement autour de cette action et peut-être aussi en en diversifiant la durée. Par exemple, à des élèves de CM2 devant intégrer une sixième à la rentrée, on devrait pouvoir proposer des actions spécifiques au cours de la semaine qui suit la sortie des classes ainsi qu’une semaine avant la rentrée.

Pouvoir leur proposer des actions aussi bien de sorties, de loisirs, ... mais aussi des actions de soutien à la scolarité, de préparation au collège. Je suis sûr que cela emporterait l’adhésion de beaucoup de parents. On ne serait pas obligés de faire quinze jours ou trois semaines comme çà se faisait au début ; on doit pouvoir diversifier en fonction de l’âge des élèves auxquels on s’adresse. Enfin, il me semble que cette action a encore de beaux jours devant elle.

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1 Message

  • Il s’avère cependant que de légers petits problèmes de financements apparaissent d’ors déjà et que des sessions d’Ecole ouverte disparaissent sans préavis : c’est le cas aujourd’hui pour le collège Debussy à Aulnay sous BOis où, à une semaine de la session de Pâques, pour laquelle les intervenants ont travaillé à la mise en oeuvre de fiches péda, d’activités et de sorties culturrelles sont annulées sans autre forme de procès que l’annonce que la disparition de 8 jours d’école ouverte d’ici l’été en raison d’un manque de moyens...
    C’est d’autant plus ridicule que la lettre "L’Education prioritaire" n° 18 d’avril, mentionne le dispositif de Debussy comme exemple avec un exhautif détail des jours d’ouverture !!!
    C’est d’autant plus fort que l’une des mesures phares de la réforme De Robien porte sur le développement du hors temps scolaire et des sessions d’Ecole Ouverte pendant les vacances scolaires dans les EP 1, dont au passage Debussy fera parti.
    Laissons de côté la goujaterie avec laquelle on annihile le travail de préparation des intervenants enseignants dont je fais parti depuis le début de cette action à Debussy (4 ans) et que je trouve extraordinaire et épanouissante pour tous les protagonistes et soulignons une fois encore l’ineptie de réformes qui n’ont pas les moyens de leur politique, mais qui portent beau médiatiquement.
    Ou comment faire pour dégouter encore plus les enseignants qui s’investissent dans les zones difficiles... Quel dégoût j’ai ce soir pour ce que fait le Ministère, de l’Education Nationale.

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