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De la classe inversée à "la classe accompagnée" en anglais au collège REP Max Jacob de Josselin (VousNousIls)

27 août Version imprimable de cet article Version imprimable

Prof d’anglais en collège, A. Coughlin est passé de la classe inversée à la classe... "accompagnée". Pour rendre ses élèves autonomes, il leur donne un maximum de liberté.

Professeur d’anglais au collège [REP Max Jacob de Josselin, Alan Coughlin a plongé dans la marmite de la classe inversée – avant de transformer sa pédagogie en « classe accompagnée ». L’idée : rendre les élèves autonomes en leur donnant un maximum de liberté.

Comment en êtes vous venu à pratiquer la classe inversée, puis la classe “accompagnée” ?
J’ai commencé à enseigner en 2010. Dès le début, ce que je faisais ne me convenait pas : beaucoup trop d’élèves attendaient que je dirige tout, et s’ennuyaient. J’ai regardé ce qui se faisait en matière de pédagogie nouvelle. Mais je me suis rendu compte que, de Freinet à Montessori, la plupart sont difficiles à transposer dans une classe lambda de l’Education nationale, soumise à des contraintes horaires et matérielles.

Puis, en 2011, j’ai découvert la flipped classroom. J’ai appliqué sa définition stricte : donner des vidéos du contenu du cours en amont, et libérer du temps pour faire les exercices en classe. Mais dans mon collège, loin d’être favorisé, j’ai constaté que donner du travail à la maison était une illusion : pour un élève qui a la chance d’avoir des parents disponibles, pas de problème, mais pour les autres, c’était problématique. La classe inversée, dans sa définition originelle, ne pouvait pas fonctionner.

Qu’avez-vous alors voulu changer à votre pédagogie ?
En 2013, je me suis posé la question de la motivation, essentielle pour que mes élèves se mettent au travail. J’ai identifié 3 piliers. Deux que je faisais déjà – donner du sens, par la pédagogie de projets ; donner aux élèves les moyens de travailler, par la différenciation -, et un autre que je n’appliquais pas : l’autonomie.

Dans l’enseignement, on demande souvent aux élèves d’être autonomes, mais sans leur dire comment faire. Même dans la classe inversée, cette question n’était pas franchement posée. L’autonomie ne s’apprend pas en travaillant à la maison, avec des parents qui, souvent, ne savent pas comment aider leurs enfants. Elle ne s’apprend pas non plus en écoutant l’enseignant, mais en agissant. Il faut permettre à l’élève d’apprendre par lui-même, à gérer son temps et ses ressources, et à collaborer avec les autres.

J’ai rejeté la classe inversée, car pour moi, il fallait que tout puisse se faire en classe. Dès qu’on relaie quelque chose à la maison, on se défausse sur la famille d’un certain nombre de responsabilités vis-à-vis des enseignements. Je devais pouvoir les aider en classe, sur tous les aspects. S’ils devaient regarder une vidéo par eux-mêmes pour en tirer quelque chose, je devais être présent et disponible. D’où l’idée de créer une classe accompagnée.

En quoi consiste votre « classe accompagnée » ?
L’idée de la classe accompagnée, c’est que tout puisse se faire en classe. Je permet aux élèves de prendre possession de leur temps et de leur espace – la salle de classe leur appartient, plus à moi. C’est leur salle. Ils peuvent déterminer eux mêmes la disposition des tables. Ils peuvent s’y déplacer librement et utiliser l’équipement au gré de leurs besoins.

J’ai gardé ce que je faisais déjà, qui marchait bien et qui ne se faisait pas tout le temps en autonomie (travaux de groupe ou individuels, temps de mise en commun), mais j’ai aussi mis en place des parcours individuels en milieu collaboratif. Les élèves ont plusieurs séances pour réaliser leurs travaux, à leur rythme, à partir d’une une feuille de parcours, qui leur permet d’aborder le thème et les activités qu’ils veulent, dans l’ordre qu’ils veulent, seuls ou non. Je laisse mes élèves faire leurs choix. Je suis une ressource, mais en dernier recours.

On en revient aux principes d’une classe collaborative Freinet : les élèves décident eux-mêmes des choses à faire, à partir de conseils. Je ne le fais pas d’une manière aussi systématique, mais les élèves peuvent prendre un maximum de décisions. Au début, ils sont un peu décontenancés, mais ils finissent par prendre le pli. Une classe accompagnée bien lancée, c’est une classe dont les élèves entrant dans la salle déplacent les tables immédiatement, et sont déjà au travail le temps que je me lève.

Quels sont les bienfaits de votre pédagogie ?
Les élèves sont beaucoup plus à l’aise, motivés et impliqués quand ils sont autonomes. C’est une question de bien-être au travail. Personne n’aime les contraintes et le manque de confiance. Pour libérer le collaboratif et la créativité, il faut créer les conditions de l’autonomie.

Beaucoup de jeunes dans mon établissement sont des décrocheur ; ma classe accompagnée permet de ne pas les rendre malheureux en classe. Une fois au lycée et dans le supérieur, mes élèves seront décomplexés par rapport à la langue, ils n’auront pas peur de participer et de faire des erreurs. Mais il s’agit d’un processus continu et progressif : il ne faut pas vouloir les rendre autonomes d’un seul coup.

La classe accompagnée me permet de différencier, en apportant des exercices plus complexes à ceux qui sont en avance, et en aidant davantage ceux qui sont en difficulté. Mon rôle a changé : je les guide dans l’utilisation des ressources. Je suis un pédagogue, un coach. Mon rapport avec les élèves est enfin bien meilleur : entre nous, il y a une vraie entente, une confiance mutuelle qui change tout.
En quoi est-ce différent de la classe inversée ?

Ma classe accompagnée est transitoire : elle s’utilise dans un certain contexte, avec des élèves qui ont peu d’autonomie, et que l’on veut rendre autonomes. Elle est pertinente au collège, mais à un certain moment, il est possible d’aller au-delà. Une fois l’objectif d’autonomie atteint, il est ainsi possible de passer à d’autres formes de pédagogie, comme la classe mutuelle de Vincent Faillet ou la classe renversée de Jean-Charles Cailliez – quand les élèves construisent les cours qu’ils doivent apprendre, et apprennent ainsi en enseignant eux-mêmes. On peut considérer que toutes ces pédagogies, dont la mienne, sont ”des” classes inversées, et pas “la” classe inversée.

Je ne me reconnaissais pas dans la flipped classroom telle que définie il y a quelques années. Mais aujourd’hui, la définition s’est assez élargie pour englober les pratiques nouvelles, dont les miennes. Désormais, le développement de l’autonomie, le changement de posture du prof et de l’élève, et la revisite de l’espace classe font partie de ce qu’appliquent “les” classes inversées : on est sorti de la capsule vidéo en amont, finalement anecdotique. Le plus important, c’est ce qui se joue en classe. Dans la mienne, les capsules ne sont pas toujours présentes, mais quand elles le sont, les élèves les visionnent dans la salle. Tout peut être vu à la maison, mais ce n’est pas une obligation.

Extrait de vousnousils.frdu 16.02.18 : Classe accompagnée : « mes élèves prennent un maximum de décisions »

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