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Compte rendu de la première Biennale de l’Education nouvelle du 2 au 5 novembre 2017 (Cemea et ToutEduc)

9 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 20 novembre 2017

La vidéo de l’intervention de Claude Lelièvre : https://www.youtube.com/watch?v=lzD...

 

L’Éducation nouvelle : chercher, résister, combattre

La première Biennale internationale de l’Éducation nouvelle (2 au 5 novembre 2017) a posé les enjeux en matière de pédagogie : accès à tous et toutes à une éducation exigeante, émancipatrice et rigoureuse. Dans son intervention de clôture, Philippe Meirieu, grand témoin, donne les perspectives pour conduire une éducation démocratique et sociale, revalorisant savoirs, coopération et individus.

Quatre vingt seize ans après le premier Congrès international de l’Éducation nouvelle à Calais, la Biennale internationale de l’Éducation nouvelle (2017) revêt un caractère historique pour ce courant pédagogique, en rassemblant six mouvements s’y référant1. Pendant quatre jours, les conférences, les débats, les forums de pratique ont permis aux participants de mettre la pédagogie au cœur de la réflexion sur l’éducation.

Pour clôturer cette manifestation, Philippe Meirieu, a dégagé douze perspectives, douze chantiers pour l’éducation nouvelle :

L’Éducation nouvelle doit travailler inlassablement à la mise en place de formes de coopération qui profitent à tous et construisent du commun.

L’Éducation nouvelle doit travailler sur le sursis qui permet l’émergence de la pensée, l’entrée dans la réflexivité, le « nourrissage » par la culture.

L’Éducation nouvelle doit militer sans relâche pour la clarté de la formulation, la fermeté linguistique, la construction de formes de débat respectueux des principes de la « probité ».

L’Éducation nouvelle doit faire de la remise en chantier, du « travail vrai » sans cesse amélioré, de l’élaboration du « chef d’œuvre » dans « la patience d’atelier »... la forme « normale » de l’évaluation, celle qui permet « non pas de devenir meilleur que les autres, mais meilleur que soi-même ».

L’Éducation nouvelle doit faire de la rencontre avec la résistance de l’objet et du dialogue avec lui une forme de travail essentielle, constitutive de la construction de l’attention et de l’entrée dans « l’œuvre ».

L’Éducation nouvelle doit inventer de « belles contraintes » qui permettent au sujet de se construire et de s’exhausser au-dessus du « donné ».

L’Éducation nouvelle doit fonder la différence entre le pouvoir et l’autorité et faire faire l’expérience fondamentale d’une autorité qui s’exerce toujours « en tant que... »

L’Éducation nouvelle doit travailler sur la construction de cadres structurants, permettre de faire l’expérience d’un collectif où l’on peut construire son identité et être en sécurité sans aliéner sa liberté.

L’Éducation nouvelle doit faire entendre que les savoirs s’inscrivent dans une genèse et participent du mouvement d’émancipation collective des humains.

L’Éducation nouvelle doit faire de la solidarité le principe d’un service public refondé.

L’Éducation nouvelle doit être attentive à ne fermer la porte à aucun apport mais à ne jamais renoncer à les interroger sur le plan axiologique.

L’Éducation nouvelle doit faire de la question de la mobilisation collective autour des Droits de l’Enfant un enjeu global.

Vers une deuxième Édition en 2019
Cette première édition a permis à 300 personnes d’échanger, de partager, de débattre, d’être, de penser, de se connaître mieux et de vivre ensemble. L’occasion fut aussi donnée lors de 54 ateliers forums, 14 débats mais aussi lors de temps plus informels de découvrir la diversité des pratiques et des réflexions ainsi que la variété des projets de chaque mouvement d’éducation nouvelle, le tout enrichi par la mixité pluriculturelle et internationale. Cette dynamique annonce tout naturellement une deuxième Édition en 2019, année du trentenaire de la convention internationale des droits de l’enfant.

La Biennale internationale de l’Éducation nouvelle a également reçu le prix de l’association des amis de Jean Zay. Ce prix récompense une personne ou une organisation qui par son activité professionnelle et pratique et par la nouveauté de ses idées en matière de pédagogie aura rendu des service signalés à l’Éducation, à la culture et à ce qu’il est convenu d’appeler l’Éducation populaire.
Christian Gautellier

Extrait de blogs.mediapart.fr/cemea/ du 06.11.17 : L’Éducation nouvelle : chercher, résister, combattre

 

"Je suis tellement heureuse, j’ai milité toute ma vie pour la réunion des mouvements pédagogiques." Malgré les fatigues de l’âge, Francine Best* n’aurait raté pour rien au monde la "première biennale internationale de l’Education nouvelle" qui a permis aux militants de six mouvements de débattre pendant trois jours à Poitiers de ce qui fonde leur engagement.
L’ancienne présidente des Céméa, ancienne directrice de l’INRP, se souvient des efforts de son prédécesseur Louis Cros dont c’était déjà le grand projet, mais il avait tenté d’y agréger des écoles privées innovantes comme La Source, et ce fut un échec. Elle-même, avec le "Climope" avait initié un regroupement encore trop large, mêlant mouvements pédagogiques et éducation populaire, et le rassemblement s’était délité. Cette fois-ci, elle en est convaincue, il s’agit de six mouvements capables "de redonner une identité forte" à l’éducation nouvelle.

Jean-Luc Cazaillon, directeur général des Céméa qui sont à l’initiative de cet évènement, évoque aussi le contexte politico-médiatique. "Nous avons perdu la bataille de l’opinion", ce dont témoigne le retour massif à la semaine de 4 jours. "Et qu’avons-nous fait pour le contrer ? Nous étions chacun de notre côté." Et pourtant, comme s’est efforcé de le démontrer l’historien Claude Lelièvre, il est pour le moins paradoxal que les anti-pédagogues revendiquent un héritage républicain et l’emportent ainsi dans le public, alors que "les grands Républicains ont pris très au sérieux les pédagogues" et qu’un Jules Ferry voulait "des éducateurs" qui ne dictent pas la règle à l’enfant mais la lui fasse trouver. Pour le président du Conseil, l’Ecole ne pouvait pas en rester "aux rudiments" (les "fondamentaux" d’aujourd’hui) et il pensait que le dessin, l’histoire, la gymnastique et même "la promenade scolaire" étaient "la chose principale".

Guizot a choisi la forme scolaire qui prévaut actuellement
Quant à notre forme scolaire actuelle, correspondant au modèle "simultané" (un maître pour un groupe d’élèves du même âge et de même niveau, ndlr), il est hérité des Frères des écoles chrétiennes, et un Lamennais pensait qu’il avait le mérite "d’habituer l’enfant au commandement", l’autorité magistrale du maître tenant au fait qu’il est "le lieutenant de Dieu". Au contraire, le modèle mutuel (les grands aident les petits, ndlr), qui avait les faveurs de Mme Guizot, "transforme chaque établissement en République". Guizot, qui a dû faire face aux émeutes sociales, a finalement fait alliance avec les conservateurs, mais cette opposition ne se retrouve-t-elle pas aujourd’hui entre Najat Vallaud-Belkacem et son éloge de Freinet, pour qui "le maître mot est coopération" et qui rêvait d’une "République sociale et démocratique", et Jean-Michel Blanquer, davantage intéressé par Montessori, et la créativité individuelle...
Mais, font remarquer les organisateurs, ce n’est pas si simple puisque le cabinet du ministre de l’Education a commencé par leur refuser son "haut patronage" avant qu’un autre courrier n’indique qu’il répondait "avec un grand plaisir" à leur demande, et qu’il formait "des voeux de succès pour cette manifestation".

Pour Philippe Meirieu, qui se revendique de l’Education nouvelle, celle-ci n’apporte pas tant des réponses que des questions, qui sont toujours d’actualité : quels rapports entre sciences et pédagogie ? l’innovation, qui se situe toujours aux marges du système, fait-elle avancer tout le système ? Est-il d’ailleurs susceptible d’évoluer ? Peut-on parler d’une école efficace sans dire en quoi et pour qui ? Existe-t-il de "bonnes méthodes" ? Et surtout, le pédagogue doit "débusquer les ambiguïtés", les formules du type "épanouissement de l’enfant" qui n’ont pas grand sens.

"C’est la première fois qu’on construit quelque chose ensemble."
Sylvain Connac (ICEM) ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque l’école comme "un lieu où les enfants trouvent les réponses aux questions qu’ils se posent", mais Jacques Bernardin (GFEN) précise qu’il s’agit de "constituer le besoin de savoir", ce qui n’a rien à voir avec un désir spontané.
Roseline N’diaye (CRAP-Cahiers pédagogiques) ajoute "enseigner sans être pédagogue, ce n’est pas enseigner". Parmi les points communs entre les six mouvements qui se retrouvaient dans les locaux de l’ESEN (l’Ecole des cadres de l’Education nationale), la volonté très claire de se situer dans le cadre du service public, et non de "créer des écoles en marge", rappelle Jean-Luc Cazaillon (CEMEA). Mais s’ils ont beaucoup à partager, ils doivent aussi "se roder", "apprendre à travailler ensemble", ils n’ont pas les mêmes histoires, la même culture, ne serait-ce que pour gérer l’organisation d’un tel évènement. "C’est la première fois qu’on construit quelque chose ensemble." Et avec le souci de "redonner de la visibilité à nos mouvements" complète Catherine Chabrun (ICEM), mais aussi de sortir de ses champs habituels d’intervention. Traditionnellement, la pédagogie Freinet est surtout présente en maternelle et dans l’élémentaire, et beaucoup moins dans le 2nd degré. Pour S. Connac, "se retrouvent des gens intéressants qui ne se satisfont pas de l’état de l’école ... et de la société", qui éprouvent "le besoin de se retrouver pour faire front".

Cette "première biennale" pouvait-elle constituer ce moment fondateur ? Pour C. Chabrun, elle est l’occasion d’un "état des lieux", c’est la seconde qui permettra de se demander que faire ensemble. Mais si personne ne parle de "fusion", J-L Cazaillon évoque le besoin de "sortir des logiques des appareils nationaux", de créer des alliances de terrain, sur des objets communs, comme la question linguistique, qui intéresse à la fois le GFEN et les CEMEA..., de "recréer du nous identitaire". Déjà de nombreux militants sont "multi-associations". Roseline N’diaye a hâte d’être à deux ans, pour la biennale de 2019, que le titre de cette édition annonce, mais pour laquelle reste à faire un grand travail de préparation et de médiatisation, d’autant que, comme le souligne Yves Reuter, "les grands médias participent de l’incompréhension des enjeux scolaires", "des enjeux politiques qu’on ne soupçonne pas chez ceux qui résistent aux démarches pédagogiques", insiste Valérie Mélin (FESPI).

Les six mouvements organisateurs sont les CEMEA (et la Fédération internationale des CEMEA), le CRAP-Cahiers pédagogiques, la FESPI (la fédération des établissements scolaires publics innovants), le GFEN et l’ICEM-pédagogie Freinet.

Extrait de touteduc.fr du 05.11.17 : Education nouvelle : une biennale des pédagogistes pour relancer une dynamique d’émancipation

 

* Note du QZ  : Francine Best fait partie des responsables de l’OZP depuis la création de l’association.

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