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Le programme de formation d’Artiste Intervenant en Milieu Scolaire (AIMS) associe les cinq grandes écoles d’art nationales. Interview de l’Ecole des Beaux Arts de Paris et témoignages d’enseignants, artistes et élèves

11 juillet Version imprimable de cet article Version imprimable

Les grandes écoles d’art réunies autour de la transmission en milieu scolaire

Conçu en 2010 à partir d’une initiative de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, le programme de formation d’Artiste Intervenant en Milieu Scolaire (AIMS) associe, depuis la rentrée, les cinq grandes écoles d’art nationales. Une opération plébiscitée aussi bien par les artistes que par les élèves.
Entretien avec Jean-Marc Bustamante, directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et Gaïta Leboissetier, chef de projet.

Quelle est l’origine du programme AIMS ?
Gaïta Leboissetier : Tout a commencé en 2010 à un moment particulièrement intense de la vie de l’école : le diplôme national supérieur d’arts plastiques (DNSAP) allait bientôt être reconnu au grade de master, l’école ouvrait son site de Saint-Ouen, et nous avions entamé une réflexion sur des formations post-diplômes. Au même moment, nous avons rencontré les fondations Edmond de Rothschild qui souhaitaient de leur côté soutenir les initiatives des écoles d’art dans le champ social.
De là est née l’idée d’une formation fondée sur un projet artistique que des jeunes diplômés de l’école mettraient en œuvre dans le cadre d’une résidence dans une école ou un collège – de préférence dans des secteurs du réseau d’éducation prioritaire – pendant toute une année. C’est alors que nous avons rencontré les représentants de la ville de Saint-Ouen – où ont eu lieu les trois premières années – ainsi que ceux de l’Éducation nationale.

Au départ, les Beaux-Arts étaient donc la seule grande école d’art à intervenir.
GB  : En effet. A l’issue des deux premières années, pendant lesquelles les Beaux-Arts ont de fait joué un rôle de pionnier et de défricheur, la qualité et l’intérêt du travail réalisé avec les enfants étaient tels que nous avons décidé, d’une part, de faire un catalogue et une exposition restituant le travail mené, et, d’autre part, de demander à nos étudiants d’écrire un mémoire en vue de rendre cette formation diplômante. Si nous étions la seule grande école culturelle impliquée dans ce projet, sa réussite doit beaucoup à l’implication formidable de nos partenaires : l’inspection de l’Éducation nationale, qui nous a notamment soutenus pour que chaque artiste résident dispose d’un atelier à l’intérieur de l’école, et les fondations Edmond de Rothschild qui, à travers des bourses de 15 000 euros qu’ils octroyaient aux artistes, leur ont permis de véritablement développer leur propre pratique. Au bout de cinq ans, les fondations, qui soutiennent des initiatives à leur démarrage, ne pouvaient plus nous accompagner, sauf à inventer un autre projet.

C’est ainsi qu’est né le programme AIMS, qui reprend l’idée de départ en l’ouvrant aux quatre autres grandes écoles d’art de Paris, membres de Paris, Sciences et Lettres (PSL), le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, l’École nationale supérieure des arts décoratifs, et l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son (Fémis).

Les écoles d’art ont de plus en plus l’habitude de travailler ensemble…
Jean-Marc Bustamante : Aujourd’hui, les écoles d’art jouent de plus en plus la carte d’une plus grande transversalité, mais ce n’est pas toujours si simple : un étudiant en musique et un étudiant en art ne partagent pas forcément les mêmes codes. A moins d’avoir un projet bien précis, il n’y a pas intrinsèquement tant de porosité et de transversalité entre les disciplines. L’expérience PSL a offert des possibilités de croisement et de discussion, et aujourd’hui, nous sommes en effet dans une situation où les échanges sont beaucoup plus nombreux qu’avant. Le fait que Bruno Mantovani, le directeur du Conservatoire national de musique et de danse de Paris, soit lui-même artiste, nous a rapprochés. Est-ce que cette dynamique va continuer, est-ce que les artistes vont travailler à des projets en commun, cela reste à voir. Notre rôle est, sinon de favoriser les complicités, du moins de faciliter les rencontres. Ensuite, c’est une affaire de personnalité et de caractère.

Les fondations Edmond de Rothschild continuent de vous accompagner, quels sont les autres partenaires ?
GB : Grâce à l’ouverture du programme, les fondations ont une visibilité sur les quatre autres écoles d’art. Elles financent la moitié du programme, essentiellement le volet bourses. Nous avons aussi obtenu des financements de PSL et de la DRAC, destinés à mettre l’accent sur l’accompagnement pédagogique et individualisé ainsi que sur les coûts de restitution final. En ce qui nous concerne, nous avons l’habitude d’organiser une exposition à la galerie du Crous, à Paris, et d’éditer un catalogue.

Le programme AIMS témoigne de la volonté des écoles d’art de prendre toute leur part dans le dispositif d’éducation culturelle et artistique, mais il a aussi pour ambition de donner des compétences complémentaires aux jeunes artistes.

JMB : Au départ, notre objectif n’est pas que les étudiants deviennent professeurs. Certes, nous avons signé les accords de Bologne – qui ont conduit à la création de l’espace européen de l’enseignement supérieur NDLR – et ouvert une plate-forme de recherche dans le cadre d’un nouvel enseignement de troisième cycle de niveau doctoral, mais nos étudiants sont ici pour devenir artistes ou pour trouver l’expression qui leur est propre. Mais il va de soi que l’expérience AIMS est très profitable, autant pour les artistes que pour les élèves. Un intervenant qui vient en cours de dessin un après-midi, cela n’a rien à voir avec un étudiant qui s’installe pour une année, qui apporte un projet, qui arrive avec sa personnalité, ses envies, ses désirs, qui peut raconter aux enfants une exposition qu’il a vue. Je trouve très précieux que ce soit dans la durée, que le chef d’établissement de l’école accepte un artiste à demeure.

GB : La principale caractéristique du programme est d’être en position d’écart par rapport à l’enseignement traditionnel, ce qui naturellement ne remet absolument pas en cause la pertinence de celui-ci. Il vise à donner aux artistes une expérience fondatrice dans laquelle ils construisent leurs propres repères pour être un artiste intervenant en milieu scolaire. En ce sens, le programme participe pleinement au dispositif d’éducation culturelle et artistique. C’est aussi une façon de sensibiliser les artistes à la question du public. L’expérience qu’ils ont avec les enfants est unique. Ils rencontrent un public qui n’a pas les codes et le vocabulaire de l’art contemporain, cela les bouleverse et fait bouger leurs pratiques. Par ailleurs, ils sont mieux armés quand certaines opportunités se profilent. C’est un moment de leur parcours où ils n’ont pas beaucoup de rentrées financières et le diplôme peut les aider. C’est vraiment une opération gagnante-gagnante, on le voit à la façon dont les artistes en parlent encore deux ou trois ans après, c’est une expérience qui les a marqués. Et du côté des enfants, il faut voir leur fierté et leur enthousiasme le jour du vernissage de l’exposition qui présente leurs travaux.

JMB : Par ailleurs, la sélection des étudiants est faite de façon très sérieuse.
GB : Cette année, 24 diplômés se disputaient les trois bourses proposées. [NDLR : les lauréats de la première "promotion d’AIMS sont : pour l’École nationale supérieure des beaux-arts : Coline Cuni : École [REP] Daniel Renoult - Montreuil, Nicolas Courgeon : École [REP] Jean Lurçat - l’Île-Saint Denis et Ulysse Bordarias : École [REP] Paul Langevin - Saint-Ouen-sur-Seine ; pour le Conservatoire national supérieur d’art dramatique : Geoffrey Rouge-Carrassat : Collège [REP] Cesaria Evora - Montreuil ; pour l’École nationale supérieure de l’image et du son (La Fémis) : Cécile Paysant : Collège [REP] Cesaria Evora - Montreuil (voir encadré ci-dessous) ; pour l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs : Eddy Terki : École [REP] Pef – Saint-Ouen-sur-Seine ; pour le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris :Guillaume Hermen : École primaire [REP] Anatole France – Saint-Ouen-sur-Seine]

JMB : Encore une fois, ce sont des petites expériences, des petites gouttes d’eau, mais je trouve que pour faire aimer l’art, il n’y a pas mieux. Il devrait y avoir une classe dans toutes les écoles. Enfant, j’ai le souvenir de déclics de cet ordre qui ont aimanté mon désir de devenir artiste. Je crois beaucoup à la transmission. L’artiste parle de sa passion et l’enfant est passionné à son tour.

C’est un esprit que l’on retrouve dans la Via Ferrata, la classe préparatoire que vous mettez en place cette année ?
JMB : La Via Ferrata, qui ouvre sur le site de Saint-Ouen, participe en effet d’une même dynamique. En l’occurrence, comment aller convaincre dans le Grand Paris, dans des milieux modestes où les parents n’ont parfois pas très envie que les enfants fassent les beaux-arts, des jeunes de venir chez nous une année préparer l’examen d’entrée sachant que l’examen est très difficile et les écoles préparatoires très chères. Nous l’avons fait et, pour la première fois cette année, vingt élèves viennent donc d’intégrer la Via Ferrata. On peut tout à fait imaginer que des expériences en milieu scolaire vont créer des vocations à faire la Via Ferrata. Aujourd’hui, le spectre de l’École des Beaux-Arts est très large, il va des interventions en milieu scolaire et de la via Ferrata à la recherche en art en passant par le troisième cycle. À chaque fois, ce sont des expériences étonnantes. Quand nous avons mis en place la Via Ferrata, j’étais particulièrement heureux que le ministère de la Culture et de la Communication nous apporte son soutien dès le départ.

Cécile Paysant, diplômée de la Fémis : « Établir des ponts entre les disciplines et les âges »
À la veille de rencontrer les élèves du collège [REP] Cesaria Evora de Montreuil, Cécile Paysant, jeune diplômée choisie par la Fémis pour participer au programme AIMS, ne cache pas son enthousiasme : « Aujourd’hui, confie la jeune réalisatrice dont le film de fin d’études, Wellington JR, a été unanimement salué dans les festivals où il a été présenté, mon objectif est de continuer à faire des films d’animation. Cela prend du temps, il faut développer des scénarios et des univers plastiques, et, quand on débute dans le métier, on est dans une situation financière instable. L’appel à projet du programme AIMS est arrivé à point nommé. Tout à coup, tout converge, je vais travailler avec les enfants – le public auquel je m’intéresse précisément pour mes films – et je vais aller au bout d’une expérience d’animation ».
La plupart des artistes du programme interviennent dans des écoles primaires où ils travaillent dans une même classe avec le même professeur des écoles. Ce n’est pas le cas de Cécile Paysant qui intervient dans un collège où elle ne sera pas seule puisque Geoffrey Rouge-Carrassat, participant au programme pour le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, s’installe lui aussi au collège Cesaria Evora. Une particularité qu’ils entendent bien mettre à profit. « Nous avons discuté avec les professeurs du collège, la principale et les responsables du programme et nous nous sommes mis d’accord pour proposer quelque chose de différent : nous allons faire un atelier sur la base du volontariat et constituer un groupe transversal réunissant des élèves de différentes classes du collège. L’atelier sera proposé le mercredi après-midi en dehors des heures de cours pour que chaque élève puisse participer s’il en a envie, de même que les professeurs qui pourront venir nous rejoindre sans que cela empiète sur leurs heures de cours », détaille Cécile Paysant. L’enthousiasme est encore de mise quand il est question des projets que les deux artistes pourraient mener ensemble auprès des élèves. « Quand nous avons appris que nous serions l’un et l’autre dans le même collège, nous nous sommes rapidement rencontrés pour discuter de ce que l’on voulait faire. Nous allons commencer par travailler avec nos propres groupes, puis nous allons nous réunir pour proposer une activité pluridisciplinaire aux enfants. Plus largement, nous avons envie de faire des échanges avec l’ensemble de nos camarades participant au programme. Coline Cuni de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts travaille avec des élèves de CM2 dans une école primaire à côté de notre collège, cela pourrait être très intéressant de se retrouver, d’établir des ponts entre les disciplines et les âges ».

Extrait de culturecommunication.gouv.fr du 29.09.16 : Les grandes écoles d’art réunies autour de la transmission en milieu scolaire

 

Education artistique : "J’étais toujours contente de rejoindre l’atelier, j’allais pouvoir exprimer quelque chose de moi"

Comme nous l’avions évoqué en septembre, la formation d’Artiste Intervenant en Milieu Scolaire a réuni, pour la première fois, les cinq grandes écoles d’art de Paris, Sciences et Lettres (PSL). Neuf mois plus tard, nous nous sommes rendus à la galerie du Crous, située dans la très chic rue des Beaux-Arts, à Paris, où était présenté le travail pluridisciplinaire mené par sept jeunes artistes avec les élèves d’écoles et collège de Saint-Ouen-sur-Seine, l’Île Saint-Denis et Montreuil. Une réussite exemplaire (2/3).

« Pour ce tableau, Ulysse m’a dit de prendre un verre d’eau, de le renverser un peu au milieu, et de bouger dans tous les sens pour que ça donne une forme ». « Quand on voit les peintures qui sont accrochées, on se dit que c’est simple et pourtant il y a un an de travail ». « J’ai eu l’impression de me libérer grâce à la peinture ». « J’étais toujours contente de rejoindre l’atelier, je me disais que j’allais pouvoir exprimer quelque chose de moi ».
Au milieu de l’effervescence qui règne à la Galerie du Crous où sont présentés les travaux réalisés par des scolaires de quartiers sensibles sous le titre « C’est le terrain qui fait des vagues », Shérazed et Lydia, bientôt rejointes par Alexandra et Cissé, jouent volontiers les guides. Et avec quelle verve ! Élèves en CM2 à l’école [REP] Paul Langevin de Saint-Ouen-sur-Seine, les deux fillettes ont travaillé toute l’année avec Ulysse Bordarias, diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2014, dans le cadre de la formation d’Artiste Intervenant en Milieu Scolaire (AIMS).

Leur enthousiasme est à l’image de celui de leurs camarades qui naviguent joyeusement au milieu des sculptures, des peintures, des costumes, et des films sous le regard des sept artistes qui les ont accompagnés cette année, outre Ulysse Bordarias, Nicolas Courgeon, Cécile Paysant, Eddy Terki, Coline Cuni, Guillaume Hermen et Geoffrey Rouge-Carrassat, tous diplômés des cinq grandes écoles d’art parisiennes.

Grâce au programme AIMS, deux mondes se rencontrent, celui des artistes et celui des élèves. Sans cela, ils n’en auraient pas eu l’occasion

Le programme de formation d’Artiste Intervenant en Milieu Scolaire (AIMS), initié par l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2010, permet à de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur culture de mettre en œuvre un projet artistique pendant un an en milieu scolaire.

« C’est un programme unique pour les artistes comme pour les enfants. Les élèves sont habitués à travailler de façon individuelle. Aux côtés de l’artiste, ils entrent ensemble dans un processus de créativité et un espace de liberté absolue. Ils apprennent à s’écouter, à se respecter, à se parler différemment. Les enseignants nous disent qu’ils voient une évolution incroyable dans la cohésion du groupe mais aussi dans la relation que les élèves ont avec eux. C’est une expérience artistique, humaine et sociale. Des mondes se rencontrent qui n’en auraient pas l’occasion sans cela », explique Anne-Aimée Francès, responsable du pôle Arts et Culture des fondations Edmond de Rothschild, partenaire historique du programme.

Isabelle Hervé, enseignante dans la classe de Shérazed, Lydia, Alexandra et Cissé confirme : « Pendant l’année, les élèves ont progressé d’une manière spectaculaire en histoire de l’art et en pratique artistique ». Quand on lui fait remarquer que les élèves, qui plus est, parlent extrêmement bien de cette expérience, elle sourit : « Alors c’est encore plus gratifiant. Il est vrai que nous avons ouvert un blog où les élèves étaient invités à décrire leur activité dans l’atelier tout au long de l’année ainsi que les sorties au musée. Tout un travail en expression écrite a pu être mené en parallèle de l’atelier ».

L’originalité de cette édition est d’avoir réuni pour la première fois des artistes diplômés des cinq grandes écoles d’art de Paris, Sciences et Lettres (PSL). Une réussite à tous égards : « L’élargissement aux cinq écoles a donné un second souffle au programme. Les artistes se sont fédérés. Ils ont tout de suite formé un groupe très soudé, et n’ont cessé, en marge des moments où nous les réunissions, d’échanger. Chaque pratique ouvre des perspectives dont s’emparent les autres disciplines. C’était en germe dès la rentrée et cela s’est amplifié tout au long de l’année. L’interdisciplinarité est notamment très visible dans le spectacle créé par Guillaume Hermen », se félicite Gaïta Leboissetier, coordinatrice générale du programme AIMS.
Élèves, artistes, enseignants, responsables du programme, tous sont satisfaits. Sans oublier les parents. « Ce que les enfants ont réussi à faire est merveilleux, je ne pensais pas que ça irait aussi loin et j’espère que ça ira plus loin encore », dit la maman de Cissé dont le T-shirt, même passé à la machine, conserve, pour son plus grand bonheur, des taches de peinture.

AIMS, une formation diplômante pour jeunes artistes

La formation AIMS a pour objectif de donner aux jeunes artistes les compétences complémentaires nécessaires à l’intervention artistique et à la conduite de projets dans un cadre scolaire, tout en leur permettant de développer leur projet artistique personnel. Elle est fondée sur l’expérience partagée d’un projet artistique avec une classe pendant une année scolaire accompagnée d’un travail de recherche devant aboutir à un mémoire. Ce programme conduit au diplôme d’artiste intervenant en milieu scolaire, de niveau post-diplôme. Tout en favorisant les croisements et les échanges artistiques, elle permet d’enrichir les projets conduits par les jeunes artistes en milieu scolaire et la dimension didactique et réflexive attachée à la formation.

Le programme AIMS s’inscrit dans les orientations du plan en faveur de l’éducation artistique et culturelle des politiques publiques et répond à la volonté de favoriser l’accès aux pratiques artistiques dès l’école primaire. Elle apporte aux jeunes artistes des compétences additionnelles pour une meilleure insertion professionnelle.

Extrait de culturecommunication.gouv.fr du 28.06.17 : Education artistique
"J’étais toujours contente de rejoindre l’atelier, j’allais pouvoir exprimer quelque chose de moi"
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Programme AIMS : les artistes témoignent

Dernier volet de notre reportage sur le programme Artiste intervenant en milieu scolaire (AIMS) avec le témoignage des sept jeunes artistes issus de cinq grandes écoles d’art sur leur expérience en milieu scolaire (3/3).

Voir

- Eddy Terki : "Transmettre ma passion aux élèves"

Pour transmettre un peu de mon travail et de ma passion aux enfants, j’ai travaillé avec eux sur l’écriture dans l’espace, un choix directement inspiré par ma propre pratique artistique. L’expérience a été à ce point décisive qu’elle a abouti à un travail sur la transmission présenté dans le cadre du concours de la Biennale de design graphique dont je suis cette année lauréat. Aujourd’hui, je souhaite continuer à intervenir en milieu scolaire. Ce qui m’a le plus surpris, c’était de voir à quel point en dépit de leur jeune âge – entre neuf et douze ans – les enfants pouvaient être réceptifs et prendre l’atelier à bras le corps. L’un des grands atouts de ce programme est de se dérouler pendant toute une année scolaire. En un an, on a le temps d’attaquer un chantier complexe. Le luxe, c’est d’avoir la même classe six heures par semaine pendant une année. Par ailleurs, nous avons été très bien accompagnés tout au long de l’année : en septembre, avant même de rejoindre nos établissements respectifs, nous avons suivi une formation avec des professionnels qui nous ont fait partager leur expérience en milieu scolaire. C’est une aide précieuse : on bénéficie d’un regard extérieur sur notre travail tout au long de l’année.

Diplômé de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs en 2016, Eddy Terki était en résidence à l’École [REP] PEF de Saint-Ouen-sur-Seine

- Guillaume Hermen : "Entraîner les enfants avec notre force créatrice"

Mon projet avec les enfants avait pour titre « Au rythme de notre environnement ». A partir des rythmes qui nous entourent dans l’école, de les écouter puis de leur associer des œuvres musicales générant les mêmes perceptions. Je m’étais fixé trois objectifs : développer une perception musicale diversifiée, développer l’expression artistique à tous les niveaux – avec la musique mais aussi le dessin, le théâtre… Une palette très large pour emmener le plus d’élèves possibles dans cette aventure d’expression artistique –, tisser des liens à tous les niveaux. J’ai très rapidement senti, y compris dès le premier contact que j’ai eu avec eux, un enthousiasme très fort qui semblait faire écho à une nécessité : celle de chanter, de s’exprimer. Pendant l’année, j’ai été très surpris par la maturité de leur expression, et même chez certains, par la soif et la puissance de travail. Pour peu que l’on y ajoute la créativité, cela donne des résultats explosifs. Je veux dorénavant pouvoir me consacrer à des projets unifiés, où il y ait à la fois un potentiel de création et de médiation. Si on réussit à partager généreusement avec les enfants l’exigence que l’on a sur nos propres projets, alors on les entraîne avec notre force créative et eux en retour nous apportent énormément dans le processus de création.

Diplômé du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris en 2016, Guillaume Hermen était en résidence à l’École [REP] Anatole France de Saint-Ouen-sur-Seine

- Ulysse Bordarias : "Donner aux enfants des outils pour qu’ils deviennent indépendants"

J’ai commencé par organiser des ateliers découverte, où les arts plastiques étaient tour à tour envisagés sous l’angle du récit, de l’image du corps, de la rêverie… J’ai ensuite proposé aux élèves de réaliser un travail personnel. Le résultat, qui était assez éclectique, m’a donné l’envie de rassembler les travaux. Comme l’atelier de costume leur avait beaucoup plu et que je savais qu’ils aimaient la peinture, je leur ai proposé de faire des tableaux-costumes et des tableaux-décor en reprenant les images qu’ils avaient produites dans les ateliers. Le but étant de faire leur portrait à leur manière. Enfin, je leur ai proposé un pas supplémentaire, qui consistait à inventer des petites chorégraphies qui ont été filmées. Au départ, j’étais parti avec l’idée de les faire travailler autour de la biographie et, finalement, en regardant ce dont ils avaient envie, le projet a changé de nature. Si les costumes et les décors ont si bien marché, c’est parce que l’idée est venue de la classe. Le but de la résidence est de donner aux élèves des outils pour qu’ils deviennent indépendants. En regardant leurs travaux, je me suis rendu compte que je retrouvais quelque chose de moi. Cette observation m’a permis de faire le point sur mon travail, sur l’omniprésence de l’image du corps et de sa transformation notamment. Plus que jamais, j’ai envie d’explorer cette voie.

Diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2014, Ulysse Bordarias était en résidence à l’école [REP] Paul Langevin de Saint-Ouen-sur-Seine

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- Geoffrey Rouge-Carrassat : "Créer un spectacle sur tout ce que je n’ai pas pu dire aux élèves"

Je suis arrivé au collège Césaria Evora avec l’intention de permettre aux élèves de s’étonner d’eux-mêmes. Sauf que créer une sorte de laboratoire où l’on s’étonne de tout, de nous, de nos voix, de nos corps, n’amène pas spécialement à la pratique théâtrale. Je leur ai donc donné des outils pour jouer. Puis, nous sommes partis tous ensemble en forêt où nous nous sommes organisés pour vivre dans une cabane. On a créé un spectacle sur cette organisation avec les rapports de pouvoir qui se mettaient en place, un peu sur le modèle du roman de William Golding, Sa majesté des mouches. On a totalement écrit le spectacle à partir de ce qu’ils avaient inventés autour de cette cabane. Ce qui m’a le plus surpris c’est de voir à quel point on peut se faire peur. Mais une fois que l’on accepte sa peur, qu’elle n’est pas un obstacle à la rencontre, on commence à s’aimer. Aujourd’hui, cette expérience est devenue une source d’inspiration. L’année prochaine, j’ai l’intention de créer un spectacle sur tout ce que je n’ai pas pu dire aux élèves, tout ce qui fait qu’en raison du contexte, de ma pudeur, de la leur, je n’ai pas pu leur dire tout ce que j’avais à leur dire.

Diplômé du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique en 2016, Geoffrey Rouge-Carrassat était en résidence au Collège [REP] Césaria Evora de Montreuil

- Coline Cuni : "Comment transmettre aux élèves un travail abstrait ?"

J’ai un travail de sculpture, d’installation et de performance, plutôt non figuratif, en tout cas non narratif. Je me suis intéressée à la façon dont je pouvais transmettre aux enfants ce travail plastique plutôt abstrait, aux mots qu’on allait utiliser à la place des notions traditionnelles de représentation et de figuration. On a essayé de prendre des chemins de traverse pour arriver à un rapport très sensible aux matières, à la sculpture, aux gestes. On est obligé de rendre des choses plus simples, élémentaires, pour arriver à les transmettre. En début d’année, on a beaucoup travaillé autour du geste et des matières premières, puis on s’est concentré sur les relations entre les formes dans l’espace. Ce qui m’a le plus surpris chez certains enfants, ce sont des attitudes que l’on peut retrouver chez certains artistes : regarder son travail, prendre du recul, réfléchir, s’y remettre. Je ne m’attendais pas à une observation attentive à ce point, même s’il y a eu de l’autre côté un plaisir de la matière, de l’expression. Je sentais des sensibilités qui se dessinaient. Mon projet dans l’enseignement supérieur est installé depuis un certain nombre d’années : j’ai commencé à enseigner pendant mes études secondaires, je vais poursuivre dans cette voix plus convaincue que jamais. J’ai compris que si j’étais capable d’enseigner à des enfants, j’allais être capable d’enseigner à des gens plus âgés. Je pensais que ça allait être une année à côté et finalement elle est complémentaire.

Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2013, Coline Cuni était en résidence à l’École [REP] Daniel Renoult de Montreuil

- Cécile Paysant : "Les élèves arrivent à faire des choses avec rien !"

Je fais du cinéma d’animation et je viens de la section décor de la Fémis. J’ai travaillé sur ces deux aspects dans ma pratique avec les élèves. J’ai tout de suite voulu qu’ils manipulent différents matériaux, qu’ils s’approprient les principes de l’animation avant de décider ce qu’ils allaient faire. On a réalisé énormément de formes très courtes où ils travaillaient avec de la laine, du papier découpé, de la pâte à modeler, du volume, et utilisaient le banc-titre. Ils ont essayé d’animer à différentes vitesses et ils ont maîtrisé le logiciel. Je n’ai pas travaillé avec une seule classe mais avec beaucoup d’élèves sur des périodes plus ou moins longues, notamment un groupe d’élèves en décrochage scolaire. Tout au long de l’année, j’ai bénéficié d’un accompagnement exceptionnel de la part de l’équipe pédagogique. Ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est le changement dans l’attitude de certains élèves au cours de l’année. Certains sont devenus très moteurs et productifs. J’ai aussi réalisé à quel point raconter une histoire peut aussi être renforcé par le fait d’être dans une économie de moyens. Ils arrivent à faire des choses avec rien ! Dans les films que j’ai réalisés, ce qui me plaisait, c’était d’arriver à quelque chose de très fini. Dans le cadre de l’atelier, c’était impossible de parvenir à ce résultat. D’où mon choix de faire un kaléidoscope de mini-films avec énormément de techniques différentes. Les élèves ont compris que la minutie dont ils font preuve et le travail qu’ils fournissent les conduit vers un résultat à la hauteur de leurs espérances.

Diplômée de la Fémis en 2016, Cécile Paysant était en résidence au Collège[REP] Césaria Evora de Montreuil

Station de montgolfière, décor réalisé par Lydia, Nabil et Ilyes B., CM2, école [REP] Paul Langevin, Saint-Ouen

- Nicolas Courgeon : "Inventer une île inspirée de celle Jules Verne"

Au début de l’année, je leur ai proposé qu’on invente une île inspirée de l’Ile mystérieuse de Jules Verne. La première séance a consisté à construire et à jouer avec une immense montgolfière. Ensuite, afin d’imaginer l’environnement de cette île, est venue une étape d’observation de la nature, du végétal, des feuilles, prétexte qui nous a permis d’explorer les couleurs, les matériaux. Une fois que tout cela était en place, les enfants ont inventé leur espace végétal, ce qui a donné des arbres à football, à bonbons… J’ai accepté au fur et à mesure de l’année qu’il y ait un écart par rapport à la proposition initiale. Au départ, on a réalisé des choses dans lesquelles j’étais encore très présent. Ensuite, j’ai su accepter que les élèves « prennent le pouvoir ». Cela du reste faisait écho à ma propre pratique où je travaille beaucoup avec l’aléatoire, l’expérience des matériaux. Par exemple, une tortue n’est pas finie car ils se sont lassés de la peindre. Ce n’est pas grave, car ces objets ont une poésie. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils aillent si vite, à ce qu’ils aient un rapport aussi immédiat aux choses. Notre travail a aussi consisté à faire en sorte d’accepter les ratures. Je leur ai montré le travail de Jackson Pollock. Ils ont bien compris que c’était quelqu’un qui travaillait avec son corps à l’échelle de l’atelier de l’espace. Ce que j’ai expérimenté cette année l’a été dans une liberté totale. Je n’ai pas envie de m’arrêter là. Je travaille par ailleurs au sein d’un collectif d’artistes. La clarté, la simplicité dans l’énonciation d’une idée sont primordiales. Je vois de plus en plus mon travail personnel comme quelque chose de collaboratif.

Diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2015, Nicolas Courgeon était en résidence à l’École [REP] Jean Lurçat de l’Île-Saint-Denis

Extrait de culturecommunication.gouv.fr du 30.06.2017 : Programme AIMS : les artistes témoignent

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