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Louis Maurin (Observatoire des inégalités) : Le discours sur le déclassement des classes moyennes et des intellectuels occulte la prépondérance du diplôme, qui sépare le monde des “stables” et celui des “flexibles”

3 avril 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

« Les tensions de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées »

Les diplômés ont-ils pris en otage le discours sur les inégalités au détriment des classes populaires ? C’est ce qu’explique Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

[...] En bas de l’échelle sociale, enfin, on observe un phénomène vraiment nouveau depuis notre précédent rapport de 2015 : la baisse de niveau de vie réel des plus pauvres. Là, il ne s’agit plus de stagnation [comme pour les classes moyennes, NDLR ] , mais bien de marche arrière.

[...] Même avec la massification scolaire, il y a encore deux France dans le rapport aux études supérieures ?

Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle : d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons.

Vous êtes vous-mêmes assez critique sur le « déclassement » social que connaîtraient les « intellos précaires » et plus généralement les catégories diplômées…

Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les « intellos précaires », est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.

Je ne veux surtout pas nier qu’il y a de vrais phénomènes de déclassement pour certains diplômes universitaires : les niveaux scolaires ne conduisent plus aux mêmes positions qu’hier. Comme pour les revenus, ce qui compte est l’écart entre les aspirations et la réalité. Au passage, c’est pour cela qu’il est totalement absurde de traiter les Français de « pessimistes », comme le laissait croire un rapport de France stratégie opposant la perception des inégalités par les Français à la « réalité ».

[...] « Le diplôme est devenu une des protections majeures, qui sépare le monde des “stables” et celui des “flexibles”. »

[...] Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école : essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les « grandes écoles », et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué.

Extrait de slate.fr du 29.03.17 : « Les tensions de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées »

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