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Familles - école. Construire une confiance réciproque, par Jean Louis Auduc, Editions Canopé, 2016. Entretien du Café pédagogique avec l’auteur et analyse de ToutEduc

14 décembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Familles - école. Construire une confiance réciproque
Jean Louis Auduc,
Collection : Éclairer
Editions Canopé, 01.10.20162016. ISBN : 978-2-240-04279-8

L’ambition de cet ouvrage est :
• de lever les incompréhensions faisant obstacle aux bonnes relations entre les parents d’élèves et l’école,
• de donner quelques pistes pour les améliorer.

Extrait de reseau-canope.fr  : Familles - école. Construire une confiance réciproque

 

Propos de Jean-Louis Auduc recueillis par Gilbert Longhi

Jean-Louis Auduc est agrégé d’histoire. Il a été directeur des études à l’IUFM de Créteil, où il a notamment mis en place des modules de formation aux relations parents-enseignants. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le système éducatif et sur laïcité en milieu scolaire.

Entre les parents et l’école, quels sont les points de tension récurrents qui justifient la publication de votre livre ?

Il y a aujourd’hui beaucoup de « points chauds » entre les familles et l’école, notamment dans les domaines de l’évaluation, de l’orientation et des sanctions disciplinaires. Plus globalement, beaucoup de parents aujourd’hui ne comprennent plus le sens, les missions d’une école qui ne ressemblent pas à celle qu’ils ont pu connaître, ce qui laisse le champ libre à tous les démagogues pour « casser » le service public de l’éducation nationale.

Depuis trois décennies, le rôle des parents s’est développé dans les établissements… Pourtant nombre d’élus de parents d’élèves ont l’impression de servir de potiches … Comment expliquer cette impression ?

Il y a effectivement des discours sur le rôle et la place des parents dans les établissements scolaires, mais concrètement, il n’y a pas dans les instances existantes, comme disait un syndicaliste, de « grain à moudre » pour que leurs représentants puissent concrètement montrer à quoi ils servent. De plus, pour prendre un exemple, le mot « parent d’élève », leur place dans l’école, le collège ou le lycée, n’est à aucun moment évoquée dans les programmes d’éducation civique et morale où l’on évoque l’école, la construction de l’autonomie du jeune, ce qui n’est pas dans le cas dans les programmes similaires d’autres pays européens.

Votre livre évoque le réseau de connivences qui existait autrefois autour de l’école… Les relations entre l’école et les familles étaient idylliques au temps jadis ?

La situation était bien loin d’être idyllique, il y a quarante ans, mais les parents dans leur majorité comprenaient les missions de l’école. Les associations de parents d’élèves étaient puissantes (plus de 2 millions d’adhérents contre 600 000 aujourd’hui pour les deux principales fédérations du public), et l’aspiration aux poursuites d’études pour tous les enfants étaient fortes…

Cette situation a été détruite, faute d’avoir inclus les familles dans une démarche de co-construction des réformes successives de l’éducation. On peut dire que pour les familles les plus éloignées de l’école, celles qui sont restées au bord du chemin de la massification, la nature de l’école, d’un lieu de promesses est devenue un lieu de menaces.

Vous notez l’existence d’un « délit d’initiés »… Est-ce à dire que certains parents sont mieux traités que d’autres par l’école ?

A l’inverse des parents restés au bord du chemin, les parents qui maîtrisent les mutations de l’école, le choix des options (plus on optionnalise, plus on ségrégue) sont aujourd’hui à l’aise.

Faire rentrer toutes les familles dans l’école, c’est empêcher que cela perdure. J’aime bien citer Didier Eribon qui dans son livre « Retour à Reims » pointe bien ce délit d’initiés : « Un enfant des classes populaires, même quand il est très bon élève, a toutes les chances d’emprunter les mauvais chemins (...) et de se retrouver toujours à l’écart et en dessous des voies d’excellence (…) en s’émerveillant d’avoir accès à ce qu’évitent soigneusement ceux qui savent. En fait, on croit accéder à ce dont on était auparavant exclu, alors que quand on y accède, ces positions ont perdu la place et la valeur qu’elles avaient dans un état antérieur du système. »

Vos travaux vous amènent à recommander à l’école « d’informer clairement » les parents… Vous avez un exemple d’information absconse en direction des parents ?

L’école ne sait pas vulgariser sa fonction, ses missions, ses programmes. Quand on veut informer les parents sur les nouveaux programmes de 2016, on le fait en évoquant les programmes précédents, alors que pour les parents scolarisés en France, il faudrait faire référence aux programmes d’il y a vingt-cinq ou trente ans pour leur expliquer le pourquoi des modifications.

Que dire du « livret scolaire numérique », si ce n’est que si l’on veut empêcher tout parent n’ayant pas Bac + x (et encore !!) de comprendre où en est leur enfant, on ne ferait pas mieux, sauf si l’on veut affaiblir le service public !

Que dire des sigles des formations technologiques (STMG, STI2D, ST2S) si ce n’est qu’ils n’ont pas pour vocation de montrer aux familles les contenus et les débouchés possibles de ses filières !

Vous citez Régis Debray qui critique la notion même de « parents d’élèves » car les parents ont des enfants et seule l’école a des élèves. Pouvez-vous préciser en quoi cette remarque est lourde de conséquence ?

Dans notre monde de surexposition à des informations via les réseaux sociaux, il est fondamental de ne pas découper le jeune « en tranche de salami » et de faire qu’il y ait cohérence éducative entre les divers acteurs de la formation d’un jeune.

Aujourd’hui, ce n’est pas seulement dans l’école que peuvent s’acquérir des savoirs et des compétences, mais aussi dans des activités sportives, socioculturelles, avec différents associations… La co-construction d’un projet pour le jeune, la co-éducation sont des enjeux importants si on ne veut pas que le jeune se trouve livrer à de mauvais gourous ou de mauvais bergers …

Vous écrivez : « Parents, élèves et enseignants peuvent et doivent construire, ensemble, une école plus rassurante et bienveillante pour tous… » . Si l’on vous prend pour un doux dingue … Vous vous fâchez ou vous défendez votre idée ?

Il faut toujours avoir un horizon, une vision à long terme pour avancer. Je suis persuadé que si l’école dans toutes ses composantes et les familles n’agissent pas ensemble, on laissera beaucoup d’entre elles désemparées, déboussolées et que cela peut être très grave pour l’avenir d’une démocratisation nécessaire de notre système éducatif.

Rassurer en les insérant pleinement dans l’école les familles, toutes les familles sur les potentialités de leurs enfants, c’est éviter que certaines, parmi le premières visées, ne trouvent normales, de retirer dès 13/14 ans leur enfant du système scolaire…

Extrait de cafepedagogique.fr du 09.12.16 : Jean-Louis Auduc : Il y a beaucoup de « points chauds » entre les familles et l’école…

 

"La place des parents dans l’école est devenue légitime. Cela n’a pas toujours été le cas et pèse encore aujourd’hui", rappelle Jean-Louis Auduc dans "Familles-Ecole, construire une confiance réciproque". L’ancien directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, "où il a notamment mis en place des modules de formation aux relations parents-enseignants", se souvient de la formule de Jacques Muglioni reprise par Régis Debray qui considère comme "parfaitement impropre le syntagme ’parents d’élèves’, car si les parents ont des enfants, seule l’école a des élèves" ! La "co-éducation, symbole d’une coopération étroite entre les familles et l’école", n’est donc pas une évidence. Pourtant, "les recherches menées en France et à l’étranger convergent sur le fait qu’un dialogue constant et constructif entre parents et enseignants a une influence positive sur la réussite des élèves et le climat scolaire". Pour le dire autrement, la coopération est une nécessité, pour le bien des élèves comme des enseignants, mais elle est tout sauf naturelle, même si les circulaires ministérielles rappellent "la nécessité d’oeuvrer en permanence à améliorer les relations entre les parents et l’école, particulièrement dans les situations où elles sont les plus fragiles".

L’auteur liste les difficultés. "Depuis deux siècles, les familles entretenaient une vision mythifiée et fantasmée de l’école comme vecteur d’ascension sociale (...) Aujourd’hui, aucun parent n’est assuré que son enfant vivra, dans le futur, mieux que lui ; ces incertitudes (...) sont imputées à l’école" d’autant que celle-ci connaît des changements rapides que personne ne vient expliquer aux familles. "La France est un des rares pays d’Europe où n’existe sur aucune chaîne à diffusion nationale une émission d’information concernant l’école, ses programmes et son fonctionnement (…). Or, en vingt ans, les programmes scolaires du primaire ont été modifiés trois ou quatre fois." Les parents "peinent à comprendre ce que l’école attend d’eux et de leurs enfants".

Un quiproquo
D’ailleurs, pour les familles "les plus éloignées de la culture scolaire", "ce qui compte, c’est la ponctualité, le comportement en classe et la quantité de travail fournie à la maison pour faire un exercice, même si le résultat obtenu n’est pas celui demandé par l’enseignant".

Les difficultés peuvent aussi être dues à l’école et au système social. "Les professions de l’enfance et de l’adolescence, comme celles qui sont en prise avec le quotidien de la population, se sont, en une vingtaine d’années, massivement féminisées", et les jeunes garçons sont confrontés à "l’absence dans l’environnement de référent masculin" tandis que dans les familles recomposées, "la femme apparaît le plus souvent comme le pivot permanent, solide, constant". Les enseignants sont aussi confrontés à la diversité des opinions et des valeurs des familles alors que le rôle de l’école, "service public de la République", est "de diffuser des connaissances, des repères liés à des valeurs qui organisent le bien commun".

On peut arriver à des situations de blocage, "lorsque la divergence débouche sur le conflit persistant, et se traduit par le refus de tout dialogue (...) Il apparaît donc nécessaire d’élaborer un nouveau mode de relations" entre les familles et l’école. L’auteur liste toutes les instances réglementaires, tous les textes qui le permettent et donne des exemples de bonnes pratiques, comme cette école maternelle où chaque famille "est reçue avec son enfant par la directrice en mai ou en juin", bien en amont de la première rentrée. Il donne ainsi une série de conseils pratiques aux enseignants et aux familles, avec en conclusion une sorte de tableau de bord des moyens de "forger un sentiment commun d’appartenance sans nier la diversité des identités de chacun".

Extrait de touteduc.fr du 06.01.17 : Familles - Ecole : améliorer les relations sans nier les difficultés (J-L Auduc)

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