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Retour sur l’important numéro d’Education & formations avec des études sur le décrochage et sur la motivation au CP (Dossiers du MEN et du Café)

20 avril 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Inégalités sociales, motivation scolaire, offre de formation, décrochage
Élèves et apprentis - Revue Éducation et formations - n° 90, avril 2016

Dans ce numéro de la revue Éducation & formations consacré aux élèves, certaines contributions sont essentiellement méthodologiques et proposent de nouveaux outils permettant, par exemple, de mieux appréhender le statut social des élèves ou de calculer les chances d’obtenir le baccalauréat pour un élève de sixième.
D’autres s’intéressent aux caractéristiques individuelles des élèves telles que leur motivation pour la lecture en cours de CP, leurs motifs de décrochage, les raisons de leur recours et de leur maintien dans une structure de retour à l’école ou un dispositif « deuxième chance ».
Enfin, une étude sur plus de 600 000 élèves se focalise sur les disparités d’orientation en fin de troisième ou de seconde générale et technologique selon leur niveau scolaire et selon leur académie d’origine.
Certains de ces articles sont issus de travaux réalisés par des chercheurs dans le cadre d’une collaboration avec la DEPP ou dans le cadre de l’appel à projets de recherche « L’égalité des chances à l’École » lancé en 2012 par la DEPP, le Défenseur des droits et le Commissariat général à l’égalité des territoires.

Construction d’un indice de position sociale des élèves
Thierry Rocher, MENESR-DEPP
L’origine sociale des élèves est le plus souvent appréhendée par la profession et catégorie sociale (PCS) de leurs parents. L’idée de construire un indice dérivé de la PCS, qui puisse mesurer la position sociale des élèves répond à deux besoins issus des études statistiques des performances scolaires des élèves. En premier lieu, la PCS des parents est certainement la variable la plus utilisée dans le champ des études sur les inégalités sociales à l’école, mais elle peut montrer certaines limites à remplir son rôle de repérage central des disparités de réussite scolaire. Cet indice aurait pour vocation de synthétiser davantage de dimensions (sociales, économiques, culturelles). En second lieu, le profil social d’ensembles plus larges que le simple individu se laisse difficilement appréhender à l’aide de la nomenclature des groupes socioprofessionnels. Une mesure quantitative permet de passer plus facilement du niveau de l’élève à celui de la classe ou de l’établissement scolaire. Un indice peut ainsi servir d’instrument pour la mesure des effets de contexte qui sont au cœur des problématiques actuelles de la sociologie de l’éducation. En outre, il peut donner une mesure plus fiable et plus robuste de la mixité sociale dans les établissements. En réponse à ces deux préoccupations, la solution envisagée et présentée dans cet article est la suivante : une transformation de la PCS des parents en un indice de position sociale.

Analyse dynamique de la motivation des élèves en début de scolarité obligatoire en fonction de la nature de leurs interactions avec l’enseignant
Olivier Cosnefroy, Cécile Nurra et Philippe Dessus, Univ. Grenoble Alpes

L’objectif général de cette recherche est de mieux comprendre l’évolution de la motivation des élèves en début de scolarité obligatoire (cours préparatoire) tout en interrogeant les facteurs sur lesquels il est possible d’intervenir afin d’influencer le niveau de motivation et son évolution au cours de l’année, comme la qualité de la relation élèves-enseignant. En début, en milieu et en fin d’année de cours préparatoire, 270 élèves de 45 classes ont été interrogés. Des observations collectées individuellement auprès des élèves, ainsi que quatre cycles d’observation des pratiques enseignantes sur une échelle standardisée, ont permis de mettre en relation ces pratiques avec l’évolution de leur motivation pour la lecture durant une année. Les résultats montrent que les élèves présentent majoritairement une motivation pour la lecture stable et élevée tout au long de l’année, mais que cette tendance moyenne masque des évolutions spécifiques plus variables, notamment décroissantes. Il apparaît que la qualité du soutien à l’apprentissage fourni aux élèves par l’enseignant augmente la probabilité des élèves d’appartenir au groupe motivationnel stable et élevé.

Parcours des élèves en difficulté scolaire. Influence de l’offre de formation et de l’académie
Nicolas Miconnet, MENESR-DEPP
L’orientation dans la voie générale et technologique après la troisième dépend fortement des politiques académiques d’orientation et de l’offre de formation, en particulier pour les élèves en difficulté scolaire. Seulement 13 % de ces derniers sont orientés en seconde générale et technologique dans les académies de Caen, de Nantes ou de Rennes, contre 38 % en Corse. Cinq groupes d’académies peuvent être définis pour expliquer l’orientation post-troisième. En fin de seconde générale et technologique, le type de lycée à proximité dans l’académie influence de nouveau le choix entre séries générales et technologiques pour les élèves de faible niveau scolaire. Entre les académies d’Orléans-Tours ou de Rennes et celle de Corse, la probabilité de passage en première générale varie du simple au double (de 22 % à 44 %) pour le quart des élèves considérés comme les plus en difficulté scolaire.
Le sommaire détaillé sur le site du MEN

Les motifs de décrochage par les élèves. Un révélateur de leur expérience scolaire
Pierre-Yves Bernard et Christophe Michaut, Université de Nantes

Pour quelles raisons une partie des élèves interrompent-ils, au moins temporairement, leurs études ? Les recherches ont désormais bien établi les différents facteurs sociaux et scolaires conduisant au décrochage scolaire. Mais la perception qu’ont les jeunes des conditions et des situations justifiant leur décrochage est moins investiguée. Or on peut s’interroger sur les façons dont les jeunes motivent eux-mêmes leur décrochage scolaire, et en quoi cela reflète, ou non, une forme spécifique de rapport à l’institution scolaire. Une première enquête conduite en 2013 dans l’académie de Nantes révélait une forte lassitude du système scolaire considéré par une majorité des jeunes comme inadapté, sélectif et injuste [Bernard et Michaut, 2014]. Nous poursuivons ici ce travail, à partir d’une enquête réalisée dans l’académie de Créteil. Près d’un tiers des jeunes décrocheurs y ont ainsi été sollicités par téléphone ; et un échantillon représentatif de 762 jeunes a accepté de répondre au questionnaire. Interrogés sur les motifs de leur décrochage, les jeunes manifestent massivement leur souhait de rejoindre le marché du travail et leur rejet de l’institution scolaire. Les modélisations statistiques et les classifications révèlent que les motifs d’interruption sont davantage associés à l’expérience scolaire des jeunes qu’à leurs conditions sociales.

Les motifs de décrochage par les élèves. Un révélateur de leur expérience scolaire
Comment faire pour refaire ? Les décrocheurs scolaires qui raccrochent
Joël Zaffran et Juliette Vollet, Université de Bordeaux

Si les facteurs du décrochage scolaire sont connus, les éléments constitutifs du raccrochage le sont moins. Or, après avoir décroché de l’école, et après une période plus ou moins longue, les jeunes peuvent soit solliciter une structure de retour à l’école, soit entrer dans un établissement de formation par alternance. Cet article traite donc des parcours des décrocheurs qui raccrochent auprès d’une structure à visée strictement scolaire ou d’un dispositif de remise à niveau scolaire et d’insertion professionnelle. Dans le premier cas, il s’agit d’une structure de retour à l’école (microlycée), et dans le second cas d’un dispositif de « seconde chance » (école de la deuxième chance ou établissement public d’insertion de la Défense). Prenant comme objet le raccrochage, l’article se fonde sur des entretiens avec des jeunes. Et l’analyse est menée à partir d’une approche séquentielle des parcours en trois temps : le décrochage, le raccrochage et l’accrochage. Les résultats mettent en lumière d’une part les ingrédients du raccrochage qui proviennent du passé scolaire et de la biographie du jeune, et d’autre part les vecteurs de l’accrochage qui tiennent à l’organisation du dispositif et à la façon de recomposer la forme scolaire. Au final, l’article montre que le raccrochage et l’accrochage sont les séquences d’un processus d’ajustement des aspirations et des attentes du jeune au fonctionnement du dispositif.

 

LE DOSSIER DU CAFE PEDAGOGIQUE (du 18 et du 20.04.2016)

Comment l’Ecole peut causer et réparer le décrochage

Deux nouvelles études publiées par la revue Education & formations (n°90 avril 2016) interrogent l’Ecole sur sa participation au décrochage des élèves. Que le "marre de l’école" soit u facteur dominant du décrochage, on le savait depuis une étude nantaise, réalisée en 2013, de Pierre Yves Bernard et Christophe Michaut. Une nouvelle recherche réalisée par eux dans l’académie de Créteil ne change pas la donne. Mais elle montre que le fichier de décrocheurs utilisé par l’Education nationale sont loin de toucher à la réalité. Joël Zaffran et Juliette Vollet se sont attaqués à "l’accrochage" des jeunes. Et eux aussi mettent an avant les changements opérés dans la forme scolaire. Si les facteurs familiaux, sociaux ou économiques ont leur part dans le décrochage, c’est quand même toujours l’Ecole qui domine cette problématique.

Quels sont les motifs de décrochage ? En 2014, Pierre-Yves Bernard et Christophe Michaut (Université de Nantes) avaient présenté au LIEPP une première étude portant sur le fichier de décrocheurs de l’académie de Nantes. " Dans les déclarations des jeunes, il y a une dénonciation très forte de l’Ecole", disait PY Bernard. Pour lui, si les jeunes mettent en avant l’attrait de la vie professionnelle ou le désir de gagner de l’argent, huit sur dix confient "en avoir marre de l’école".

L’étude de l’académie de Créteil
Leur nouvelle étude porte sur le fichier des décrocheurs de l’académie de Créteil C’est un fichier beaucoup plus important contenant 13 527 noms à partir duquel les auteurs ont pris 2061 contacts et ont obtenu 762 réponses pour leur enquête.

La particularité de cet échantillon c’est d’abord le fort nombre de descendants de l’immigration (55%) et de jeunes qui ne sont pas nés en France (17%). Les décrocheurs les plus nombreux ont quitté l’enseignement professionnel (69° contre 23% pour le lycée général et technologique.

Il y a aussi une différence de motifs entre les genres : " les modélisations révèlent ainsi que les filles évoquent plus souvent la difficulté du travail scolaire et les problèmes personnels ou de santé , alors que les garçons avancent plus volontiers la quête de l’argent, une mésentente avec les enseignants ou l’exclusion de la formation", disent les auteurs.

On retrouve à Créteil les mêmes raisons avancées par les décrocheurs : je voulais avoir une activité professionnelle (68%), j’en avais marre de l’école (64%).

Cinq portraits de décrocheurs
Mais les auteurs vont plus loin et dressent cinq portraits de décrocheur. "La première classe, intitulée « de grandes difficultés scolaires », est caractérisée par le cumul de motifs de rupture : problèmes personnels et mésentente avec les enseignants et les autres élèves, peur d’échouer et méthodes pédagogiques jugées inappropriées, sentiment d’insécurité. Ces jeunes, à travers les motifs de décrochage scolaire, expriment une expérience scolaire très négative, souvent synonyme de souffrance", disent les auteurs.

Un deuxième groupe « rejet de l’institution scolaire », "se caractérise par la combinaison de motifs orientés vers le projet professionnel et un ensemble de motifs liés aux rapports aux savoirs scolaires, à l’orientation et à l’organisation de l’école, jugeant très négativement une formation souvent non choisie. Mais à la différence de la première catégorie, cette expérience n’est pas jugée négative en matière de socialisation avec les pairs, bien au contraire".

Le troisième groupe, les « désengagés », "est constitué d’élèves déclarant ne pas avoir eu d’attrait particulier pour le marché du travail, mais mettent en avant des motifs plutôt d’ordre scolaire (méthodes d’enseignement jugées inadaptées, cours inintéressants) ou liés à l’entourage, se plaignant plus souvent de ne pas avoir été aidés. Provenant plus souvent de l’enseignement général et de milieux légèrement plus favorisés que les autres classes, surtout en matière de niveau de diplôme des mères, ils manifestent une plus grande conformité aux règles et aux valeurs scolaires que les deux groupes précédents. Ils sont caractéristiques de parcours scolaires sans trop d’histoire jusqu’au lycée, où le décrochage se manifeste plus souvent dans les classes d’enseignement général, ou en terminale professionnelle".

Le quatrième groupe, « attrait de la vie active », est caractérisé par la prééminence des motifs reliés au marché du travail. Le décrochage scolaire est vécu comme la sortie d’un système éducatif jugé plutôt positivement.

Le cinquième groupe, celui des « décrocheurs discrets », exprime "une forte adhésion aux règles et valeurs scolaires, reconnaissant l’utilité des savoirs scolaires, déclarant s’être bien entendus avec les enseignants.. Le décrochage est ici perçu comme un accident, sans mettre en cause l’institution scolaire".

La dimension socialisatrice de l’Ecole rappelée
Au final pour les auteurs, "si on retrouve dans nombre d’études la présence de motifs reliés au marché du travail, ou à des problèmes que les jeunes ramènent à leur situation personnelle, c’est bien à des motifs scolaires que les jeunes imputent majoritairement leur décrochage. Toutefois ces motifs scolaires relèvent de plusieurs sous-ensembles". Pour eux on est dans le registre de "ce que l’école fait aux individus", comme machine uniforme destinée à trier et orienter.

Ce qui est plus nouveau c’est que Pierre Yves Bernard et Christophe Michaut mettent aussi en avant la dimension socialisatrice de l’école. " Si pour beaucoup de jeunes en décrochage, les relations sociales avec les autres se sont bien déroulées, pour d’autres cela a été une source de profond malaise. C’est le cumul des difficultés avec les règles et les pairs qui constitue le « noyau dur » du décrochage scolaire ", écrivent-ils.

Un fichier académique qui ne reflète pas la réalité
Dernier point intéressant de leur étude : les carences du fichier académique. " L’enquête révèle la médiocre qualité des outils d’accompagnement des jeunes en décrochage scolaire", disent-ils. "Plus de 40 % des jeunes interrogés à partir du fichier déclaraient n’avoir jamais décroché, et plus de 60 % des jeunes de la liste n’avaient pas été contactés par les professionnels. Il est nécessaire de s’interroger sur la portée d’un outil standardisé au niveau national, mais qui semble ne pas répondre véritablement aux besoins des personnels en charge de l’appui et de l’accompagnement des jeunes en rupture scolaire".

 

Comment raccrocher ?
Joël Zaffran et Juliette Vollet (Université de Bordeaux) se sont intéressés au raccrochage. Comment s’opère t-il ? Qu’est ce qui fait l’envie vient et comment s’opère l’accrochage dans une structure scolaire (microlycée par exemple) ou éducative (école de la deuxième chance, EPIDE). Pour cela il sont mené près de 170 entretiens avec des décrocheurs (120) et des formateurs.

L’étude restitue toute la dimension personnelle de la volonté de changer de vie et de se raccrocher. Souvent cela implique de renoncer à son réseau amical pour s’en constituer un nouveau à partir des jeunes rencontrés dans le dispositif de raccrochage.

Le poids du traumatisme scolaire
Mais , plus que ce passé personnel, c’est le passé scolaire qui jour un rôle premier dans l’accrochage. C’est lui qui est toujours présent et qu’il faut, au jour le jour , conjurer. " La capacité des formateurs de se démarquer des usages scolaires traditionnels et d’une pédagogie « classique » est une condition de l’ajustement du dispositif aux jeunes", écrivent les auteurs. " La trace des humiliations est profonde. Elles sont perçues par les jeunes comme une cérémonie de dégradation orchestrée par les professeurs et se manifestant par un rabaissement en public".

" On est pris en compte là-bas. Quand on arrive en retard, on se fait pas gueuler direct dessus, c’est : “mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?”, explique Aurore, élève d’un microlycée. "Ils essaient de comprendre ! Au début on leur sort une excuse bidon mais au final ça donne envie de parler, de dire la vérité en fait. On a envie de dire la vérité, on a plus envie de mentir “ah bah c’est le train il est pas arrivé.” À l’école normale, c’est plus de la grosse indifférence".

" C’est pas les mêmes cours qu’à l’école ! On a du projet personnel et ça pour moi c’est plus concret déjà et moi j’ai besoin de concret pour faire des trucs. Et du coup, la journée elle passe vite !", explique Paolo (élève d’une E2C).

Revisiter la forme scolaire
"Cette réassurance provient des enseignants et de leur façon de revisiter la forme scolaire. Mais plutôt que de remettre en cause l’ordre scolaire, les entorses au modèle classique de gestion des élèves le renforcent par le crédit nouveau que les jeunes accordent à la pédagogie du dispositif en comparaison à celle qu’ils ont subie", disent les auteurs.

Pour les auteurs, l’accrochage "dépend en partie du fonctionnement du dispositif et de sa capacité à recomposer la forme scolaire. Pour les jeunes ayant eu des rapports conflictuels avec les enseignants ou qui n’avaient pas l’impression d’être soutenus dans leur scolarité, les relations avec l’équipe pédagogique sont mises en avant pour expliquer leur accrochage, quand les jeunes qui avaient des difficultés de compréhension pointent davantage l’individualisation des enseignements ou l’absence de notation. Pour les jeunes ayant été isolés durant leur scolarité ou qui imputaient leur décrochage aux « mauvaises fréquentations », le groupe est le support de leur accrochage. Tous ces ingrédients de l’accrochage se mêlent à la capacité des adultes de sortir le décrocheur du statut d’élève, de mener un travail éducatif qui déborde la salle de cours voire les murs du dispositif, d’enseigner autrement".

Cette publication ne doit pas faire oublier l’étude diligentée par par l’Ifé, le Commissariat à l’égalité des territoires et l’Acsé publiée en février 2016. D Glasman, P Rayou, et E Bautier y montraient une pédagogie souvent classique à l’oeuvre dans les structures de raccrochage et les limites de la motivation pour faire réussir les élèves. Un vrai travail sur les difficultés scolaires est aussi nécessaire et finalement ce sont les mieux armés au départ qui s’en sortent le mieux.

Ce que montrent les trois travaux c’est que la forme scolaire est bien au coeur du processus de décrochage / raccrochage là où certains mettent en avant les situations familiales ou sociales. Une dimension reste à préciser : le fichier de Créteil montre le poids de l’immigration dans le décrochage. C’est un autre chantier pour l’Ecole qui s’ouvre.
François Jarraud

Education & formations n°90
L’article de 2014 de Pierre Yves Bernard et Christophe Michaut
L’étude de D Glasman, P Rayou, et E Bautier
Le dossier Décrochage

Extrait de cafepedagogique.net du 18.04.16 : Comment l’école peut causer et réparer le décrochage

 

Comment motiver les élèves en CP ?

A priori ils sont très motivés les élèves de CP pour apprendre à lire et à écrire. Mais Olivier Cosnefroy, Cécile Nurra et Philippe Dessus (Univ. Grenoble Alpes) montrent dans une étude publiée dan Education & formations n°90, que ce n’est pas le cas de tous. Comment influencer leur motivation et améliorer en conséquence leur niveau ? Ils avancent des pistes....

En apparence la motivation des élèves de CP parcourt toute l’année scolaire sans perte. Pourtant Olivier Cosnefroy, Cécile Nurra et Philippe Dessus (Univ. Grenoble Alpes) vont nuancer ce tableau enchanteur au terme d’une étude portant sur 270 enfants de 45 classes de la région de Grenoble.

Tous les élèves de CP ne sont pas motivés
Ils ont étudié régulièrement au cours d’une année scolaire de CP l’évolution de différents critères. D’abord le soutien émotionnel apporté par l’enseignant aux élèves, la gestion de la classe, les stratégies d’apprentissage et le niveau en lecture et écriture. Ils ont utilisé une méthode éprouvée (CLASS) pour évaluer finalement la motivation des enfants.

Le premier résultat c’est de casser l’idée que tous les enfants du primaire sont motivés. On sait que la motivation diminue au collège de la sixième à la 3ème. Et on pensait qu’elle était stable au primaire. En fait ce que montre l’échantillon réuni par les auteurs c’est que c’est plus complexe.

" Les élèves tendent à présenter un niveau de motivation pour la lecture en début de CP qui restera constant toute l’année. Cette forte stabilité moyenne de la dynamique motivationnelle vient cependant recouvrir des différences interindividuelles importantes lorsque l’on fait l’hypothèse qu’au sein de notre population il puisse exister des sous-populations dont la dynamique pourrait être qualitativement différente", notent-ils. "Cette hypothèse, rarement testée, a été confirmée ici et mise au jour par deux méthodes distinctes. Il existerait un groupe majoritaire stable-élevé (entre 65 % et 85 %) d’élèves dont la motivation pour la lecture est élevée et stable jusqu’en fin de CP. Un deuxième groupe nommé décroissant (entre 5 % et 30 % d’élèves) présente un niveau légèrement inférieur en début de CP que le groupe stable-élevé et décroît linéairement jusqu’en fin de CP. Enfin, le dernier groupe (≈ 7 %), fluctuant, présente un niveau de départ presque deux fois plus bas que les deux autres groupes avec une décroissance jusqu’en milieu d’année puis tend à croître jusqu’en fin d’année."

Et cela a à voir avec la pédagogie
Le deuxième apport de l’étude c’est de faire le lien avec la pédagogie de l’enseignant. " Nous avons également tenté d’apprécier les facteurs susceptibles de rendre compte du fait que les élèves puissent suivre des trajectoires de motivation pour la lecture différentes. Les résultats des modèles multiniveau expliquant la probabilité d’appartenance à chacun des groupes montrent un effet significatif du soutien à l’apprentissage fourni par l’enseignant. Le fait que la qualité de la relation élèves-enseignant ait un impact sur la dynamique motivationnelle est un résultat qui est ici retrouvé pour la première fois chez des élèves français", notent ils.
Les auteurs pensent avoir trouvé les éléments qui influencent la motivation. Pour eux cela tient à un enseignement à la fois riche dan son environnement et explicite. " Ce soutien, lié à une explicitation meilleure des buts et contraintes des conditions de l’apprentissage, induirait une plus grande motivation chez les élèves étudiés". Promouvoir le développement conceptuel en explicitant conduit les élèves à raisonner et à analyser et donc à comprendre les étapes pour réussir.
François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 20.04.16 : Comment motiver les élèves en CP ?

 

voir aussi
Au sommaire d’Education & formations d’avril 2016 (DEPP) : indice de position sociale des élèves, décrochage, influence de l’offre de formation académique sur l’orientation...

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