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"Je ne capitule pas," par M.S. Lamoureux, Editions Don Quichotte, 2015 : le témoignage d’une prof de banlieue après les attentats de janvier 2015

23 août 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 01.09.15 :
[...] Après un passage remarqué sur Canal+ en janvier dernier pour parler de laïcité sur le plateau du Grand Journal, elle a écrit pendant trois mois un livre témoignage après le choc des attentats de janvier. Son point de départ, les questions que ces attentats ont soulevées parmi ses élèves et les réactions qu’elle a entendu ici et là sur le rôle de l’école à ce moment charnière de notre histoire.
Je ne capitule pas est sorti ce jeudi 27 août aux éditions Don Quichotte. Au fil des quelque 300 pages, il est question de ce à quoi l’école ressemble, d’un espace libre, ouvert et qui tente d’évoluer grâce à tous ceux qui travaillent en son sein.

[...] En occultant volontairement, les lieux et les dates précises de ce qu’elle raconte, l’enseignante partage des tranches de sa vie de prof. Dans sa classe, on débat de Dom Juan, de Rousseau, de la langue française mais aussi de science-fiction, un genre qu’elle apprécie tout particulièrement ou de rap. Comme dans un livre sur les adolescents pour les nuls, Marie-Sandrine Lamoureux tente de combler le fossé que les a priori et les préjugés ont creusé entre ces adolescents de collèges et lycées ZEP et nous. "Non, ce n’était pas plus facile avant, non, les adolescents ne sont pas plus difficiles aujourd’hui, s’indigne-t-elle. Ils pensent toujours en noir ou blanc quand nous, adultes, nous pensons en gris".

Extrait de huffington.post du 30.08.15 : Marie-Sandrine Lamoureux, prof de français de banlieue, qui voulait faire la paix

 

M.S. Lamoureux est "prof de français" en banlieue. Pas "professeur(e)". Même si le titre qui lui confère sa légitimité est important à ses yeux, c’est la réalité de ses émotions quotidiennes qui souvent la submergent, depuis le premier jour de sa première classe, mais plus encore le 11 janvier. "Je n’ai pas entendu un seul de mes élèves se réjouir que des meurtres aient été commis. Je les ai vus bafoués dans leurs convictions parce que des gens avaient trahi leurs idéaux en se prétendant leurs frères. Je les ai vus inquiets et en souffrance parce que les adultes ne répondent pas aux questions qu’ils se posent : quelles sont les valeurs à suivre ? Qui dois-je croire ? Ai-je encore le droit d’être heureux ?"

Elle tente depuis plus de vingt ans d’y répondre avec ce qu’elle porte en elle, l’amour de la littérature, et le sens qu’elle donne à son métier, "faire le truchement" entre "la centaine d’ados qu’on (lui) confie tous les ans" et ses "potes" à elle, Montaigne, Aristote, La Boétie, Molière, Voltaire, Hogo, Desnos, Prévert ou Camus, mais aussi Schmitt, Pennac, Daoud, Abd Al Malik...

Ne pas capituler face à la "rhinocérite"
Les attentats de janvier et les réactions qu’ils ont suscitées, dans ses classes comme chez les politiques et les journalistes ont déclenché chez elle la rage d’écrire et de décrire son quotidien, quand, "de ruses en détours, (elle) fini(t) quand même par leur faire lire quelques beaux textes", quand le cours dont elle a longuement élaboré la construction "vient de se casser la figure" parce qu’une élève l’interpelle sur une question d’actualité, ou quand elle fait un grand geste maladroit qui expédie ses lunettes au loin, se trouve ridicule et qu’une élève lui dise qu’il est "chouette" d’avoir une prof à ce point passionnée...

Ce sont aussi ses rapports avec l’administration, parfois mesquine ou stupide, et parfois généreuse et intelligente. L’auteure nous dit aussi son ambivalence face à la ministre, son sentiment qu’elle "a pris la mesure de la tâche à accomplir" après les attentats, mais qu’elle a maladroitement commencé "par un constat d’échec" de l’Ecole. En revanche le document sur les "pistes pédagogiques" qui a suivi est "bref, efficace, pratique". Elle émaille son texte de remarques générales sur la pédagogie, elle voit d’ailleurs dans Le Cercle des poètes disparus le récit d’ "une grave erreur pédagogique" qui conduit au suicide d’un adolescent. Car pour elle, ce sont manifestement les élèves qui sont "au centre", et les anecdotes sont toujours là pour illustrer leur humanité, leurs qualités, et les bonheurs que l’enseignement procure, même et surtout avec des classes faibles. Ils donnent leur sens au titre de son livre.

Comme le héros de Ionesco face à la "rhinocérite", elle "ne capitule pas", elle ne renonce pas à leur apprendre "la nécessité de vivre ensemble" et "l’intelligence du choix de la laïcité" avec l’aide de Voltaire et de quelques autres.

C’est sans doute parce que ce livre porte l’idée que la transmission de savoirs, en l’occurrence des textes littéraires, est indissociable de la personne qui les porte que M.S Lamoureux est "prof" plus que "professeur(e)". Elle est aussi un(e) écrivain(e) qui peut se permettre de bousculer la langue pour dire sa rage, comme le feraient les jeunes qu’elle veut toucher au plus profond.

"Je ne capitule pas", Don Quichotte éditions (Le Seuil), 320 p., 18,90 €

Extrait de touteduc.fr du 22.08.15 : Après les attentats de Charlie Hebdo, les enseignants "ne capitulent pas" (livre)

 

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