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Les devoirs à la maison creusent considérablement les écarts entre les élèves de familles populaires et les autres. Interview de Patrick Rayou (Univ. Paris 8) par le Café pédagogique

12 septembre 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

"Le bien fondé du travail hors la classe n’est pas évident", écrit Patrick Rayou dans l’ouvrage "Faire ses devoirs" publié par les Presses Universitaires de Rennes. Pourtant on assiste à une recrudescence des devoirs, y compris quand les textes les interdisent, comme au primaire. Les devoirs participeraient-ils d’une croyance sur l’éducation ?

L"ouvrage dirigé par P. Rayou interroge le devoir sous des angles complémentaires, sociologique ou pédagogique. Pourquoi le devoir résiste-t-il aussi bien aux injonctions officielles ? Comment est assurée la continuité entre le travail fait en classe et celui à faire à la maison ? Comment est-il reçu dans les familles alors que nombre d’entre elles ont très tôt arrêté l’Ecole ? Patrick Rayou nous éclaire sur ces points.

[...] il ne semble pas que les devoirs soient utiles aux élèves qui ont le plus besoin de compléter des apprentissages qui n’ont pas été convenablement mis en place pendant les séquences de cours.

[...] Pour l’équipe qui a conduit cette enquête, il est clair que le report à la périphérie de la classe ou à l’extérieur de l’école des moments dans lesquels les élèves sont censés être actifs peut se révéler très discriminant. Car travailler de façon autonome requiert des dispositions qui sont sans doute beaucoup plus acquises dans les familles qu’au sein de l’école. Entre les parents qui ne peuvent qu’exercer une contrainte morale sur leurs enfants pour qu’ils fassent leur travail et ceux qui peuvent expliquer « à chaud » comment on fait un brouillon ou quand on peut considérer qu’un exercice est fini, il y a d’énormes différences. Il nous semble que l’ « externalisation » du travail scolaire creuse considérablement les écarts.

[...] Les familles populaires, longtemps tenues à l’écart de l’école, sont aujourd’hui invitées à prendre leur place dans la scolarité de leurs enfants. Ce partenariat, socialement très intéressant, recèle cependant des pièges du point de vue des apprentissages. Car les codes de la culture et du travail scolaires ne sont pas spontanément visibles et maîtrisables par tous. Dans certains cas, notamment dans les familles d’origine étrangère et malgré leur immense bonne volonté, ce sont des manières d’apprendre très éloignées de celles que suppose plus ou moins explicitement l’école française contemporaine qui sont diffusées. On imagine les conflits de loyauté et les conflits cognitifs auxquels elles soumettent involontairement leurs enfants.

Extrait de cafépedagogique.net du 11.09.13 : Devoirs : autour d’un malentendu. Entretien avec Patrick Rayou

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