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75% des enseignants en REP disent avoir été confrontés au moins une fois à une contestation de la laïcité, selon un sondage Ifop pour la Fondation Jean Jaurès (ToutEduc)

6 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Une pénétration croissante du religieux dans le système scolaire (IFOP - F. Jean Jaurès, Charlie Hebdo)
Quelque 80 % des enseignants affirment "avoir déjà été confrontés au moins une fois au cours de leur carrière à une revendication liée à des croyances ou pratiques religieuses". C’est ce qu’annonce un sondage de l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès et Charlie Hebdo, "à l’occasion du sixième anniversaire de l’attentat de Charlie Hebdo".

Ces revendications sont de divers types : demandes de repas confessionnels, halal ou casher, absences de jeunes filles à des cours d’éducation physique et sportive, refus d’entrer dans des lieux à caractère religieux lors de sorties scolaires, désinscriptions "afin de continuer ses études à la maison ou dans un établissement privé confessionnel", refus de donner la main à quelqu’un au nom de convictions religieuses. Plus d’un enseignant sur trois (36 %) a "rencontré, durant leur carrière, des contestations d’enseignement ou de contenus d’enseignements au nom de convictions religieuses, philosophiques, politiques". Ce phénomène serait en augmentation, 53 % des enseignants du 2nd degré "disent que dans leur école ou leur établissement scolaire, des enseignements ont déjà été l’objet de contestations (...) soit une augmentation de sept points par rapport à l’enquête IFOP-CNAL de 2018 (...). Ils sont 7% à déclarer y faire face régulièrement (3% en 2018) et 17% de temps en temps (12% en 2018)".

Sont particulièrement visés par cette augmentation les cours d’Éducation physique et sportive, d’enseignement moral et civique, les cours de sciences tandis que l’Histoire-géographie, les Lettres, la Philosophie, les Arts, la technologie ou l’enseignement professionnel connaîtraient une baisse qui reste à expliquer.

L’étude réalisée du 10 au 17 décembre auprès d’un échantillon de 801 enseignants des 1er et 2nd degrés en France métropolitaine montre aussi que "tous les territoires semblent aujourd’hui concernés par ces formes de contestation : écoles, collèges et lycées, territoires urbains et ruraux, et ce, quelle que soit la région", même si "les problèmes se révèlent avec une plus grande acuité encore dans les banlieues populaires", en Ile-de-France et dans le Sud-est, et en éducation prioritaire "puisque 75% des enseignants en REP disent avoir été confrontés au moins une fois à une contestation de la laïcité". C’est par ailleurs au collège "que se posent avec plus d’acuité les problèmes de revendications ou de contestations", mais le 1er degré n’est pas épargné : "27% des professeurs du 1er degré disent avoir déjà été confrontés à des problèmes liés au port de signes religieux."

Pour la fondation Jean-Jaurès, le constat s’impose, "la pénétration de la question religieuse (...) tend à se poser à tous les niveaux de l’institution scolaire", et pour tous les enseignants. D’ailleurs, 19 % des professeurs interrogés disent avoir constaté au moins une forme de contestation ou de désapprobation lors des cérémonies d’hommage à Samuel Paty, "des justifications de violences", "des refus de la minute de silence", "des injures ou provocations lors de la minute de silence". "Les chiffres du ministère semblent bien en dessous de ce que fut la réalité des contestations et manifestations de tensions", d’une part parce que beaucoup de ces incidents "apparaissent comme mineurs", "sont gérés à l’intérieur des classes" et ne font pas l’objet d’un signalement, mais aussi parce que "nombre d’enseignants continuent d’agir avec prudence vis-à-vis des remontées d’incidents", souhaitant éviter une "stigmatisation" de leurs élèves, un argument que réfute la fondation qui y voit "une vision compassionnelle et donc victimaire", une attitude qui ne vient pas en aide aux élèves dont les comportements "sont autant de signes de radicalisation ".

L’enquête montre pourtant "que 84% des enseignants ayant été témoins ou ayant appris une contestation d’enseignement l’ont signalé" souvent à leurs pairs ou aux personnels de direction de l’établissement, mais "très peu se tournent vers le référent du rectorat (5%)". C’est que "seuls 54% des enseignants disent avoir reçu un soutien total de leurs personnels de direction (...). Ces taux descendent bien plus bas quand il s’agit du rectorat." Un tiers des enseignants jugent que la réaction des personnels de direction a été "trop complaisante". C’est davantage le cas des 40 - 49 ans alors que les plus jeunes la trouvent plus souvent "trop ferme".

L’enquête porte aussi sur le phénomène d’autocensure. Près d’un professeur sur deux "dit s’être déjà autocensuré dans le secondaire". Ils ne sont toutefois que 5 % "à déclarer s’autocensurer régulièrement" mais 22 %, "de temps en temps" (contre 10 % en 2018). A noter encore que "25 % des enseignants interrogés pensent que Samuel Paty a eu tort de faire un cours sur la liberté d’expression à partir de caricatures de presse (...). Les jeunes professeurs apparaissent plus critiques que leurs aînés." C’est aussi le cas des professeurs enseignant dans les banlieues populaires" et des professeurs "qui se déclarent proches de la France Insoumise", à l’inverse de ceux qui sont proches de FO, moins souvent critiques.

Extrait de touteduc.fr du 06.01.21

 

Sondage : les enseignants confrontés à une contestation en hausse de la laïcité à l’école

En partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, l’institut de sondage Ifop a réalisé une enquête publiée ce 6 janvier auprès des professeurs concernant les formes de séparatisme religieux émanant des élèves. Les résultats montrent que la contestation de la laïcité, en nette hausse, est une réalité à laquelle la grande majorité des enseignants doivent désormais faire face.
Ce mercredi 6 janvier, la fondation Jean Jaurès et l’Ifop publient le premier volet d’un nouveau dispositif d’enquête, « l’Observatoire des enseignants », déclenché en réaction à l’attentat subi par le professeur Samuel Paty : en interrogeant en décembre un échantillon de 801 enseignants, il s’agissait d’obtenir des informations sur la place des contestations de la laïcité dans leur métier, leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de la place de la religion dans l’enceinte scolaire. La première salve de cette étude examine donc l’ampleur et la forme des contestations de la laïcité à l’école. Le constat, dressé par Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire et directeur de l’Observatoire de l’Éducation de la Fondation Jean-Jaurès, est clair : les résultats font « apparaître une prégnance conséquente du religieux qui s’est immiscé dans la vie professionnelle des enseignants. »

En effet, pas moins de 80% des professeurs interrogés affirment avoir déjà été confrontés au moins une fois au cours de leur carrière à une revendication liée à des croyances ou pratiques religieuses, dont 59% dans leur établissement actuel. Le phénomène, massif, est aussi en progression, puisque 53% des enseignants au collège ont déjà été l’objet de contestations, contre 46% lors d’une enquête Ifop-CNAL menée en 2018. Un enseignant sur quatre déclare même être régulièrement témoin ou victime d’incidents ayant trait à la laïcité dans son établissement. Contrairement à un préjugé, les difficultés ne sont pas rencontrées uniquement dans les écoles, collèges et lycées de banlieues populaires ; elles y sont certes plus fréquentes, de même que dans des régions comme l’Île-de-France ou le sud-est, mais les revendications religieuses se produisent sur tout le territoire national.

Les incidents liés à la laïcité sont les plus nombreux au collège, où 46% des professeurs en font état, mais le primaire n’est pas épargné (26%), le lycée (38%) encore moins. On retrouve une grande diversité d’anicroches de toutes natures, mais certaines sont plus fréquentes que d’autres, comme les incidents concernant la restauration scolaire ; les jours de classe manqués liés à l’exercice d’un culte ou à la célébration d’une fête religieuse ; les contestations d’enseignements sur la laïcité, la sexualité ou l’égalité entre filles et garçons ; les absences de jeunes filles à des cours de natation ou de sport. Au total, 53% des enseignants ont observé de la part d’élèves des formes de contestation au nom de la religion, et 59% des formes de séparatisme religieux à l’école. L’Ifop a en outre mesuré un cas particulier, celui des cérémonies d’hommage à Samuel Paty, lors desquelles 19% des professeurs (et 34% de ceux qui enseignent en REP) ont constaté au moins forme de contestation ou de désapprobation : justifications des violences, refus de participer à la minute de silence, injures ou provocations… Des chiffres qui tranchent avec les seuls 793 signalements recensés par le ministère de l’Education nationale le 18 novembre dernier.

UNE AUTOCENSURE MASSIVE
Face à cette montée en puissance de l’intrusion du religieux à l’école, deux questions se posent aux professeurs : doivent-ils s’autocensurer pour éviter des troubles, et doivent-ils signaler les faits lorsque ceux-ci adviennent ? Parmi les 801 enseignants interrogés par l’Ifop, 49% disent déjà s’être autocensurés dans le secondaire, un nombre en progression sensible : ils étaient seulement 36% en 2018. Par ailleurs, 22% disent s’autocensurer « de temps en temps », contre seulement 10% deux ans plus tôt. En banlieue populaire, ce sont 70% des profs qui déclarent avoir modifié le contenu de leur cours par prudence. Le signalement des incidents est largement répandu, puisque 84% des enseignants interrogés s’y sont prêtés, contre 16% n’ayant rien dit. En revanche, le signalement ne se fait quasiment jamais auprès du rectorat (5%), et pas si souvent auprès de la direction de leur établissement (56%). Une explication pourrait résider dans le manque de soutien dont estiment bénéficier les profs : près de la moitié évoque un « soutien total », 86% un « soutien partiel » au niveau de l’établissement, des chiffres qui descendent à 21% (soutien total) et 54% (soutien partiel) s’agissant du rectorat. C’est auprès de leurs collègues (73%) que les enseignants estiment avoir le plus reçu un appui sans équivoque.

Malgré ces données, l’Ifop note toutefois que le corps enseignant reste en partie divisé sur certaines questions de laïcité : ainsi, si 75% des professeurs estiment que Samuel Paty a « eu raison de faire un cours sur la liberté d’expression en s’appuyant sur des caricatures de presse », 9% pensent qu’il a eu tort, et 15% ne souhaitent pas répondre. La démarche du prof d’histoire-géo tragiquement assassiné est soutenue par les trois quarts des enseignants du public, mais seulement par les deux tiers de ceux du privé ; 40% des professeurs déclarant croire en une religion se rangent du côté des critiques ou des silencieux, de même que 35% de ceux qui enseignent dans les banlieues populaires, « peut-être plus nombreux à penser qu’il faut, à l’école, tenir compte de la sensibilité religieuse des élèves » selon Iannis Roder, de la Fondation Jean Jaurès.

Extrait de marianne.net du 06.01.21

 

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"La laïcité est le plus essentiel des combats". Alors que JM Blanquer fait de la laïcité son cheval de bataille en vue des régionales, l’affaire du collège Les Battières [hors éducation prioritaire] de Lyon rappelle la triste réalité du #pasdevague. Pris à partie par un parent d’élève début novembre, un professeur d’histoire-géographie du collège finit par demander sa mutation. Le rectorat affiche un soutien sans faille. Mais c’est l’enseignant qui change d’établissement et veut maintenant quitter son métier. Le rectorat promet de l’accompagner jusqu’à la sortie...

Extrait de cafepedagogique.net du 06.01.21

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