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Créée en 2016 par une jeune professeure, la section Hip Hop du collège REP+ Garcia-Lorca de Saint-Denis remporte de nombreuses victoires malgré les réserves des parents

26 février

La section Hip Hop du collège Garcia Lorca : le son et l’action au service de la réussite des élèves

Des étoiles dans les yeux et sur les murs

« Hip Hop Lorca » : les lettres du graff, rendues plus impressionnantes par leurs formes enflammées, se détachent sur un fond étoilé. Majestueux et altier, le dessin frappe le regard quand on arrive au premier étage de l’établissement. Son aura incontestable, dans ce couloir aux murs d’un vert un peu daté, n’a d’égale que sa valeur ; il a été réalisé par les élèves de la section Hip Hop de l’établissement, répondant justement au nom de « Hip Hop Lorca », en novembre 2022, à New York.
Rien que ça ! Plus qu’un dessin réalisé par des élèves d’une même section, ce graff symbolise à lui tout seul l’engagement d’une professeure, Emilie Fritz, pour ses élèves.

Emilie Fritz, une professeure engagée et passionnée

Car, il faut le rappeler, cette section n’a pas toujours existé au collège Garcia Lorca. C’est dans cet établissement, situé dans les quartiers nord de Saint-Denis, à la limite d’Aubervilliers et de la Courneuve, que la jeune professeure atterrit en 2015, en tant que TZR, pour quelques mois de remplacement en fin d’année. Elle finira par demander à y rester l’année suivante, par le biais des mutations académiques.

Cette passionnée de danse contemporaine a voulu se lancer dans une nouvelle aventure avec ses élèves et c’est vers l’Hip Hop, un art qui l’attirait depuis toujours, que ses vœux se sont portés. Férue de danse et de cultures urbaines, elle avoue pourtant, avec une modestie qui lui fait honneur, qu’elle a « appris avec les élèves » cette discipline exigeante et exaltante à la fois.

L’AS Hip Hop ouvre en septembre 2016. Proposée parmi d ’autres disciplines sportives, telles que les arts du Cirque, en partenariat avec l’Atelier Fratellini, situé à Saint-Denis, l’atelier Hip Hop rencontre un succès certain. Mais Mme Fritz a plus d’ambition et elle souhaite donner au Hip Hop une place plus importante dans l’établissement. Après avoir repéré des élèves qui correspondaient bien aux attentes de la section, elle se constitue un vivier et entame les démarches administratives nécessaires ; la section ouvre ses portes aux élèves en septembre 2017. Cette dernière réunit des élèves d’âges variés ; deux équipes aux noms rutilants la composent, « The Shield », réunit les 6 ème et les 5 ème et « Criminalz », regroupe les 4 ème et les 3 ème.

Une section qui remporte de nombreuses victoires

L’investissement des élèves et de leur professeure conjuguée à leur persévérance ne tardent pas à porter leurs fruits. Ils remportent la cinquième place du championnat de France en 2019 et en 2023, ils montent fièrement sur la troisième marche du podium, après une césure de plusieurs années suite au COVID.

Des projets et des partenariats qui renforcent les liens intergénérationnels

Parallèlement, Mme Fritz multiplie les partenariats et les projets ; elle se lance cette année dans un spectacle avec la compagnie Boogie-saï, menée par Mme Marguerite Mboulé. L’idée de ce projet est ambitieuse : il réunit l’équipe des élèves les plus âgés, « Criminalz » pour un spectacle qui sera filmé dans des lieux incontournables de la ville, comme le parvis de la Basilique. Les élèves doivent interpréter des chorégraphies des années 1980 sur une playlist hype de l’époque. Ce projet est aussi nourri par des partenariats avec d’autres établissements, partenariats qui se font dans le cadre du dispositif CAC (Culture et Arts au Collège).
Les étudiants du BTS audiovisuel du lycée Suger de Saint-Denis, assez proche de l’établissement, assurent le filmage et le montage des scènes, en étant épaulés par des étudiants de la filière Cinéma de l’Université Paris 8. La diffusion du film se fera le 22 juin au cinéma « L’écran » de la ville de Saint-Denis. Par ailleurs, l’équipe des plus jeunes, « The Shield », bénéficie d’interventions de danseurs grâce à Mme Amanda Coutouzis, coordinatrice d’actions culturelles de la Villette.

Mais ces partenariats se doublent aussi des visites des « anciens » de la section, véritables « mentors », qui aident les jeunes de la section à s’investir encore plus et à profiter de la rigueur de leur discipline pour la mettre au service de leur scolarité.
Les ponts ne s’arrêtent pas là ; Mme Fritz a développé des échanges avec les écoles du réseau, dans le cadre de la liaison CM2-6 ème , afin de promouvoir la section et d’encourager les inscriptions à l’entrée en sixième.

Néanmoins, Mme Fritz explique que cette section n’est pas toujours accueillie favorablement par les parents qui y voient une surcharge horaire pouvant porter au préjudice à la scolarité de leur enfants.
Malgré des échos positifs, relayés par les anciens élèves et par ceux qui la suivent actuellement, les préjugés vis-à-vis de cette discipline, associée aux cultures urbaines, restent encore bien tenaces.

Une détermination à toute épreuve malgré les difficultés

La section vise certes l’excellence dans la pratique du hip hop mais elle a aussi vocation à développer le sens de la discipline et de la rigueur des élèves, tout ceci au bénéfice de leur scolarité. Les élèves inscrits dans la section sont énormément investis, mais pour autant, cet investissement ne les éloigne pas des autres disciplines où ils doivent aussi exceller, a fortiori s’ils veulent poursuivre en lycée. La sélection des dossiers se fait surtout sur les résultats scolaires.

Si l’impact du suivi de cette section est indéniable sur la majorité des participants, il n’en reste pas moins que la question du recrutement demeure un point sensible. La frilosité des parents constitue encore un frein, que Mme Fritz souhaiterait lever pour donner encore plus de poids à cette section dans l’établissement et contribuer ainsi au rayonnement de celui-ci dans le bassin. Les établissements proposant cette section dans la région francilienne sont peu nombreux, et la poursuite de cet enseignement en lycée est soumis, comme nous l’avons vu, à une sélection dont les critères sont très exigeants. Le lycée Turgot, à Paris, et le lycée Jean-Jacques Rousseau, à Sarcelles, sont les seuls à la proposer ; la concurrence est donc rude et les élèves en ont bien conscience.

En dépit de ce qui pourrait s’apparenter à des entraves, Mme Fritz, soutenue activement par la principale de l’établissement, Mme Sarrazin, est déterminée à poursuivre ses efforts. Le voyage qu’elle a fait avec ses élèves à New York en novembre 2022, où elle a dû affronter de multiples difficultés administratives, représente une des meilleures formes d’aboutissement de ces dispositifs pédagogiques porteurs pour les élèves. Plus qu’une section, « Hip Hop Lorca » est une sorte de point d’attache, un point d’accroche, nous dirons même quasi familial , à la scolarité des élèves qui la suivent. Ce voyage et l’expérience de cette section resteront sans doute des points d’ancrage importants dans la mémoire de ces élèves évoluant dans un quotidien souvent difficile.

Extrait de carep.ac-creteil.fr du 05.02.24

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