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Recrutement, GRH, missions, budget... : un rapport du Sénat sur l’éducation (Le Café, ToutEduc)

10 juin

Additifs du 10.06.22

La synthèse du rapport Longuet

 

La crise dans le recrutement des enseignants n’épargne ni la France ni les pays voisins
Alors que la rentrée fait craindre une pénurie de professeurs, un rapport présenté, jeudi, en commission des finances au Sénat, tente de décrypter la situation en misant sur les comparaisons internationales. Les pistes avancées touchent à l’organisation même du système.

[...] Différencier les salaires ? C’est l’une des pistes qu’ouvre le rapport Longuet (en plus de la formation, l’accompagnement, l’évaluation…). Il suggère ainsi d’étudier les « possibilités juridiques » pour permettre de mettre en place une « bonification » de la rémunération dans les disciplines et les territoires où le déficit est le plus important. Cela semble compliqué du point de vue du droit pour les titulaires ; moins pour les contractuels. « Un prof motivé de maths ou de français dans un collège de Seine-Saint-Denis est un bien rare. Donc, il vaut cher », a fait valoir le rapporteur lors d’un échange avec la presse, en défendant « l’idée de l’offre et de la demande ». Un « chiffon rouge » pour les syndicats, même si le mécanisme des primes en éducation prioritaire relève déjà de cette logique.

Extrait de lemonde.fr du 10.06.22

 

Un rapport sénatorial pousse à la privatisation de l’éducation
Comment remédier à la crise de recrutement de l’éducation nationale ? En laissant les chefs d’établissement recruter et en différenciant les salaires, répond le rapport rédigé par le sénateur LR Gérard Longuet pour la Commission des Finances du Sénat. Il veut augmenter "la productivité" des enseignants en augmentant leurs missions et en restructurant le réseau d’établissements de façon à en réduire le nombre. Ce rapport sénatorial va un peu plus loin que les annonces d’Emmanuel Macron. Mais il les éclaire en dévoilant l’objectif budgétaire : répartir la marge budgétaire dégagée par la chute du nombre d’élèves dans les années à venir. La privatisation de l’Ecole c’est comme les retraites...

Les enseignants français payés comme les gardiens de la paix

"Je me suis fait plaisir en écrivant ce rapport car j’ai envie de laisser des questions ouvertes et le thème de l’attractivité est l’occasion de dérouler tous les problèmes de relations humaines de l’éducation nationale". Le sénateur Longuet s’est souvent fait plaisir avec l’Education nationale. On se souvient du rapport de 2016 qui, dans le même souci de productivité, demandait d’augmenter de 5 heures hebdomadaires le temps de service des certifiés et de 8 celui des agrégés. Le tout gratis.

Le rapport présenté le 9 juin est apparemment moins offensif. Mais sous le titre "Crise d’attractivité du métier d’enseignant : quelles réponses des pays européens ?" il appelle en fait à une réforme libérale de l’Education nationale et il explique pourquoi elle va se faire.

Pour G Longuet, la crise de recrutement des enseignants est européenne et pas seulement française. Par exemple la Suède doit trouver en urgence 77 000 professeurs , l’Allemagne 15 000. Le taux de démission en France, en hausse rapide, parait d’ailleurs insignifiant par rapport à celui de l’Angleterre. Retenons que pour G Longuet, le problème n’est pas seulement de recruter mais aussi de retenir les enseignants.

Il ne cache pas des spécificités françaises. Bien sur le salaire. Dans un récent rapport il avait déjà montré que les salaires des enseignants français sont inférieurs à la moyenne européenne de 15%. "Par rapport aux autres fonctionnaires, le salaire net des enseignants se rapproche de celui des brigadiers et gardiens de la paix. La rémunération d’un professeur des écoles est inférieure au salaire moyen des fonctionnaires civils de catégorie B", note-il. D’autre part les enseignants français sont parmi ceux qui se sentent le moins valorisés par la société : dans l’OCDE seuls les professeurs slovaques et slovènes ont un taux plus faibles. Seulement 8% des enseignants français pensent qu’ils peuvent influer sur les politiques éducatives, c’est à dire moitié moins que la moyenne européenne.

L’Allemagne, un modèle de gestion

G Longuet étudie comment ça se passe ailleurs et expose deux pays en modèles. C’est ainsi, plus clairement que par ses recommandations, qu’il introduit dans son rapport une nouvelle politique de privatisation de l’enseignement. Ses propos, le 9 juin lors de la présentation du rapport , sont plus clairs sur ce point que le texte du rapport.

Les modèles sont l’Allemagne et le Portugal. Du Portugal il retiendra que les chefs d’établissement peuvent décider d’un quart du temps scolaire. Ils peuvent ainsi choisir les disciplines qui seront renforcées dans leur établissement et embauchent les enseignants en conséquence.

L’Allemagne fait l’objet d’une présentation plus large et parfois trop habile. Ainsi quand G Longuet expose que l’éducation en Allemagne coute moins cher qu’en France il faut bien regarder de quoi il parle. La dépense d’éducation allemande est plus élevée que la moyenne européenne. Les dépenses par élève se montent à 115 747$ en Allemagne contre 103 579 dans l’UE et 104 300 en France. La dépense totale au titre d’établissements d’enseignement par élève est de 12 774$ contre 10 671 dans l’UE et 11 201 en France. Mais l’Allemagne consacre un pourcentage plus faible de son PIB à l’enseignement scolaire que la France. Ce n’est guère surprenant :le PIB allemand est nettement supérieur au PIB français et le nombre d’élèves nettement plus faible (8 millions contre 12 millions).

Mais G Longuet met en avant d’autres éléments pour faire de l’Allemagne un modèle de "productivité" éducative. D’abord l’Allemagne a fortement réduit le nombre de ses établissements : en 10 ans 14% ont été fermés et le nombre moyen d’élèves par établissement est deux fois plus élevé en Allemagne. Cela contribue à la réduction des coûts par une rationalisation de l’offre. Mais la densité allemande est le double de celle de la France obligée de maintenir un nombre important de petits établissements dans des zones peu denses. La Cour des Comptes a déjà invité le gouvernement à fermer des établissements. Elle attendait 20 milliards d’économie d’une gestion à l’allemande.

Les nouvelles missions des enseignants

Cependant l’essentiel du gain de productivité pour G Longuet vient des enseignants et de leur gestion. Les enseignants allemands sont nettement mieux payés que les français mais ils travaillent 40 semaines par an et font de 10 (dans le premier degré) à 20% (dans le second) d’heures en plus. "Les enseignants allemands doivent effectuer de nombreuses missions, en particulier de remplacement ou de surveillance. Il n’existe en effet pas de vie scolaire en Allemagne, les professeurs étant eux-mêmes chargés de la discipline, notamment lors de la récréation... En outre, les enseignants effectuant des missions supplémentaires ne bénéficient pas de compensations financières, à la différence du système français. La position de coordinateur de discipline, de niveau ou de section confiée à un enseignant qui participe au groupe de direction n’entraîne pas de prime, contrairement aux professeurs principaux français". On aurait ainsi des enseignants plus présents dans l’établissement, des établissements nouveaux mieux adaptés à ces présences et une hiérarchisation des enseignants.

Des chefs d’établissement qui embauchent et payent les enseignants

Pour lutter contre la crise du recrutement, le rapport préconise donc d’augmenter les enseignants débutants mais surtout de laisser les chefs d’établissement différencier les rémunérations. pour cela il faudrait évaluer plus souvent les enseignants de façon à accélérer la carrière de certains. G Longuet estime qu’il faut aussi différencier selon les disciplines, par exemple payer les professeurs de maths davantage à l’image de ce que fait l’Angleterre. La rémunération pourrait aussi dépendre des formations suivies par les enseignants. il parle "d’incitation financière à la formation". Celle ci aurait lieu sur le temps de congé , ce que permet déjà la loi Blanquer.

"Je m’interroge sur la productivité des enseignants", dit G Longuet. "Les pays ayant la meilleure performance économique sont ceux où les enseignants vivent 35 heures par semaine dans l’établissement... On a le sentiment que la rue de Grenelle a offert aux enseignants des conditions de vie que nos compatriotes ne comprennent toujours pas car ils ont le sentiment qu’ils n’ont que 160 jours de travail par an ce qui n’est pas beaucoup".

Pour rehausser la productivité il faut pour G Longuet libérer la gestion par les chefs d’établissement. "La productivité de la classe il n’y a que l’établissement qui puisse répondre à cette question... Selon le type de classe que le chef d’établissement forme il peut avoir des besoins différents d’enseignants".

On arrive à la liberté donnée aux chefs d’établissement de recruter les enseignants, principe affiché aussi par E Macron le 3 juin. Le président de la République le justifie en mettant en avant le projet pédagogique. G Longuet en dévoile tout l’intérêt budgétaire.

Récupérer la manne budgétaire liée à la baisse démographique

G Longuet reprend une idée qui a eu son heure de gloire il y a une dizaine d’années : pour mieux gérer le système éducatif donner une enveloppe salariale aux chefs d’établissement et la laisser les gérer. "On peut être agrégé et enseigner le français en collège. Faut-il payer l’agrégé plus cher que le certifié qui fait aussi bien le travail ?". En partant de cette approche gestionnaire, le chef d’établissement devrait avoir le choix de recruter pour son établissement 4 certifiés plutôt que 3 agrégés et peut être 4 contractuels plutôt que 3 certifiés...

On retrouve dans ces recommandations et cette argumentation bien des points communs avec les annonces faites par E Macron. On voit bien que le rôle donné aux chefs d’établissement et directeurs dans le recrutement des enseignants n’est qu’une étape d’une privatisation qui pourrait aller plus loin encore. G Longuet en donne la clé. "Au moment où la démographie française montre qu’il y aura moins d’élèves, il serait bon de savoir comment la marge dégagée va être utilisée". Comme la mutation du système de retraite, cette marge est l’objectif de l’épisode de privatisation que l’Education nationale devrait traverser.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 10.06.22

 

Le manque d’attractivité du métier d’enseignant, un phénomène Européen (Sénat)

Job dating d’enseignants contractuels à Versailles, baisse du nombres de candidats admissibles aux concours d’enseignants dans différentes matières.. En France, la crise d’attractivité du métier d’enseignant est régulièrement mise en lumière par l’actualité. Une désaffection sur laquelle la commission des finances du Sénat s’est penchée à travers un rapport présenté jeudi 9 juin par Gérard Longuet.

Sont notamment évoqués “la dynamique de baisse des candidats aux concours enseignants“ en France, accentuée en 2022 mais dont la chute est “structurelle“ avec un nombre d’inscrits aux concours de l’enseignement du second degré qui a diminué de plus de 30 % en moins de 15 ans (50 000 candidats présents en 2008 contre 30 000 en 2020).

Autre phénomène, le nombre d’enseignants démissionnaires qui “est en hausse constante depuis dix ans“, avec surtout celui des enseignants stagiaires qui est aujourd’hui de 3,2 % contre 1 % en 2012, et plus de 10 fois supérieur à celui des démissions de titulaires.

Mais quelle est la situation des autres pays Européens ? A la rentrée 2019, il manquait déjà 15 000 enseignants dans le système éducatif allemand, indique le rapport, et il pourrait manquer plus de 26 000 enseignants dans le cycle primaire d’ici 2025. En Suède, il faudrait recruter 77 000 professeurs d’ici l’année prochaine pour couvrir les besoins du pays.

Démographie

Deux autres faits sont exposés dans le rapport, la population enseignante qui vieillit rapidement dans les pays de l’OCDE, et les enseignants européens qui sont de plus en plus diplômés. En France l’âge moyen des nouveaux enseignants a augmenté de 3 ans dans le 1er degré et de 4 ans dans le 2nd degré.

Mais alors que les pays de l’Union européenne ont choisi la Masterisation (les concours se passent à bac+5, ndlr), Gérard Longuet n’est “pas sûr“ qu’ils ont eu raison de le faire. Il estime que les formations disciplinaires doivent être complétées par des formations pédagogiques dès le post bac et non après cinq ans d’études.

Salaire

Si le niveau des salaires des enseignants français est régulièrement souligné par les syndicats, et vu comme une des causes pouvant expliquer le manque d’attractivité, “on s’aperçoit que l’attractivité est un problème général quel que soit le niveau salarial des enseignants des pays européens“, affirme Gérard Longuet. En effet l’Allemagne et le Portugal, qui ont en commun de bien rémunérer leurs professeurs (de 20 à près de 50 % de plus qu’en France) n’échappent pas à la pénurie d’enseignants.

D’ailleurs pour le sénateur, la rémunération seule n’est pas une solution pour l’attractivité, mais une “solution d’amour-propre“. Selon le rapport de la mission, une des questions principales du désamour pour le métier d’enseignant concerne “le positionnement des professeurs vis à vis du reste de la société, en particulier des médias et des politiques". Les enseignants français souffriraient d’un sentiment “d’isolement“ et “d’absence de collaboration“, ce qui nécessiterait la création d’espaces d’échanges, donc une refondation du bâti scolaire dans cette perspective.

GRH

Aussi, il serait question de gestion des ressources humaines, à savoir d’organisation du travail, de temps de travail, de productivité (comme dans les pays anglo-saxons) et d’évaluation des professeurs. “Il faut évaluer et pratiquer l’évaluation au niveau de l’établissement“, considère Gérard Longuet, comme dans 27 pays Européens, “pour que le travail soit reconnu, qu’il soit gratifiant“. L’évaluation est ici vue comme un travail collectif au quotidien (avec une part d’auto-évaluation) qui permet “d’échapper à la solitude“. L’accompagnement des enseignants débutants, par financement et par mentorat, est une des pistes mise en avant par le rapport.

Décentralisation et différenciation

Ce que préconise le sénateur LR, c’est une décentralisation de l’éducation dans les territoires qui donnerait plus d’autonomie aux établissements, avec une différenciation des salaires des enseignants via des primes selon les disciplines, mais aussi pour compenser l’inattractivité de certaines zones géographiques, par exemple pour “tenir compte du coût de la vie“...

En définitive, la moins forte “valeur ajoutée“ que permettrait de dégager le travail d’enseignant aujourd’hui en France renvoie pour l’ancien ministre “au statut de la fonction publique“ et à l’Education nationale même, très hiérarchique, très “classique“ dans le comportement professionnel qu’elle impose (être seul devant sa classe, un peu comme dans les professions libérales), alors que “la société s’est très largement tertiarisée et l’exigence de qualification initiale est plus forte, et offre donc des perspectives différentes et plus attractives“. Il faut, ajoute-t-il, qu’elle “accepte l’idée de l’offre et de la demande.“

Le rapport provisoire ici (PDF)

Extrait de touteduc.fr du 10.06.22

 

Le rapport

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