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Le programme éducatif de Valérie Pécresse (Le Café)

7 février

Avec Valérie Pécresse, l’école de la fragmentation
"Ce sera le collège pour tous, mais pas le même collège". Valérie Pécresse a présenté le 5 février son programme éducation dans le cas où elle gagnerait l’élection présidentielle. S’inspirant des système anglais et suédois, elle prévoit de donner une large autonomie aux établissements pour les programmes et le choix des professeurs dont le recrutement serait local, largement contractualisé, avec des payes variables. Elle dessine un système éducatif fragmenté où le destin scolaire des jeunes serait fixé très tôt, dès la 6ème. Son programme s’inscrit dans une tendance mondiale, en échec dans les pays où elle a démarré, et particulièrement en Suède, mais qui stagne dans les programmes de la droite française depuis une décennie. Une tendance qui conduit au séparatisme social.

Des charters schools en France

"Il faut oser mettre l’éducation au coeur de cette campagne", lance V Pécresse devant un public composé d’acteurs de l’Ecole le 5 février. Deux heures durant , la candidate va préciser son programme qu’elle résume en trois mots : liberté, mérite et autorité.

La liberté c’est en fait l’autonomie des établissements. Elle créera des établissements publics innovants "100% autonomes". C’est à dire des établissements publics sous contrat avec l’Etat, comme les établissements privés actuels, amis avec davantage encore d’autonomie. "Dans ces établissements les chefs d’établissements choisissent les professeurs et ont une marge d’adaptation dans le cadre des programmes" Elle évoque aussi un "contrat de confiance avec les parents" c’est à dire un libre recrutement des élèves. "Ces projets de liberté les Suédois et les Britanniques les ont mis en place. Cela a vraiment fonctionné", ajoute-elle. "Plus on donnera de pouvoirs aux établissements pour passer outre aux contraintes bureaucratiques plus on répondra aux vrais besoins des élèves et des familles".

Quant aux lycées professionnels, V Pécresse les donne aux régions pour un enseignement professionnel "construit dans un bassin d’emploi au contact des métiers". Elle se déclare en faveur de l’apprentissage, l’alternance devant s’imposer dans les lycées professionnels. Pour cela elle exonèrera de charges sociales les entreprises.

Des enseignants à la carte

Du coté des enseignants, V Pécresse veut un capes régionalisé et "un recrutement beaucoup plus local". Répondant à une question d’un cadre de l’enseignement catholique, elle précise que les contractuels pourraient avoir une paye dans la continuité de l’emploi précédent. ON aurait donc une individualisation de la paye des enseignants.

"Il faut augmenter les salaires en début de carrière", dit la candidate. "Il faut plus de rémunération pour ceux qui s’impliquent davantage. Ceux qui travaillent dans des territoires ruraux isolés ou ceux qui prennent des missions supplémentaires verront leur rémunération augmenter". V Pécresse ne parle pas de revalorisation. Il semble que les missions soient en lien avec le contrat d’établissement. Cela donnerait au chef d’établissement le controle sur le recrutement et la paye des enseignants ce qui définit ce que V Pécresse entend par autonomie de l’établissement et liberté. Elle développera une "réserve de l’éducation nationale" avec des retraités et des étudiants pour remplacer les enseignants.

Des filières séparées dès la 6ème

Le mérite c’est "une école de l’exigence". Avec déjà l’accent mis sur les fondamentaux à l’école primaire. V Pécresse a déjà dit qu’elle augmenterait de 2 heures hebdomadaire le programme de français et d’une heure celui de maths. Elle veut instaurer un examen d’entrée en 6ème pour vérifier les fondamentaux. "Ce sera le collège pour tous mais pas le même collège". Ceux qui échoueront à l’examen "sont ceux qui vont troubler l’ordre en classe" dit -elle. Il seront donc envoyés en "6èmes de consolidation", ce qui met fin au collège unique.

Enfin il y a le respect. V Pécresse va trier les élèves selon leur comportement. "On va mettre fin au principe totalement fou qui fait que les poly-exclus sont réinscrits dans un autre établissement. Il faudra des classes relais pour que les plus perturbateurs on ne les retrouve pas dans l’école".

Que sait-on de la Suède et l’Angleterre ?

Le programme éducatif de Valérie Pécresse s’appuie sur un courant international très bien décrit par A Barrère et B Delvaux dans un numéro de la Revue internationale d’éducation de Sèvres (n°76). "L’hypothèse sous tendant ce dossier est que des processus de fragmentation déstructurent les systèmes scolaires nationaux les plus solidement établis", écrivaient Anne Barrère et Bernard Delvaux, "La prééminence des systèmes scolaires dans les champs éducatifs tend à s’éroder lentement sous les coups de butoir d’initiatives multiples de familles, d’associations, de communautés, d’entreprises et de fondations privées". Pour eux ce mouvement international est tellement fort qu’ils n’envisagent que deux scénarios pour le futur de l’école : l’émiettement des systèmes scolaires nationaux qui éclateraient dans une offre variée publique et privée ou l’éclatement géographique avec des systèmes publics maintenus mais sur un territoire géographique local.

C’est l’émiettement entre privé et public que préconise Valérie Pécresse. Ses exemples sont ceux de la Suède et de l’Angleterre. Mais elle parle aussi des "charters schools", un mouvement américain.

Les charters schools se sont installés dans plusieurs états américains grâce aux chèques éducation, un système de financement pas encore évoqué par V Pécresse. En principe il s’agit de permettre même aux plus pauvres d’accéder aux écoles privées recherchées. En réalité, une étude sur La Nouvelle Orléans dans ce même numéro de la Revue de Sèvres le montre, c’est l’inverse qui s’opère. Ce sont les écoles privées qui sélectionnent les élèves, de plus en plus dans les strates supérieures, et les pauvres s’entassent dans des écoles davantage ségréguées. Au passage 7000 professeurs ont été licenciés et remplacés par des étudiants de Teach for America, une association qui est déjà à l’oeuvre en Frrnce (sous le nom de Choix de l’Ecole) avec le soutien du ministère.

Les cas de l’Angleterre et de la Suède ont fait l’objet d’études. Et elles ne confirment pas les bons résultats mis en avant par V. Pécresse. Ainsi Florence Lefresne et Robert Rakovecic ont travaillé sur ces pays dans un article d’Education et formations. L’OCDE a présenté en 2015 un rapport sur l’échec du modèle suédois. Un autre rapport de l’OCDE, de 2021, revient sur l’évolution des systèmes éducatifs.

La Suède a donc fait l’objet d’études plus poussée.s Le pays a connu dans les années 1990 une réforme qui a totalement décentralisé le système éducatif. Les enseignants sont devenus des personnels communaux. Les établissements sont gérés par des chefs d’établissement qui ont une totale liberté de gestion et une large autonomie pédagogique. Vingt ans après la réforme l’OCDE a dressé un triste diagnostic avec le faible niveau des élèves suédois et surtout une baisse régulière et profonde des performances en langue nationale comme en maths aux évaluations Pisa. Enfin , en augmentant les responsabilités des chefs d’établissement, le nouveau système a tari leur recrutement. L’OCDE a demandé en 2015 un abandon de la gestion municipale pour passer à une échelle au dessus et le retour à une formation nationale des enseignants.

Florence Lefresne et Robert Rakovecic ont montré que dans les deux pays, Angleterre et Suède, les mêmes mécanismes ont joué. D’abord les difficultés de recrutement d’enseignants, plus importantes qu’en France, en lien avec des démissions qui sont sans commune mesure avec ce qu’on voit en France. L’Angleterre est avec la France le grand pays européen où les enseignants sont les plus mal payés et où le nombre d’élève s par classe est le plus important. La Suède est juste après la France le pays où les enseignants se sentent les moins valorisés par la société.

En Angleterre aussi des inquiétudes sur le niveau des élèves sont apparues. Quand on regarde l’évolution du niveau des élèves dans Pisa, l’OCDE classe les Etats Unis, l’Angleterre et la France dans la même catégorie où le niveau des élèves a peu varié depuis Pisa 2000.

Un modèle éducatif qui n’a pas fait ses preuves

Le modèle préconisé par Valérie Pécresse est donc bien connu et bien étudié. Le moindre que l’on peut dire c’est qu’il n’a fait ses preuves ni en terme de résultats globaux, ni en terme d’équité sociale. On a compris qu’avec V Pécresse il y aurait des collèges de relégation, avec les élèves qui ont échoué à l’examen d’entrée en 6ème, et les autres. On sait que plus on réduit la durée du tronc commun (aujourd’hui de la petite section de maternelle à la 3ème) plus on augmente le tri social. Créer une filière bis dès l’entrée en 6ème c’est revenir aux années 1960, dernières années d’existence dans l’enseignement public d’une filière pour les riches (le lycée commençant en 6ème) et pour les pauvres (les différents types de collèges). Ajoutons que V Pécresse revient sans vergogne sur le droit à l’éducation en annonçant qu’elle s’arrangerait pour que les élèves "perturbateurs" ne puissent plus revenir en établissement. C’est d’ailleurs l’argument selon lequel les élèves faibles en 6ème seront de futurs perturbateurs qui justifie des 6èmes spéciales aux yeux de la candidate.

Voilà des propositions qui aggraveraient grandement les défauts de notre système scolaire, en détruiraient le caractère national et qui nous ramèneraient 60 ans en arrière. Pourtant , avec ou sans Pécresse, elles ont de bonnes chances de passer. D’abord parce que la fragmentation est déjà à l’oeuvre. Elle bénéficie du soutien de puissants organismes internationaux comme l’OCDE. Les idées liberales et élitistes ont le vent en poupe. On le voit dans la multiplication des écoles privées "Montessori" ou des écoles Espérance banlieue. La logique libérale pénètre l’école publique dans ses formes de gestion, l’appel au Choix de l’Ecole, les nouvelles écoles marseillaises voulues par E Macron. Cela rejoint les attentes des régions. Lors de l’élection de 2017 l’association des régions avait demandé de libérer les règles permettant d’expérimenter de nouvelles politiques éducatives et le transfert des LP aux régions. Même une partie de la profession enseignante se déclarerait probablement contre le collège unique et applaudirait à la mise à l’écart des élèves à problèmes. Cette fragmentation de l’Ecole, qui passe par "le nouveau métier enseignant" dessiné au Grenelle de l’Education, est en route. Reconnaissons à la campagne de Valérie Pécresse de mettre au premier plan les questions éthiques sur l’éducation.

François Jarraud

Extrait de lecafepedagogique.net du 07.02.22

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Présidentielle : Valérie Pécresse déroule son programme scolaire
La candidate Les Républicains à la présidentielle a échangé ce samedi avec une centaine de professeurs, parents d’élèves et acteurs du monde éducatif, à Paris. Au menu, du réchauffé de droite : « liberté », « mérite » et « autorité » pour un « sursaut national ».

Une forme de grand oral. Devant un parterre d’enseignants, de proviseurs ou de représentants de parents d’élèves, la prétendante à l’Elysée a déroulé ce samedi son projet pour l’éducation. « L’école, c’est la fabrique de la France », a-t-elle lancé au début de l’échange, organisé dans l’hôtel de l’Industrie, place Saint-Germain-des-Prés, dans le VIe arrondissement parisien. Deux bonnes heures durant, Valérie Pécresse a répondu aux questions d’une assistance plutôt acquise, en témoigne la salve d’applaudissements lancée à la fin de la rencontre. « Il faut oser mettre l’éducation au cœur de cette campagne présidentielle », a également adressé la candidate à ses adversaires, au début de la discussion.

Celle qui peine à donner du souffle à sa campagne après sa victoire au congrès LR, en décembre, mise à fond sur le sérieux et la crédibilité de son programme. Des atouts, répète-t-on dans son entourage, devant lui permettre d’accéder au second tour de la présidentielle et même de battre Emmanuel Macron. Pour l’école, la candidate a donc déroulé la partition classique de la droite : la « liberté », le « mérite » et « l’autorité ». Rien de très neuf. Mais un triptyque devant permettre, selon elle, un « sursaut national ».

Modèle américain
La candidate souhaite d’abord donner davantage « d’autonomie » aux établissements, dont les lycées. Elle reste fidèle à elle-même, puisque en 2007, alors ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse avait fait adopter, dans la douleur, une loi donnant plus d’autonomie aux universités. Le but ? Permettre aux établissements supérieurs de s’organiser sans demander systématiquement l’aval du ministère. A l’époque, cette loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi LRU, avait provoqué la bronca du monde universitaire.

Pour les lycées, Pécresse souhaite se baser sur le « volontariat ». « Chaque établissement pourra demander de nouvelles compétences, de nouvelles libertés », assure-t-elle. La candidate propose également la création d’« établissements publics innovants, 100 % autonomes, publics et gratuits. » Inspirés des « charters schools » aux Etats-Unis, ces établissements fonctionnent sous contrat avec l’Etat. Ils permettent de recruter librement les enseignants. Les élèves, eux, ne sont pas sélectionnés mais peuvent être exclus en cas de non-respect de la « charte » signé avec l’établissement. Un modèle décrié par certains acteurs du monde éducatif, qui voient dans ces établissements des machines à fabriquer de la ségrégation scolaire.

Parmi les mesures phares de Valérie Pécresse pour l’école, figure un examen « avant la 6e » visant à orienter ceux qui y auront échoué vers une « 6e de consolidation » pour « reprendre ensuite un parcours normal ».

Fidèle à la tradition de sa famille politique, la prétendante à l’Elysée vante également le « mérite républicain ». Dans cette « école de l’exigence » voulue par Pécresse, les fondamentaux – le français et les mathématiques – seront renforcés. « Je ferai du français notre grande cause nationale, a-t-elle assuré ce samedi. C’est notre langue, ce que nous sommes. » Parmi les mesures phares de la candidate pour l’école, figure un examen « avant la 6e » visant à orienter ceux qui y auront échoué vers une « 6e de consolidation » pour « reprendre ensuite un parcours normal ». Là encore, une partie des enseignants voient dans cette proposition une manière d’écarter les mauvais élèves, par une forme déguisée de sélection précoce renforçant les inégalités.

Extrait de liberation.fr du 05.02.22

 

Voir aussi

L’éducation artistique et culturelle en bonne place chez Valérie Pécresse
#Presidentielle2022 — Si la gauche n’a sans doute pas le monopole de la culture, elle lui réserve, pour l’instant, la place la plus importante dans ses programmes. Candidate du parti Les Républicains pour l’élection présidentielle de 2022, Valérie Pécresse, actuellement présidente de la région Île-de-France, l’évoque tout de même dans le sien, avec quelques propositions.

[...] Tout sur l’EAC
Le programme de la candidate LR met surtout l’accent sur l’éducation artistique et culturelle (EAC) : elle souhaite ainsi « développer les sorties scolaires et jumeler chaque école avec un établissement culturel de son territoire », sans préciser quels types d’établissements seraient concernés. Par ailleurs, « toutes les structures culturelles soutenues par des fonds publics » seraient incitées à développer une politique d’EAC.

Extrait de actualite.com du 20.02.22

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