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Lecture : un engouement pour la fluence (épisode 1), par Roland Goigoux dans Les Cahiers

2 décembre 2021

Lecture : un engouement pour la fluence (épisode 1)
Près de la moitié des élèves serait en difficulté à l’entrée en sixième pour la lecture, selon le ministre de l’Éducation nationale. Une situation qui effraie, étonne, ou agace, si l’on suit, avec Roland Goigoux, l’idée selon laquelle les évaluations sur lesquelles elle repose ne seraient pas pertinentes

Le 15 novembre, Jean-Michel Blanquer explique au Parisien qu’ « une petite moitié d’élèves en difficulté » doivent faire « l’objet d’efforts particuliers » à l’entrée au collège car leur niveau de fluence (fluidité de la lecture à haute voix) n’est pas satisfaisant. Il commente ainsi les résultats publiés par la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) selon lesquels 47 % des élèves de sixième lisent moins de 120 mots par minute et sont considérés, à ce titre, comme ayant « une maitrise insuffisante des compétences attendues ».
Plusieurs interprétations de ces résultats sont possibles : soit la moitié des élèves est en difficulté de lecture à l’entrée en sixième, soit le seuil retenu pour définir « l’insuffisance » n’est pas pertinent, par maladresse ou par choix. Les conséquences pour l’image publique du ministre et celle des enseignants de l’école élémentaire diffèrent évidemment selon l’interprétation retenue.

DEUX LOGIQUES À L’ŒUVRE [...]

[...] On peut aussi s’interroger sur les raisons qui ont poussé le ministre et son équipe à se polariser sur la fluence depuis quatre ans, reléguant aux derniers mois de leur mandat une timide réflexion sur l’enseignement de la compréhension. Est-ce seulement parce que la fluence incarne leur conception de l’enseignement de la lecture réduit à celui du déchiffrage ? Ou bien parce qu’elle illustre le type de rationalité qu’ils valorisent, celle d’une éducation fondée sur la mesure et d’une pédagogie pilotée par l’évaluation ? Parce qu’elle permet de soutenir leur conception d’une approche individualisante construite à partir du couple diagnostic-remédiation d’inspiration médicale ? Ou encore parce qu’elle suggère un isomorphisme entre les outils d’évaluation et les outils d’intervention ? En d’autres termes, la fluence est-elle un cheval de Troie ? Et si oui, pour infiltrer quelle forteresse ?

Nous répondrons à ces questions dans notre prochain billet en interrogeant aussi l’engouement que la fluence a pu susciter chez une partie des enseignants, ses fondements scientifiques et sa pertinence sur le plan de l’amélioration des apprentissages des élèves (effets positifs et négatifs).

Roland Goigoux
Professeur des universités à l’université Clermont-Auvergne

Extrait de cahiers-pedagogiques.com du 30.11.21

 

Note du QZ : Voir aussi sur le site de l’OZP Le PowerPoint (44 p.) de la Rencontre OZP avec Sylvie Cèbe et Roland Goigoux

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