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"La laïcité à l’école, pour un apaisement nécessaire", sous la dir. de Paul Devin, éditions de l’atelier, oct. 2021, 272 p. (Le Café, ToutEduc)

12 novembre 2021

Paul Devin : Laïcité : l’apaisement nécessaire
Doit-on réduire la question laïque à la traque des "manquements" et aux signalements ? L’Ecole est-elle noyautée de l’intérieur par des enseignants islamogauchistes ou incapables de transmettre les valeurs démocratiques ? Ce n’est pas l’opinion des 23 auteurs de "La laïcité à l’école" (Editions de l’atelier). Enseignants, chercheurs, responsables syndicaux, ils dressent un portrait beaucoup plus réaliste que l’affligeant rapport Obin de la réalité de la question laïque dans l’école. Non les enseignants n’ont pas baissé les bras sur les valeurs. Oui les élèves ont des questions, parfois dérangeantes, mais qui trouvent place dans le laboratoire qu’est la classe. Oui il y a des réponses éducatives aux questions posées sur la laïcité. C’est l’intérêt de ce livre que de lier travaux de chercheurs et réponses apportées dans les différentes disciplines. Paul Devin, qui coordonne l’ouvrage, l’explique.

"La laïcité à l’école" a la particularité d’associer experts et praticiens. Pourquoi ce choix et s’agit-il tous d’auteurs proches de la FSU ?

C’était l’idée de base de donner une place aux acteurs de terrain et aux chercheurs qui travaillent sur la question de la laïcité pour faire face au discours dramatisant qui accuse les enseignants de compromis avec les idéologies les plus réactionnaires. C’est par exemple les propos du ministre qui, le jour où il ouvre la journée de formation à la laïcité choisit de dire que l’école est menacée par la présence d’enseignants à qui les valeurs républicaines posent problème. Pour nous, ce discours ne correspond pas à la réalité de l’Ecole. Et pour montrer la détermination de l’Ecole à porter les valeurs de la République on donne une large place aux acteurs de terrain.

Le livre est conclu par Benoît Teste et ouvert par moi. Donc il a à voir avec la volonté de la fédération FSU de porter un propos sur la laïcité. Mais il donne aussi la parole à des personnes qui n’ont rien à voir avec la FSU. Tous les acteurs de terrain ne sont pas adhérents FSU. Jean-Paul Delahaye non plus , par exemple. Ce qui est dit dans les différents chapitres n’est pas toujours de la même tonalité. Les auteurs ont été très libres d’écrire ce qu’ils voulaient.

Par contre on veut partager une idée forte qui est présente dans le titre de l’ouvrage : celle de l’apaisement.

L’accusation de complaisance des enseignants envers l’islamisme ou de désertion devant la laïcité est portée dans les médias. Qu’en disent vos auteurs ?

Ce n’est pas le constat que nous faisons. Dans l’ouvrage il y a des personnalités qui ont une connaissance large du système éducatif comme un ancien inspecteur général ou des syndicalistes. Ce qu’ils constatent c’est que , au contraire les valeurs de la République ne sont pas négligées dans les projets pédagogiques des enseignants. Si l’institution trouve des exemples contraires qu’elle les règle. Mais ce ne serait pas révélateur du système éducatif.

L’ouvrage ne pense pas la laïcité à l’école dans la perspective du contrôle des manquements à la laïcité mais dans celle de la construction du raisonnement par les élèves. Là où certains condamnent des comportements inadaptés d’élèves, nous disons que ces comportements interpellent la pédagogie.

Enseigner l’esprit critique n’est il pas difficile pour une école qui fait de la transmission de connaissances. L’ouvrage apporte-il des éclairages pédagogiques ?

Il essaie de le faire en questionnant plusieurs disciplines et particulièrement les disciplines scientifiques. Notre capacité à transmettre des valeurs est évidemment dépendante de notre capacité à accepter que nous soyons dans une pédagogie qui ne soit pas que dans l’imposition mais qui accepte le débat, le questionnement et donc de construire la capacité de raisonnement de l’élève.

Le ministre demande des signalements. Françoise Lantheaume et Charlène Menard, dans l’ouvrage, évoquent ce choix de l’éducation. Peut-on dire que le ministre va contre la culture des enseignants ?

On ne va pas écarter qu’il puisse y avoir des situations suffisamment graves où le rôle de l’école doive céder le pas à la justice. Mais ça reste très marginal. F. Lantheaume a raison de dire que l’essentiel est affaire de pédagogie. Ce que l’élève dit doit être considéré comme un objet de travail et non comme un manquement. Cela ne veut pas dire que tout est possible. Certains propos doivent être l’objet de réactions nettes des enseignants. Il n’est pas question d’accepter le racisme ou l’antisémitisme dans la classe. Mais dans la plupart des situations il faut d’abord faire appel aux vertus de la pédagogie.

Dans l’ouvrage, Jean-Paul Delahaye fait le lien entre l’égalité et la laïcité. Peut-on enseigner la laïcité dans une école sans mixité sociale ?

La promesse d’égalité ne peut pas être qu’un discours tenu auprès des élèves. Le problème c’est que les élèves peuvent ne pas percevoir ce que représente l’engagement républicain car leur vie quotidienne en est très éloignée. JP Delahaye a raison de dire que la question sociale n’explique pas tout mais que sans égalité il n’y a pas de crédibilité pour la république laïque.

La bonne réponse à la question de la laïcité ne peut pourtant pas être que sociale. La liberté de conscience ne peut pas se fondre dans la question sociale. Par contre la laïcité n’a pas de sens si l’égalité ne s’inscrit pas dans la vie des élèves. Vouloir considérer qu’il n’y a qu’un problème social serait une erreur. Mais penser que la question de la laïcité peut se soustraire à la question sociale en serait une autre.

Propos recueillis par François Jarraud

Paul Devin (dir), La laïcité à l’école. Pour un apaisement nécessaire. Editions de l’atelier. ISBN : 9782708253797. 19€

Extrait de cafepedagogique.net du 12.11.21

 

La laïcité apaisée, un combat pour la FSU (ouvrage)

"Quand ses élèves lui demandent s’il est croyant, un professeur de philosophie d’Avignon leur répond qu’il l’est, puisqu’il croit en eux (...). Un professeur est un être humain qui s’efforce de croire en l’humanité (...), ce qui n’est pas toujours facile." Cette anecdote et ce commentaire sont extraits de la contribution d’Evelyne Bechtold, IA-IPR de philosophie et ancienne présidente de l’Institut de recherche de la FSU, à un ouvrage collectif consacré à la laïcité à l’école et qui lance un appel "pour un apaisement nécessaire". Benoît Teste,le secrétaire général de la FSU affirme que la fédération syndicale "sera de ce combat" lorsqu’il s’agit de défendre et promouvoir la laïcité comme un "principe positif" alors qu’elle est "attaquée, dévoyée, instrumentalisée", utilisée comme "un instrument de contrôle et de conformité".

Les contributeurs sont des chercheurs ou les représentants des principaux syndicats de la FSU et ils affirment "la primauté de l’éducation". C’est ainsi que Claire Guéville (SNES) dénonce les nouveaux programmes. "Les ajustements de 2018 concernant l’école et le collège font finalement une part moins grande au thème de la laïcité" et avec les programmes du lycée, modifiés en 2019, "on assiste à une réduction claire des ambitions pédagogiques". Elle ajoute que, "d’une manière générale, la construction de l’esprit critique est maintenant mise au second plan au profit de l’inculcation de valeurs et de règles".

La question est pourtant complexe, comme le montrent Françoise Lantheaume et Charlène Ménard (Lyon-2), puisque "les ’problèmes de laïcité’ renvoient majoritairement à des malentendus, à une ignorance de élèves et parfois à une intention familiale d’affirmation de normes religieuses" et que, ajoute Paul Devin (président de l’Institut de recherche de la FSU, "les visions outrancières du séparatisme sont loin de servir et de soutenir la mission d’éducation aux valeurs de la République et de la démocratie (...). Il est vrai que des élèves expriment des incitations à la haine, au racisme et au sexisme, voire tiennent des propos faisant l’apologie du terrorisme", mais "ne devons-nous pas constater, au contraire, que c’est l’attachement de l’ensemble de la communauté scolaire aux valeurs de tolérance et de laïcité qui prédomine largement ?".

Les auteurs ne pensent pourtant pas que tout est facile, même s’ils peuvent dénoncer une présentation partiale des "incidents" qui peuvent troubler une minute de silence ou un temps de débat. En témoigne Anne-Laure Hartmann, professeure en lycée professionnel, qui fait état d’une "séance éprouvante" après l’assassinat de Samuel Paty, du fait d’un élève, Hakim. Les enseignants en réfèrent à la proviseure qui fait remonter. S’ensuit une enquête de police, et l’intervention en classe du procureur de la République : "La démonstration est dynamique, limpide et vivante. Les élèves ont la parole et la prennent (...). Ils en concluent que la liberté d’expression est un bien commun (...). Dans les jours qui suivent, Hakim présente ses excuses (...) et il remercie."

Valérie Sipahimalani (SNES) insiste sur la difficulté théorique, "en particulier sur des sujets de société importants qui demandent une approche complexe. La notion de race n’a de sens en biologie que pour certaines espèces domestiques (le chien par exemple), mais c’est un concept scientifique concernant l’espèce humaine dans d’autres champs (sociologie, histoire) étudiant le racisme, qui n’est pas un objet d’étude des sciences expérimentales". Et il faut bien sûr poser la question de l’absence de mixité sociale, même si, comme l’écrit Jean-Paul Delahaye (Inspecteur général honoraire, Ligue de l’enseignement), "la question sociale n’explique pas toutes nos difficultés".

Il faut aussi rappeler, avec Nicolas Cadène, ce qui a été fait avant que J-M Blanquer ne soit ministre, l’installation de "référents laïcité" en 2014, l’instauration de la "Journée nationale de la laïcité", la mise en place de l’EMC (enseignement moral et civique), l’abrogation du délit de blasphème en Alsace - Moselle, la charte de la laïcité, l’expérimentation de la "mixité socioculturelle" dans les collèges, le renforcement de la formation des enseignants...

"La laïcité à l’Ecole, pour un apaisement nécessaire", collectif sous la direction de Paul Devin, éditions de l’atelier, 272 p., 19€

Extrait de touteduc.fr du 18.10.21

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