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Réflexions sur l’école, pour renouer avec le bon sens, par Luc Ferry, édit. Privat, sept. 2021 (ToutEduc)

7 septembre 2021

Luc Ferry : ce qu’il n’a pas pu faire, et ce qu’il faudrait faire pour l’Ecole (ouvrage)
Il faudrait "renouer avec le bon sens", estime Luc Ferry, ministre de l’Education nationale de 2002 à 2004. La notion n’a pourtant pas bonne presse chez les philosophes. Mais l’agrégé de philosophie et de sciences politiques qui publie ses "Réflexions sur l’école" afin d’exposer les idées qui l’ont "guidé" lorsqu’il a été nommé rue de Grenelle, n’entend pas s’adresser à une élite intellectuelle dont il estime d’ailleurs qu’elle a beaucoup failli, et le style qu’il adopte en témoigne, lorsque par exemple, quand il évoque Mai 68 et la jeunesse qui faisait valoir sa "liberté de pensée", il commente : "Ben voyons..."

L’ouvrage est aussi l’occasion d’affirmer son indépendance. S’il évoque, non sans condescendance, "Madame Vallaud-Belkacem" qui a "très gentiment proposé de supprimer les méchantes notes", il n’est pas toujours tendre avec l’actuel ministre, bien qu’il dise avoir pour lui des sentiments amicaux, ni avec Emmanuel Macron. Il qualifie d’ "absurde" l’idée d’un SNU (service national universel) obligatoire. Il a cru à "une mauvaise plaisanterie" quand il a lu que J-M Blanquer faisait élire des "écodélégués" dans les classes, il dénonce "le jeunisme" et même "l’infantilisme" d’une telle perspective : "c’est aux adultes, et spécialement aux professeurs de sciences, de parler d’écologie aux enfants, et pas l’inverse." De même, il condamne les "pédagogos" et "l’autoconstruction des savoirs" telle que la promeut, par exemple, La Main à la pâte, mais aussi bien les "républicains" dont les principes sont excellents, mais qui oublient que "notre école à l’ancienne (s’est) engluée dans un Himalaya d’ennui et de souffrances".

Pour l’ancien ministre, il faudrait dédoubler tous les cours préparatoires, "et le faire de manière systématique, pas seulement homéopathique, comme c’est hélas le cas aujourd’hui", "restaurer l’autorité en intégrant les sanctions au sein de l’établissement", "dépolitiser l’école en commençant par supprimer les écodélégués". Il faut aussi repenser le rôle de la famille. "En tant que parent, je ne souhaite pas que des professeurs se voient confier (...) l’éducation morale de mes enfants." En revanche, il revient aux parents d’éduquer leurs enfants, puisque cette éducation est un préalable à l’enseignement. Il convient également de "revaloriser la pédagogie du travail contre l’inflation du ludique".

L’ancien ministre appelle encore à "repenser de fond en comble nos systèmes éducatifs afin de rendre l’intelligence humaine, en l’occurrence celle de nos enfants et petits-enfants, non pas victime, mais complémentaire de l’IA" car "ils devront choisir de faire ce que la machine même la plus intelligente et sophistiquée ne saura jamais faire à leur place". C’est ainsi que l’infirmière continuera d’apporter des soins quand le spécialiste verra des logiciels de diagnostic le supplanter.

Et surtout, il propose de "remettre en place les classes en alternances" au collège "dès la classe de cinquième", "de permettre à tous ceux qui le souhaitent (...) de découvrir des métiers de manière plus précoce" dans des lycées professionnels ou en entreprise trois demi-journée par semaine. Il ne s’agit pas, se défend-il, d’une forme d’apprentissage, ni de créer "une nième structure de relégation", ni de réinstaurer un palier d’orientation en 5ème, mais de proposer à des élèves en difficulté dans les matières générales, "un enseignement général adapté". C’est pour Luc Ferry "le seul et unique moyen" de régler les problèmes de violence dans les établissements scolaires.

"Réflexions sur l’école, pour renouer avec le bon sens", Luc Ferry, éditions Privat, 210 p., 16,90€

Extrait de touteduc.fr du 06.09.21

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