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Le sociologue François Baluteau analyse l’organisation actuelle des enseignements optionnels au collège selon les publics accueillis

22 mai 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Ce texte, appuyé sur une analyse quantitative et qualitative, cherche à décrire et à comprendre en quoi les collèges se différencient par leurs enseignements « optionnels ». Les résultats statistiques établissent une différenciation selon la composition sociale des collèges. Plus le collège est favorisé socialement, plus la diversification des enseignements est faible et spécialisée dans l’excellence. Les collèges modestes sont plus diversifiés et font plus appel à des dispositifs à caractère d’excellence, professionnel et d’intégration.
De plus, ces disparités « pédagogiques » entre les collèges sont justifiées, par les « cadres administratifs » (personnel de direction et inspecteur d’académie), selon différentes conceptions du bien commun.

[...] Conclusion
Au terme de cet examen sur le curriculum optionnel, le « collège unique » se définit plus par sa diversité que par son uniformité. Les établissements observés montrent de nombreux dispositifs d’enseignement, variés dans leurs propriétés (orientations culturelles ou pédagogiques, modalités de recrutement...). Sur la base de l’offre d’enseignement observée, le « collège unique » n’existe pas.

Une différenciation des parcours d’enseignement accompagne ainsi le processus d’autonomie des établissements scolaires. Le collège est également très contrasté, ordonnant les établissements entre forte diversification et faible (voire absence de) diversification. Certains établissements proposent un curriculum optionnel riche (parcours à thème, parcours professionnels et d’intégration) quand d’autres se limitent au curriculum commun (absence de dispositifs d’enseignement complémentaires).

Surtout, la diversification du curriculum optionnel n’est pas aléatoire, elle s’organise selon la population scolaire présente dans l’établissement. Le collège se construit entre deux types, identifiables par la nature du curriculum et du public. Le collège « favorisé » se caractérise par une offre ouverte sur les langues, les arts et la culture, mais plutôt fermée sur les enseignements professionnels et la prise en charge des publics en difficulté. Le collège « défavorisé » tend au contraire vers une offre plus diversifiée, avec une excellence linguistique et sportive, des parcours professionnels et l’intégration des publics différenciés. Entre ces deux figures, le collège socialement « moyen » occupe globalement une position intermédiaire. Au final, à une différenciation sociale des collèges s’associe une différenciation de l’enseignement. À une hiérarchie sociale des collèges correspond même une hiérarchie des dispositifs et par là des collèges. Il y a bien un phénomène de ségrégation sociale au sens où les populations tendent à être séparées, à la fois, géographiquement par les collèges et culturellement par le curriculum optionnel, tendance partiellement corrigée néanmoins par la politique d’éducation prioritaire.

Ce qui n’exclut pas des aides pour les élèves en difficulté mais dans le cadre de l’accompagnement (...)
Cette différenciation des biens culturels s’appuie sur une pluralité de justifications avancées par les cadres des différents niveaux de l’administration. La spécialisation de l’offre d’enseignement se fonde sur une légitimité construite dans différentes logiques (conquête d’un public, excellence scolaire, égalité des chances, socialisation des jeunes, orientation scolaire...). Ces références sont observables dans beaucoup de collèges, mais elles se concentrent fortement dans les collèges « défavorisés » confrontés à une population en difficulté et à une fuite de leur public. Les collèges « défavorisés » sont comme contraints de penser leur offre d’enseignements dans plusieurs logiques pour à la fois gérer leur population (« modeste ») et attirer une population plus large (« moyenne » et « supérieure »).
La multiplication des principes de justice affecte principalement ces établissements et conduit à un curriculum optionnel à la fois typé et diversifié. L’impératif de diversification pédagogique apparaît moins prégnant pour les établissements « favorisés » dont les caractéristiques sociales constituent un facteur fort d’attractivité (Chausseron, 2001 ; Oberti, 2005 ; van Zanten, 2009) et auxquelles s’adressent en priorité un curriculum optionnel élitaire. Ce qui n’exclut pas des stratégies de diversification pour gérer la concurrence entre des établissements de même type, mais dans ces collèges l’offre d’enseignement peut se construire essentiellement dans la logique d’excellence pour maintenir une identité et garantir une position6. L’orientation pédagogique est, comparativement aux collèges « défavorisés », moins complexe à concevoir et sujette à moins de tensions internes entre différentes logiques.

Les justifications développées par les responsables scolaires pour implanter les dispositifs d’enseignement optionnel tendent donc à renforcer les disparités entre les collèges, facteur de ségrégation sociale. Dans ces conditions, il revient à l’administration d’établir une meilleure répartition des biens culturels entre les collèges. La relance de la politique d’éducation prioritaire a eu des effets notables en faveur des collèges socialement « modestes » par le biais des « sections » linguistiques et sportives. Il reste que la concentration de l’enseignement professionnel et des dispositifs d’intégration, associée à la raréfaction des langues, des enseignements optionnels d’art et de « culture », contribue à maintenir une offre plus dévaluée dans les collèges « défavorisés ». Atténuer le phénomène de ségrégation sociale entre les collèges pourrait être recherché, sans viser pour autant l’homogénéité, par un rééquilibre plus systématique de l’offre d’enseignement. C’est probablement un enjeu fort dans un processus institutionnel de diversification qui verrait le curriculum optionnel s’élargir.

Extrait de socio-logos.revues.fr : Curriculum optionnel et composition sociale. Le cas des collèges (texte intégral)

 

Une fois de plus, la réforme du système scolaire a déchaîné les passions ! Avec la suppression des sections européennes et de la deuxième langue vivante en sixième et la réduction de la place du latin et du grec, décidées par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, certains ont véhément critiqué une « uniformisation » et un « nivellement par le bas » du collège. Des réactions qui témoignent d’une méconnaissance de l’ampleur prise par les dispositifs d’enseignements optionnels, qui sont loin de se limiter aux langues. Une variété dont l’enquête du sociologue François Baluteau menée auprès de 500 collèges, permet d’avoir une idée plus précise.

François Baluteau constate que, si d’un point de vue quantitatif on trouve des enseignements optionnels dans l’ensemble des établissements, leur nature varie selon le type de public qu’ils reçoivent. Les collèges « défavorisés » sont ceux où l’on trouve la plus grande variété de dispositifs. 44 % d’entre eux proposent par exemple une section « à thème », contre seulement un quart environ des autres collèges, avec une nette prédominance du sport. Les sections sportives y sont conçues comme un moyen à la fois d’attirer des élèves qui pourraient partir vers le privé mais aussi, selon une croyance partagée, de « "pacifier" l’école et "intégrer" les enfants d’immigrés », de « structurer leur comportement » comme le dit un principal de collège. Les établissements favorisés, eux, mettent beaucoup plus l’accent sur les thèmes « art et culture » (même si le sport reste majoritaire).

[...]De tels résultats invitent à modérer la portée de la réforme du collège, qui n’entame que très partiellement la diversité des enseignements optionnels, leur inégale répartition et les logiques ségrégatives dont elles sont le support. Ils montrent également à quel point le principe de la concurrence a imprégné le système scolaire, les jeux d’options permettant aux établissements de tous niveaux de développer des stratégies de conservation de leur « clientèle ».

A cet égard, la suppression des classes bilangues et sections européennes risque de léser davantage les collèges défavorisés, où elles constituaient un argument de poids pour maintenir la présence des familles aisées.

Extrait de alterecoplus.fr du 21.05.15 : Réforme du collège option ségrégation

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