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Enseignement à distance et augmentation des inégalités : - Une tribune de Pascal Blantard, anthropologue, dans le Monde - Un entretien du Monde avec Bruno Devauchelle - "Un changement social profond ?" (le Café pédagogique)

17 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Coronavirus et enseignement à distance, « entre augmentation des inégalités éducatives et transformation pédagogique »
TRIBUNE
Pascal Plantard
Professeur d’anthropologie des usages des technologies numériques

« La crise sanitaire nous pousse à réfléchir la classe “hors la classe” » mais « risque d’amplifier les inégalités », explique Pascal Plantard, professeur d’anthropologie des usages des technologies numériques, dans une tribune au « Monde ».

[...] Consommation des services numériques
La notion de digital natives (natifs numériques), popularisée par l’Américain Marc Prensky en 2001, recouvre des réalités très différentes et de grandes inégalités dans les usages du numérique au sein d’une même classe d’âge. Les enquêtes s’accordent sur le fait que la jeune génération est fréquemment connectée pour des activités relationnelles ou ludiques, mais rien ne garantit une utilisation experte des technologies. Beaucoup de jeunes se contentent de consommer les services numériques avec peu de recul.

Pour l’accompagnement scolaire en situation de télétravail, les familles vont se confronter à la concurrence des plates-formes de jeu, de streaming et de réseaux sociaux (Fortnite, Netflix, TikTok, [...]

Extrait de lemonde.fr du 17.03.20

 

« Pour le CNED et son avenir, c’est l’épreuve du feu »

Alors que l’ensemble des élèves est désormais concerné par les fermetures d’écoles, le spécialiste des usages du numérique dans l’éducation, Bruno Devauchelle, rappelle, dans un entretien au « Monde », la fragile « culture de l’enseignement à distance » en France.

Entretien. La généralisation des mesures de confinement dans les établissements scolaires impose à l’éducation nationale de relever en peu de temps le défi de l’enseignement à distance. Or ce dernier, qui oblige les enseignants « à changer la scénarisation de leur cours », a, depuis toujours, du mal à se faire une place dans la culture scolaire française. C’est ce que rappelle Bruno Devauchelle, chercheur spécialiste des usages du numérique dans l’éducation, auteur de Eduquer avec le numérique (2019, ESF).

Le dispositif « Ma classe à la maison » est déployé auprès des élèves par le Centre national d’enseignement à distance (CNED). Est-il l’acteur approprié ?
L’opérateur public qu’est le CNED assume depuis très longtemps une mission d’enseignement à distance pour les élèves qui ne sont pas scolarisés. Ses services ont donc déjà tous les contenus pédagogiques nécessaires en accord avec les programmes scolaires. Mais il faut rappeler que l’enseignement à distance, rendu obligatoire pas ces confinements, ne repose pas « que » sur le CNED. La plate-forme « Ma classe à la maison » est mise à la disposition des élèves, mais aussi des enseignants, pour qu’ils fassent le lien entre les ressources en ligne du site, le travail réalisé en classe et les activités qu’ils peuvent continuer à donner par ailleurs, afin de maintenir la progression pédagogique de l’année, et « garder la main ».

Le CNED est un acteur incontournable, en pleine évolution après des années de turpitudes et de difficultés. Notamment celles de dépasser, depuis l’arrivée d’Internet, l’enseignement à distance par papier [les cours et exercices étaient auparavant envoyés par courrier]. Mais cet opérateur, en ce qui concerne son activité auprès du public scolaire, a toujours été placé par les pouvoirs publics « à côté » de l’école, en support pour les élèves en difficulté de scolarisation par exemple, plutôt qu’au service de l’ensemble des enseignants et établissements. Ce qui ne lui a pas permis d’infuser une culture de l’enseignement à distance à l’école, ni de s’adapter parfaitement à celle-ci.

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Pour le CNED et son avenir, cela va être l’épreuve du feu. Jamais cela n’était arrivé. Qu’un opérateur qui a longtemps été considéré comme marginal devienne un pilier de l’ensemble du système scolaire est une réelle chance pour lui de sortir de son confinement. Encore faut-il que ses propositions puissent s’articuler avec les propositions des académies, qui, en ce moment, tentent toutes de proposer des ressources et des dispositifs. Encore faut-il que les enseignants et les établissements y voient réellement une possibilité pertinente de répondre à leurs besoins. Encore faut-il que, techniquement, tout cela soit fonctionnel. Désormais, une transformation du CNED et de son positionnement dans le système éducatif peut se jouer à condition, bien sûr, que le ministère accompagne cette transformation.

Extrait de lemonde.fr du 16.03.20

 

De la continuité pédagogique à l’enseignement à distance
La première journée de continuité pédagogique a été marquée par une série de pannes des espaces numériques de travail (ENT) et des plateformes privées. Quant aux sites du CNED ils ont été souvent inaccessibles. Tous ces tracas sont finalement plutôt le signe d’une évolution dont on a du mal à distinguer le terme. Alors que la perspective d’une fermeture des écoles plus longue qu’annoncé se dessine, la crise du coronavirus pourrait bien marquer l’Ecole plus profondément que ce que l’on croyait.

[...] Un changement social profond ?

Pour les enseignants, la question du lien numérique avec les élèves est au premier plan. Alors que le numérique peine à entrer, ou alors uniquement par la maitrise de l’outil par le professeur, dans la bonne vieille école, le voilà comme quasi unique médium scolaire. La fermeture totale impose à l’enseignant de tenir compte des savoirs et pratiques numériques des élèves. Il faut aller vers l’élève via le numérique. Surtout, il va falloir le garder. Il y a là un défi énorme lancé aux enseignants et qu’ils sont à peu près seuls à relever, le ministère n’ayant pas anticipé la chose.

Car du coté des élèves, cette situation ne peut qu’aggraver les inégalités. Entre ceux qui sont « bien » équipés et les autres. Mais aussi entre ceux qui réussissent à l’Ecole et relèvent leur part du défi et ceux qui peuvent décrocher. Si la fermeture dure deux mois, il sera bien difficile à l’Ecole de garder tous ses élèves. Les parents accentueront l’écart entre ceux qui ne se contenteront pas de la continuité pédagogique et la complèteront par de vrais cours via des officines privées , et ceux qui devront s’en satisfaire.

Pour réfléchir à ce nouveau paysage qui est en train de se dessiner , il faut relire les réflexions d’Alain Bouvier exprimées dans une tribune du Café pédagogique en 2009, lors de la première grande crise.

« Pendant des semaines, les élèves et leurs familles auront inventé, construit et fait fonctionner une autre école », explique Alain Bouvier. « Certes, pour l’enseignement primaire dont les fonctions sont autant sociales que cognitives, les familles rescolariseront leurs enfants, mais elles chercheront de nouveaux équilibres avec les enseignants. Je peine à imaginer lesquels. Ils diffèreront d’une école à une autre…. D’usagers, ils deviendront parties prenantes. Au collège, ce sera plus difficile de trouver un nouvel équilibre. Les élèves ne voudront pas renoncer à l’autonomie acquise, qu’ils l’aient utilisée à bon escient ou pas. Les officines ne lâcheront pas les marchés conquis.. Les élèves ne voudront pas interrompre du jour au lendemain leurs usages d’Internet et de leurs instruments nomades. Un nombre plus important de parents se seront emparés de ce que font leurs enfants. Placés soudainement par la grippe A au cœur du réacteur, en majorité ils n’accepteront pas de se retrouver rejetés à la porte de l’Ecole et de la classe. L’École du XIXème siècle sera révolue, celle du XXIème entamera son élaboration et le milieu enseignant devra s’y atteler ».

C’est l’occasion de rappeler la réflexion de Bruno Devauchelle lors des premières fermetures dans le Haut Rhin et dans l’Oise. « La continuité pédagogique repose d’abord sur la proximité. C’est pourquoi il est nécessaire de repartir de l’enseignant et de ses élèves pour la penser. Si certains pensent qu’il suffit de mettre à disposition des ressources de quelque nature que ce soit, ils oublient les débuts de la FOAD où certains pensaient qu’en mettant en ligne des PDF (et maintenant des cours en vidéo) cela suffirait… En réalité il n’en est rien. La relation pédagogique est une forme de contrat qui est constamment interrogé dans le quotidien de la classe et qu’il faudra interroger aussi dans la situation actuelle : comment redéfinir le contrat pédagogique entre les enseignants, les élèves et les familles. Si l’on ne regarde pas cela de près, alors ce seront simplement de nouvelles « grandes vacances ».
François Jarraud

Le texte d’Alain Bouvier

Le texte de B Devauchelle

Extrait de cafepedagogique.net du 17.03.20

 

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