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08.06.07 - Deux témoignages de parents à propos de la carte scolaire

8 juin 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Humanité » du 07.06.07 : Carte scolaire : témoignages

 « J’hésite à sauter le pas »

Nassira Allouache, mère de deux enfants, l’un en terminale et l’autre en cinquième, habite Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

« J’hésite encore à envoyer ma fille dans un collège à Paris. Je sais qu’elle n’aura aucun problème à y être acceptée, c’est une excellente élève. Son établissement, à Aubervilliers centre, est devenu méconnaissable en peu de temps. En 1996, quand nous sommes arrivés dans la commune, il était pratiquement neuf. Aujourd’hui, la dégradation est totale. Il existe moins de personnels de service et moins de surveillants. Et la mixité sociale et culturelle n’existe plus. Les profs n’arrivent plus à tenir leurs classes, j’ai l’impression que tout le monde a baissé les bras. Le manque de moyens contrecarre la motivation des enseignants, confrontés à des élèves en difficulté.

J’étais prête à scolariser ma fille dans le privé, mais mon époux ne voulait pas en entendre parler : il est viscéralement attaché à la laïcité. Cette année, après le conseil des classes, il va falloir prendre une décision. Je suis d’autant plus tiraillée que je suis sceptique sur la suppression de la carte scolaire. Cela conduira à une aggravation de la ghettoïsation. Si ma fille peut partir à Paris, je ne pense pas que d’autres feront le chemin inverse. »

 « Pour une école de proximité »

Isabelle Catrain, militante FCPE à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), mère de trois enfants (maternelle et primaire).

« J’habite dans un quartier résidentiel où figure une petite cité. Un lieu assez privilégié : c’est vert, c’est calme. Les deux ensembles permettent un réel mélange de population sur le plan social et sociologique. Dans le groupe scolaire, se côtoient des enfants de toutes les couleurs. Je ne vois pas l’intérêt d’aller ailleurs. Pour moi, la suppression de la carte scolaire n’aboutira qu’à la ghettoïsation, à la création d’établissements d’élite.

Contrairement à d’autres, je n’ai pas forcément envie que ma fille soit la première de la classe et ait de prestigieux professeurs. Mon souhait est que ma fille éprouve l’envie d’aller à l’école et d’apprendre. Or je me heurte régulièrement à des enseignants qui insistent sur les circuits compétitifs. Mon époux et moi avons élevé nos gamins dans le mélange, on voyage énormément et nous avons une approche humaniste de la question. Je trouve donc positifs les échanges culturels à l’intérieur de l’école. Je n’ai pas envie de choisir un établissement, aussi bon soit-il, j’aime l’idée d’une école de proximité. »

Propos recueillis par Mina Kaci

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Extrait de « L’Humanité » du 07.06.07 : La carte scolaire perd ses premiers atouts

Éducation . Les autorisations de déroger à la sectorisation seront portées à 20 % dès septembre, selon des critères précisés par le ministre. Une belle pagaille s’annonce.

Le jeu semble donc abattu. Conformément à ce qu’a déclaré, à peine nommé, le ministre de l’Éducation nationale, les premières mesures d’assouplissement de la carte scolaire entrent en vigueur. Le taux de dérogations accordées devrait être porté à 20 % dès la rentrée prochaine, contre environ 10 % actuellement.

Les critères ont été précisés afin de déterminer quelles seront les familles prioritaires. On y retrouve ceux déjà : des dérogations continueront d’être accordées aux élèves nécessitant une prise en charge médicale importante, à ceux désirant suivre un parcours scolaire particulier (via les options, par exemple) ou dont un frère ou une soeur se trouve déjà scolarisé dans l’établissement souhaité. Comme le préconisait la réforme des ZEP mise en oeuvre en septembre 2006, les élèves boursiers méritants pourront, eux aussi, demander à choisir leur école. Nouveauté, en revanche : ce sera désormais le cas des bénéficiaires d’une bourse sur critère social et des enfants handicapés. Enfin, les cas de domiciliation en limite de secteur seront étudiés (1). Pas plus d’élargissement pour l’heure : il s’agit, avant tout et selon les services ministériels, d’attirer l’attention sur ces critères et d’obliger à les faire respecter.

Les mêmes perdants

L’annonce de cet assouplissement a-t-elle encouragé les vocations à déroger ? Quinze jours après les déclarations de Xavier Darcos, les effets n’en sont pas encore mesurables. Plus forts, à coup sûr, en zones urbaines qu’en zones rurales, traditionnellement peu concernées par le contournement scolaire. Ainsi, Paris, championne en la matière depuis longtemps, semble bien connaître une hausse des demandes. Quant à la Seine-Saint-Denis, département où cohabitent établissements de bonne et de mauvaise renommée, les conséquences paraissent encore très timides.

« Pour le moment, on ne note rien de particulier », estime la principale d’un collège posé au coeur d’un ensemble de cités. Angoisse des années collèges - période de transition où le sentiment que tout se joue pousse les familles à plus de vigilance -, mauvaise réputation du quartier alentour : « La fuite, notamment vers le privé, était déjà sensible et je n’ai pas le sentiment que les demandes aient crû », poursuit-elle. Quoi qu’il en soit, elles ne sont plus quantifiables, « les commissions de dérogation (ayant) eu lieu avant l’annonce du ministre ». Et si celui-ci fait savoir que de nouvelles demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin, « aucun texte n’ayant été publié au Bulletin officiel, nous en restons au statu quo », assure la principale.

Au siège départemental de la FCPE, en Seine-Saint-Denis, on note de légers remous. « Nous recevons des coups de fil de parents qui veulent connaître la moyenne de tel ou tel établissement », relève Michel Hervieu, président de la structure. Ce qui ne va pas sans l’inquiéter. « Ces mesures vont faire rêver pas mal de parents qui espèrent le meilleur pour leurs enfants. » Une aspiration légitime, estime-t-il, sans partager la stratégie gouvernementale. « Plutôt que d’assumer sa responsabilité de faire réussir tous les élèves, l’État privilégie une démarche individuelle. Mais il y aura des perdants et ce seront toujours les mêmes », estime-t-il.

800 élèves de moins

Enseignant en collège et responsable du SNES de Seine-Saint-Denis, Clément Dirson partage le même diagnostic. Alors que le taux d’évitement était déjà flagrant dans le département - près de 800 collégiens en moins que prévu, en 2006, au profit du privé et des départements limitrophes -, la tentation d’aller vers un établissement de meilleure réputation a peu de chance de se tarir.

« Tous les parents veulent une école de qualité pour leurs mômes », relève-t-il. « Mais le gouvernement répond à cette attente par de fausses solutions : dire "vous avez le choix" sous-entend "tout le monde n’y aura pas le droit". » Et de conclure, alors que les tractations profiteront toujours aux familles les mieux informées : « On prétendait lutter contre le contournement scolaire et la ghettoïsation qu’il engendre. On ne fait que le légitimer. »

(1) En ligne sur le site du ministère de l’Éducation nationale

Marie-Noëlle Bertrand

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Extrait de « L’Expresso » du 08.06.07 : Carte scolaire : La circulaire de Darcos

"L’objectif de cette évolution de la carte scolaire est de renverser la fatalité qui pèse sur les établissements scolaires les plus décriés, de manière à leur redonner leur attractivité. Ainsi, les établissements qui perdront des élèves ne perdront pas leurs moyens. Au contraire, ces moyens seront mobilisés pour conduire des projets personnalisés auprès des élèves en difficulté". Le ministère communique sur l’assouplissement de la carte scolaire.

« Lettre flash »

La circulaire aux chefs d’établissement.

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