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25/11 - Le projet de loi remet en cause les ZEP (Le Nouvel Observateur)

29 novembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Nouvel Observateur » 25.11.04 : le projet de loi remet en cause les ZEP

Fillon : réforme a minima

En dévoilant sa loi d’orientation sur l’école, le ministre de l’Education a revu ses ambitions à la baisse. Et si c’était la seule façon de réussir

On attendait le grand soir, ce fut un flop. En dévoilant sa future loi d’orientation la semaine dernière sur France 2, le ministre de l’Education, François Fillon, a déçu. Dès le lendemain, la consternation le disputait à l’exaspération. « 100 minutes… sans convain-cre », a raillé le principal syndicat des instituteurs. Tout ce temps passé à discuter de l’avenir de l’école depuis un an, ces centaines de débats, d’auditions, de consultations urbi et orbi, pour en arriver là, à ce « patchwork de mesures sans ambition », selon le SE-Unsa, un des syndicats de gauche, ces « mesurettes », ces « rustines », d’après le Sgen-CFDT. On n’a pas eu de mots assez aimables, à gauche, pour qualifier le projet. Quant au Snes, principal syndicat des enseignants du second degré, il avait déjà appelé à une grève pour le 7 décembre, sans même attendre la présentation de la réforme.

Seul le Medef s’est ouvertement réjoui de l’idée d’un socle commun de connaissances que devront maîtriser les élèves en quittant l’école.
Les propositions du ministre vont pourtant plus loin qu’on ne le croit. Dans le primaire, une dose d’aide supplémentaire (trois heures par semaine) aux élèves qui ont du mal à suivre, et l’apprentissage d’une langue vivante ; au collège, davantage de classes-relais où les adolescents difficiles peuvent être accueillis en petits groupes, le temps de se reprendre ; un brevet unique, obligatoire et national ; une aide financière à un plus grand nombre d’élèves pauvres et méritants… Au milieu de cette liste, François Fillon glisse quelques imprévus, tel ce coup de canif porté à l’institution du bac, qu’il veut simplifier en remplaçant certaines épreuves de l’examen par un contrôle continu. La Société des Agrégés a immédiatement fait savoir qu’elle s’y opposait.

La réforme est un exercice de haute voltige. Il faut avancer un peu pour faire évoluer le système. Mais l’air de rien, pour ne pas jeter les professeurs dans la rue. François Fillon l’a bien compris : « Une loi ne peut réussir que si elle est comprise et soutenue par les enseignants. » Sa règle d’or a donc été la suivante depuis la rentrée : les conforter dans leur autorité, réaffirmer qu’ils sont maîtres dans leur classe, tout-puissants dans les conseils de classe pour décider des redoublements, comme ils le sont dans les conseils de discipline pour exclure les élèves.

S’engager à ne pas toucher au tabou du « service », c’est-à-dire le nombre d’heures de présence dans leur établissement. Moyennant quoi le ministre a pu mentionner que les enseignants d’un établissement devront assurer le remplacement d’un collègue absent pour une courte durée. Une petite bombe, mais si bien empaquetée qu’elle n’a pas suscité de réaction.

« Poursuivre la démocratisation de l’école, mais en se donnant des obligations de résultats », lit-on aussi dans les propositions du ministre. Et personne ne crie à la « marchandisation du savoir » ! Tout en ayant affirmé haut et fort qu’il n’était pas lié par le rapport de la commission Thélot, qui introduisait une logique d’entreprise dans le service public, ce qui avait suscité un tir de barrage des syndicats lors de sa publication à la rentrée, François Fillon s’en inspire discrètement. Il veut évaluer systématiquement les élèves pour détecter leurs lacunes le plus tôt possible et les aider au mieux ; instaurer au collège un « conseil pédagogique » pour généraliser le travail en équipe, qui a fait la preuve de son efficacité… Et même financer les établissements en fonction du nombre d’élèves en difficulté qu’ils accueillent, qu’ils soient en zones d’éducation prioritaire ou non. Ce qui est une manière de remettre en cause le principe de ces ZEP, qui, on le sait maintenant, ne marchent pas bien. Mais sans le dire, pour ne heurter personne. François Fillon veut bien changer l’école, mais par le détour. Il vaut mieux décevoir qu’émouvoir.

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